Autonomie et relation d’aide…

Comment une brochette de taupes mortes m'a durablement donné à réfléchir sur l'idée d'autonomie

Comment une brochette de taupes mortes m'a durablement donné à réfléchir sur l'idée d'autonomie...


Une bien étrange coutume

Dans certains coins particulièrement reculés de la Normandie profonde, on peut encore trouver des clôtures de champs agrémentées d’ornements bizarres.

En regardant de plus près, on peut y reconnaître des cadavres de rongeurs. En train de pourrir, en un parfait alignement. Ceux-ci sont habilement épinglés par la peau du dos, à même les barbelés.

Si vous interrogez les paysans locaux, ils vous expliqueront peut-être qu’il s’agit là de cadavres de taupes. Des taupes récemment extirpées de leurs champs par de redoutables spécialistes. Depuis la nuit des temps, ces spécialistes se transmettent de génération en génération les secrets d'une étrange chasse.

De drôles de témoins

Pour témoigner du fruit de leur travail, ces curieux exterminateurs, qu’on appelle taupiers, ont parfois encore l’habitude d’exposer incongrûment leurs trophées de chasse. Pourquoi ? Afin que nul n’ignore leur talent. Manière de permettre à tout un chacun d’admirer une preuve bien tangible de leur savoir-faire si particulier.

C’est ainsi qu’il n’est pas rare de rencontrer toute une brochette de taupes mortes ainsi accrochées à leur fil de fer. Parfois, dans les cas extrêmes, les rongeurs peuvent se compter par dizaines.

Aussi, je demandai un jour à un paysan : "Ces fameux taupiers sont-ils capables d’exterminer intégralement toute une colonie de taupes ?". Il me fut répondu que oui, un bon taupier en est parfaitement capable. Mais que la plupart du temps (du moins jusqu'aux limites du canton… pt'êt' qu'ailleurs c'est-y du pareil au même, et p'têt'ben qu'non) ce professionnel de la profession prend bien soin de laisser dans le champ deux taupes... toujours un mâle et une femelle, qui seront systématiquement épargnés.

Ah, la sagesse de nos terroirs…

taupes modèles. Leur bruit est-il un appel à l'autonomie ? :-)Comme je m’étonnais de cette pratique décidément très étrange, mon interlocuteur me demanda "Vous ne devinez pas pourquoi ?". Au bout d’un moment, pris de pitié pour mon ignorance de citadin mal dégrossi, il m’expliqua. "C’est pourtant bien simple : ainsi, le taupier est assuré de revenir l’année d’après travailler dans le même champ !".

Cette histoire n’a pas fini depuis de me donner à réfléchir. Par exemple, je serais curieux de savoir quelle est la proportion des gens "malins". Des qui devinent pourquoi le taupier laisse un couple de taupes. Je veux dire par rapport à ceux qui comme moi, tombent de trois kilomètres de haut quand on leur raconte le topo.

Mais quel rapport avec la relation d'aide, me direz-vous ?

Commençons par le cadre plus général de la "prestation de service"...

D'abord, je trouve très amusant de réfléchir au nombre de situations vécues dans lesquelles on peut voir quelqu’un se comporter de manière comparable au taupier de cette histoire, dans toutes sortes de domaines.

Lesquels ? Eh bien je dirais toute forme de prestation de service dans laquelle l'intérêt du "client" est d'être aussitôt que possible en situation d'autonomie par rapport au "prestataire". En clair : de pouvoir se passer de lui !

Mais réfléchissons : jusqu'à quel point cet intérêt rejoint-il celui du prestataire ? Eh bien cela dépend du prestataire en question, justement.

Prenons un exemple : Si un garagiste répare "trop bien" les voitures, ses clients lui feront peut-être de la publicité (encore que cela n'est en rien "automatique"...). Mais en attendant son garage sera moins rempli par les voitures de ses "clients actuels". Des clients certes autonomes mais surtout absents ... Et ceci par un phénomène inéluctablement "mécanique" ( si je peux me permettre ce rapprochement...).

Maintenant, parlons un peu des services à la personne

Élargissons à présent cette situation aux métiers de l’enseignement, de la formation, de la relation d’aide en général.

Ainsi, jusqu'à quel point les enseignants et les formateurs ont-ils envie que leurs élèvent finissent par en savoir autant qu'eux-mêmes sur la matière qu'ils enseignent, jouissant ainsi d'une autonomie totale ? C'est là une question éminemment personnelle qui, a n'en point douter, trouve autant de réponses... que de formateurs !

Un médecin qui soigne "trop bien" ses malades imagine-t-il que sa salle d'attente va se remplir ou au contraire se vider ? Précision importante : c'est à dessein que j'emploie le verbe "imaginer" car le comportement de ce médecin (tout comme la plupart des comportements, d'ailleurs) sera induit avant tout par ce qu'il imagine, précisément ! Pour lui, l'autonomie induite par l'éclatante santé de sa patientèle est-elle réellement un objectif souhaitable ? Et si oui jusqu'à quel point ?

Continuons : Jusqu'à quel point un psy qui "accompagne" (quel joli mot !) un patient sur une longue durée a-t-il intérêt à celui-ci "vole de ses propres ailes" ? En toute autonomie, sans même avoir besoin de lui ? Et surtout, en a-t-il vraiment envie ?

Je pourrais étendre la métaphore à bien des métiers : travailleurs sociaux, thérapeutes, coaches... la liste est très étendue !

Quand ce fonctionnement est érigé en système collectif

Quelquefois, ce déplaisant dilemme n'est plus l'affaire d'une seule personne, mais peut s'étendre à toute une organisation, à l'image de certains services psychiatriques dits "de secteur" qui remettent leurs patients dans la nature après un délai qui est fonction de plusieurs critères, parmi lesquels le nombre de lits disponibles dans le service (ni trop, ni trop peu, cela porte le doux nom de "gestion des flux") arrive quelquefois en bonne place !

Dieu merci, c'est bien parce que tout le monde n'est pas d'accord avec cet état de fait que ce genre d'histoire a pu franchir les murs de l'entre-soi. Et arriver jusqu'à mes oreilles... ainsi qu'à d'autres, forcément.

C’est là que je peux finir par ressentir le plus grand écœurement. Je ne pense pas que des comportements de "taupiers" comparables à mon histoire du début soient l'apanage de telle ou telle activité. En même temps je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il est certains domaines où l'on peut, en la matière, occasionner bien des dégâts.

Mauvais esprit ou doux rêveur ?...

Enfin, n'en déplaise à mes éventuels détracteurs, je ne suis pas seulement un esprit chagrin. En moi sommeille aussi un doux rêveur. Ainsi, dans mes moments d’angélisme, je me prends parfois à rêver d’un monde merveilleux. Un monde d’où seraient exempts les "taupiers madrés" qu’il m’a été donné de rencontrer jusqu’à aujourd’hui. Ou du moins qu'ils se multiplient moins vite que les animaux nuisibles...

Filet (.... de l'autonomie ? Non, n'exagérons pas :-)

Remarque : cet article a été à l'origine publié en 2005 sur une autre plateforme, par le même auteur, sous une forme différente, sous le titre "Les taupiers"... Puis repris par la suite sur le site formerplushaut.com, toujours par le même auteur, sous le titre "Les taupes et les formateurs".

 

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Jamais su danser mais ça va venir…

Jamais su danser...

Bonjour,

Danser ??? Il y a quelques années j'avais pondu un petit post intitulé "J’aime pas danser, mais je me soigne" pour vous dire tout le bien que je pensais du petit livre de Xavier Hanotte intitulé "Je suis un ours". Il y proposait entre autres une définition très personnelle du verbe "danser" qui commençait ainsi...

"Inutile de s'appesantir — c'est le mot ! — sur le talent chorégraphique des ours."

En guise d'illustration j'avais même ajouté un petit clip d'animation réalisée à l'aide d'un magnet aimanté sur mon frigo...

L'article se trouve ici...

Aujourd'hui c'est pas pareil...

Pourquoi ? Ben d'une part il y a de plus en plus de gens que j'aime qui aiment danser, et ça m'encourage à soigner mon "ourserie"...

Par ailleurs il se trouve que je viens de tomber sur "Jamais su danser", une chanson écrite par un chanteur qui s'appelle "Ours" (je vous jure que c'est vrai ! Il avait déjà attiré mon attention avec son "Cafard des fanfares"...), et que je suis tombé immédiatement amoureux du texte, de la musique, de tout... au point de m'essayer à en enregistrer une version de mon cru.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez la visionner (et l'entendre) à partir du lien ci-dessous.

 

"Bien à vours"  😉

Bernard

 

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Yoast SEO et les expressions de transition

Le plugin Yoast SEO (bien connu de nombreux aficionados de WordPress) est connu pour nous encourager à utiliser de mots ou expressions de transition (et non pas "phrases de transition", c'est un problème de traduction) dans les articles que nous publions. D'après lui, il est souhaitable que 30% des phrases de nos articles en contiennent, ceci afin d'assurer une lisibilité plus fluide de notre belle prose.

Message de Yoast SEO nous prévenant que x% de nos phrases contiennent des expressions de transition.
Exemple de message de Yoast SEO

Selon les sources, elles sont parfois également appelés mots charnières, connecteurs logiques ou encore expressions logiques. Les expressions de transition constituent un "ciment" pour nos phrases. Ces "balises"  donnent au lecteur un certain nombre d'indications sur "ce qui va se passer dans les lignes qui suivent". Annonçant ainsi que nous allons résumer ("et", "aussi"…), ou bien comparer ("moins que", "plus que"…), ou encore conclure quelque chose ("donc", "par conséquent"…). Mais cela ne s'arrête pas là, comme nous allons le voir.

Mais d'abord qu'est-ce qu'une "expression de transition", au juste ? Et surtout comment pouvons-nous être sûrs que celles que nous employons sont reconnues par Yoast ? Telles sont les questions que je me suis posées.

A la chasse au Maître Capello…

Les classiques conseils lexicaux portant sur les expressions de transition sont nombreux, notamment sur le net. Une grande partie de ces expressions sont effectivement "reconnues comme telles" par Yoast. En revanche, force est de constater que, curieusement, d'autres ne le sont pas du tout. J'ai donc eu l'idée d'en passer un certain nombre de ces expressions de transition "au crible" de la moulinette Yoast. Il m'a suffi pour cela de construire patiemment une maquette d'article "pour de faux" dans mon éditeur WordPress. Ensuite j'ai patiemment surveillé la façon dont les compteurs de Yoast évoluaient en direct, en fonction de la présence ou l'absence de telle ou telle expression. Pour chacune d'entre elles, j'ai tâché de vérifier si cela influait (ou pas) sur le fameux score du "pourcentage de phrases contenant des mots ou expressions de transition". Le résultat de mon expérience se trouve dans les lignes qui suivent.

Liste 1 : Les expressions de transition recommandées par certains experts en expression écrite, mais non identifiées par Yoast :

Ces expressions sont présentées ici par ordre alphabétique.

à notre avis
a priori
à propos (de)
au sujet de
conformément
dans un autre ordre d'idées
de plus
d'une part
en ce qui a trait

en ce qui touche
encore
entre autres
hormis
non seulement
or
par contre
pour ce qui concerne
pour ce qui nous concerne
pour ce qui touche
pour notre part
pour toutes ces raisons
quant à
relativement à
sur ce point
tous comptes faits

Liste 2 : Les expressions de transition identifiées par Yoast (liste non exhaustive) :

Là encore, les expressions sont présentées par ordre alphabétique.

à cet égard
à première vue
à vrai dire
ainsi
alors
au contraire
au fond
aussi
autant que
avant tout
cependant
certes
c'est pourquoi
c'est qu'en effet
c'est-à-dire
contrairement à
d'abord
d'ailleurs
dans ces conditions
dans l'ensemble
d'autre part
de fait
de même
de sorte que
de surcroît
de toute façon
de toute manière
deuxièmement
donc
d'où
du reste
d'un autre côté
effectivement
également
en bref
en ce qui concerne
en ce qui nous concerne
en conclusion
en conséquence
en d'autres termes
en définitive
en dernier lieu
en effet
en fait
en fin de compte
en particulier
en premier lieu
en raison de
en réalité
en résumé
en revanche
en somme
enfin
ensuite
essentiellement
étant donné que
excepté
finalement
il semblerait que
mais à bien considérer les choses
mais aussi
mais en outre
mais encore
mais toute réflexion faite
mis à part
néanmoins
notamment
par ailleurs
par conséquent
par exemple
parce que
partant
partant de ce fait
plutôt
pour ce qui est de
pour ces raisons
pour cette raison
pourtant
premièrement
probablement
puis
puisque
quoi qu'il en soit
quoique
selon
somme toute
suivant
tandis que
tout bien pesé
tout compte fait
tout d'abord
toutefois

Un tableau (en 3 morceaux) pour finir :

Expressions identifiées par Yoast, classées par catégories, pour faciliter la rédaction d'articles :

Pour me faciliter la rédaction d'articles dans l'avenir, j'ai eu l'idée de classer en plusieurs catégories les résultats que j'avais obtenus. Il m'a fallu faire une synthèse (forcément subjective) entre les différentes propositions que j'ai pu recueillir chez nos braves experts. En effet, chacun avait son classement propre, ce qui est bien compréhensible. Certaines expressions sont fort judicieuses au niveau rédactionnel, mais hélas pas encore identifiées par Yoast, comme je vous le disais. En pareil cas j'ai pris le parti de les enlever purement et simplement de ces tableaux. Au besoin, vous les retrouverez plus haut dans la liste 1. Par ailleurs, certaines expressions apparaissent dans plusieurs catégories, c'est ainsi... enfin, vous verrez bien…

 

INTRODUCTION ADDITION, ACCUMULATION, ÉNUMÉRATION LIAISON, TRANSITION EXPLICATION, PRÉCISION
à première vue
d'abord
en premier lieu
premièrement
ainsi que
aussi
avant tout
d'abord
de même
de surcroît
deuxièmement
enfin
ensuite
tout d'abord
donc
en fait
en somme
ensuite
par ailleurs
à cet égard
certes
c'est-à-dire
d'ailleurs
du reste
effectivement
en ce qui concerne
en ce qui nous concerne
en effet
en particulier
étant donné que
notamment
pour ce qui est de
puis
puisque
selon
suivant

 

OPPOSITION CAUSE CONSÉQUENCE EXCLUSION
au contraire
cependant
contrairement à
d'un autre côté
en revanche
néanmoins
par exemple
pourtant
quoique
toutefois
de fait
en effet
puisque
ainsi
ainsi donc
alors
aussi
c'est pourquoi
dans ces conditions
de sorte que
donc
d'où
en conséquence
en effet
par conséquent
partant
pour ces raisons
pour cette raison
excepté
mis à part

 

POUR EXPRIMER UN
"PEU IMPORTE"
COMPARAISON LA RÉALITÉ EN RÉSUMÉ, POUR CONCLURE
de toute façon
de toute manière
quoi qu'il en soit
à première vue
d'autre part
ensuite
mais à bien considérer les choses
mais aussi
mais en outre
mais encore
mais toute réflexion faite
tout d'abord
à vrai dire
effectivement
en réalité
ainsi
au fond
dans l'ensemble
en bref
en d'autres termes
en définitive
en dernier lieu
en fin de compte
en résumé
en somme
essentiellement
finalement
somme toute
tout bien pesé
tout compte fait

Comme à l'accoutumée, j'ai commencé à fabriquer ce petit outil pour moi, et je me suis dit que – sait-on jamais – il pourrait servir à d'autres. Je vous livre donc le fruit de mes petites cogitations "en l'état" et à toutes fins utiles. N'hésitez pas à me faire part de vos questions ou observations éventuelles…


 

Quelques sources d'expressions de transition :
http://www.ebsi.umontreal.ca/jetrouve/ecrit/charni.htm
https://is.muni.cz/el/1441/podzim2011/FJBP_JC1A/Mots_de_transition.pdf
http://www.espacefrancais.com/les-connecteurs-logiques/

Post-scriptum : Yoast vient d'examiner mon article… Il m'a affiché un message stipulant qu'il n'avait encore jamais rencontré une telle densité d'expressions de transition!... Meunon je plaisante ! 🙂

 

 

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Pourquoi le diapason donne-t-il le la 440 et pas 432…

 

440 façons de diriger un orchestre. Ici : le doigt mouillé...

440, avez-vous dit ? Qu’est-ce ?...

Beaucoup de musiciens le savent : le la donné par les diapasons tombe sur la fréquence 440 Hertz.  Plus précisément, il s'agit du  "La 4" (le la de la 4e octave du piano). Lorsqu'on fait vibrer un diapason, il produit une fréquence précise de 440 Hz. Ceci nous permet d'accorder les instruments. Cela correspond à l’ancienne tonalité que l’on entendait lorsqu’on décrochait un téléphone. A une époque, il faisait office de diapason de secours, si l’on peut dire. Voilà qui rappellera  quelques bons souvenirs à certains….

Que vient faire la fréquence 432 là-dedans ?

Pendant longtemps j’ai entendu dire que dans l'histoire, le la n’avait pas toujours correspondu à la fréquence de 440. Jusqu’à une période relativement récente, il était, me disait-on, réglé sur 432. Je supposais alors (à tort) qu’il s’agissait là d’un subtil glissement du type "différence entre Nord magnétique et Nord géographique". Glissement naturellement destiné à évoluer avec le temps qui passe, enfin quelque-chose dans le genre… J'entendais aussi parler d’orchestres baroques utilisant des instruments d’époque, en les accordant d’une façon différente, et en y trouvant maints avantages. Mais quand je cherchais à savoir quels avantages précisément, je recevais de mes interlocuteurs des réponses plutôt évasives. Du type « C’est comme tout le reste, c’était mieux aaaaaavant », ce qui ne me satisfaisaient absolument pas.

Tout récemment, une jeune musicienne au talent fort prometteur (et à la curiosité particulièrement aiguisée), m’a posé la question du la 440. Elle m’a même indiqué quelques liens donnant de manière détaillée des éléments d’explication sur le pourquoi du comment. Cela m’a donné l’envie d’aller y voir de plus près pour me forger une opinion. Une opinion qui vaut ce qu’elle vaut (et vice versa), et que je vous livre dans les lignes qui suiventsans plus tarder.

Ah,ma pauv'dame, on trouve de tout sur internet !

Comme c'est souvent le cas, j'ai pu constater que sur une grande partie de la blogosphère, ce sujet est...

  • Soit traité de manière simpliste en assénant des affirmations lapidaires dont on ne comprend pas grand-chose...
  • Soit traité de manière détaillée mais trop complexe, décourageant parfois les curieux qui souhaiteraient en apprendre davantage.

Bref, il faut s'accrocher, ce que je me suis efforcé de faire...

En fait, il existait beaucoup plus d’étalons que ces deux-là…

Première découverte : avant que le 440 ne s'impose, il existait en fait pléthore de fréquences de référence :

« Pour la musique du XVIe siècle, on utilise le la 466 Hz. Pour le baroque vénitien (du temps de Vivaldi), c’est déjà le la 440 Hz. Pour le baroque allemand (du temps de Telemann, de Jean-Sébastien Bach…), c’est le la 415 Hz. Pour le baroque français (Couperin, Marais, Charpentier…) on s’accorde sur le la 392 Hz ! Il existe différents diapasons comme le diapason Haendel, réglé sur 423 Hz, le diapason Mozart, 422 Hz, celui de l’opéra de Paris, dit Berlioz, 449 Hz, et celui des pianos Steinway aux USA, 457 Hz. »

Et contrairement à ce qu'on peut lire un peu partout, Le la 440 est loin d'être une nouveauté. Il aurait (comme nous venons de le voir) déjà été utilisé (parmi tous les autres) à la période Baroque. Y compris aux côtés d'autres variantes encore plus élevées !

Apparemment la nécessité de normaliser tout cela s'est faite sentir pour plusieurs raisons concomitantes. Notamment pour faciliter le commerce des instruments de musique dans le monde qui s’industrialisait. Dans un même temps, la pratique des musiciens d’orchestre qui voyageaient d’un pays à l’autre se trouvait entravée par toutes ces disparités. Un peu à la manière des trains qui doivent franchir plusieurs pays où l’écartement des rails est différent… Tous ces problèmes-là se posent de manière croissante avec le temps qui passe et les progrès du progrès comme on dit.

Le match Verdi, Litz, Wagner et Cie…

Historiquement, un des premiers européens à chercher à légiférer en la matière fut apparemment le compositeur italien Giuseppe Verdi.

En 1884, il obtient de la commission musicale du gouvernement italien un décret de loi normalisant le diapason à un la à 432 vibrations par seconde.

Ainsi, le la 432 n'est aucunement une "ancienne et unique façon d'accorder les instruments".  Mais tout simplement la première tentative de normalisation en la matière qui ait historiquement réussi à aboutir, puisqu'apparemment ce nouveau standard s'est répandu, notamment en France.

Il semble d'ailleurs que cela ait fait grincer quelques dents à l'époque, au vu des intérêts en jeu. Pour prendre l'exemple des facteurs d'orgues, on peut imaginer qu'ils étaient obligés de repartir de zéro pour construire des instruments compatibles avec ce qui était désormais devenu une nouvelle norme. Sans compter la question de la valeur marchande de leur stock existant...

Ainsi, les "heureux élus" comme d'habitude ont fait une majorité de frustrés, ce qui me paraît inéluctable. La même tragédie se joue d’ailleurs à chaque fois qu’on doit faire un choix (exemple ; les élections 🙂 )

Dans les années 1830 à 1840 (soit 50 ans avant la démarche de Verdi en Italie), Franz Liszt et Richard Wagner avaient déjà œuvré de leur côté. Favorisant ainsi l’adoption du la à une fréquence plus élevée que celle en vigueur dans leur pays, en l'étalonnant à 440 Hz et même au-dessus.

Impermance des choses, en 1939, changement de braquet:

1939 : A Londres, la Fédération internationale des associations nationales de standardisation décide d’un diapason étalon étalonné à 440 Hz. Cette décision sera entérinée quelques années plus tard, lors d’une conférence internationale (toujours à Londres) en 1953. Les protestations des Italiens et des Français, attachés au la 432 Hz de Verdi, sont restées lettre morte. En 1975, le diapason la 440 Hz deviendra une norme ISO. Ceci imposera par la suite son utilisation dans tous les conservatoires de musique. Aujourd'hui la fréquence 440 Hz a donc gagné la bataille institutionnelle, s’érigeant aujourd'hui en standard international.

Cette nouvelle hégémonie, et surtout la période à laquelle elle s'est solidifiée, n’a pas manqué de provoquer de nombreuses réactions. En effet, la promulgation en 1939 du la 440 au détriment du la 432 a été assimilée par certains à un coup d’état musical des nazis – les Allemands ayant alors opté pour le 440 Hz. Qu’ils l’aient fait depuis fort longtemps, et bien avant les nazis, n'entrera hélas pas en ligne de compte. Pendant qu'on y est, pourquoi ne pas avancer que la France était dans le camp des fascistes, en défendant le la 432 aux côtés des italiens ? Ce serait tout aussi inepte.

 Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...

Cet aphorisme (attribué à Beaumarchais) se porte encore à merveille de nos jours. Dans une même idée, vous pouvez vous reporter au sort regrettable qui est fait à la méthode Coué depuis qu'un célèbre collaborationniste a eu le malheur de s'y intéresser. Que voulez-vous, apparemment nous avons tendance à tomber facilement dans le piège des amalgames... Il suffit pour s'en convaincre de consulter cet article, publié sur mon blog pro.

La vraie pomme de discorde

Et voilà. C’est aussi simple que cela. Entre le « Ils nous détraquent tout avec leur modernisme » et « 1939 ? C’est forcément un coup des allemands », le tour fut joué, et la fréquence de 440 Hertz se retrouva entachée de mille maux pour certains esprits chafouins.

Des invraisemblances à foison

Vous n’imaginez pas les énormités que j’ai pu lire sur ce sujet en surfant sur le net. J'ai pu y découvrir des thèses dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles me paraissent fondées sur des postulats pour le moins contestables. Ainsi, le nombre 432 ne serait rien de moins que...

"[...] Le réglage qui fait vibrer la raison dorée de l’univers PHI et unifie les propriétés de la lumière, du temps, de l’espace, de la matière, de la gravité et du magnétisme avec biologie, du code de l’ADN et de la conscience. Quand nos atomes et ADN commencent à résonner en harmonie avec le schéma en spirale de la nature, notre sens de connexion à la nature est dit être "agrandi". Le nombre 432 est également reflété dans les rapports du Soleil, de la Terre, de la Lune, de la précession des équinoxes, de la Grande Pyramide d’Égypte, Stonehenge, le Sri Yantra et beaucoup d’autres sites sacrés».

Quand les hurluberlus s’en mêlent à ce point, les écrans de fumée finiraient presque par masquer l’essentiel

Ailleurs on peut également lire que des "scientifiques" (sans autre précision) ...ont calculé les fréquences de résonance des atomes et molécules dans la nature (???), et que cela semble militer très fortement pour un retour au 432... Selon les mêmes sources, tous les éléments à l'origine de la vie se retrouvent être une harmonique d'une note dans l'accordage en 432 Hz. Rien de moins !

Je suis même tombé sur des histoires de rapports entre le nombre 432 et les ondes cérébrales, ou encore le ratio entre les anneaux de Saturne et la distance Saturne / Terre. Pour moi, tout cela ne peut pas tenir la route. Même en prêtant toutes les facultés qu'on veut au nombre 432. Car il y a beaucoup trop d'arbitraire là-dedans. Voyons pourquoi:

Déjà, les instruments de musique ont la faculté de produire un grand nombre de sons. Par exemple, mon piano standard de 88 touches produit des notes allant en gros de 32 à 4186 Hz. Pour que d'autres instruments s'accordent avec lui, il serait fastidieux de comparer les notes une à une. Partant, il faut bien s'entendre sur une note de référence. Déjà, choisir le "la 4" (le la de la 4e octave du piano) est un acte arbitraire en soi. Même s'il est ordinairement fait pour des raisons de commodité (cette note étant commune à de nombreux instruments de l'orchestre).

Tout le monde le sait : un bon dessin vaut mieux...

schéma tessitures et fréquences de plusieurs instruments
Vous pouvez cliquer sur ce schéma pour l'agrandir...

Il suffit de regarder le schéma ci-dessus (qui donne les correspondances entre les notes et les fréquences) pour comprendre qu’on aurait tout aussi bien pu choisir pour référence n’importe laquelle des notes qui y sont affichées… Le 440 n'est jamais que la fréquence d'un la. Et le la n'est jamais que la note sur laquelle on s'accorde (au propre et au figuré 🙂 ). Même en restant dans un intervalle qui soit commun à un maximum d’instruments, le do situé sur la même octave que le la 400, qui correspond à 261 Hertz dans la norme actuelle, fonctionnerait tout aussi bien. En le prenant pour base, on arriverait ex-ac-te-ment au même résultat ! Et là, mon intuition me dit que des hurluberlus iraient à coup sûr trouver des explications incontestables pour condamner ce 261, et revenir au "258 d'avant". A coup sûr ils trouveraient dans la chimie moléculaire ou l’observation des constellations le même type de signes allant dans le sens de leurs élucubrations.

Sans compter que les étalons choisis pour mesurer le temps et l'espace (la seconde, le mètre, l'année-lumière...) sont tout aussi arbitraires que le choix du la et de la fréquence (432 ou 440).

Soyons tout de même un peu l'avocat du diable…

L'effet de la fréquence sur le corps humain est un fait admis. Nul ne songerait à le mettre en doute aujourd’hui. Surtout pas les musiciens ! Mais de là à vouloir y discerner un diapason supérieur à tous, la ficelle est trop grossière à mes oreilles.

Allons plus loin. Aucune de ces fréquences du diapason, qu’il s’agisse du 440 Hz ou d'une autre, n'est absolue dans la pratique. Dans l'idéal, il faudrait moduler et modifier en permanence une fréquence selon les lieux, les saisons, et de nombreux autres facteurs physiques et biologiques pour pouvoir nous rapprocher d’une fréquence de "vibration parfaite". Mais à chaque fois, cela serait le sujet de "casse-têtes" énormes pour de nombreux musiciens, sur un plan tout bêtement pratique.

Un exemple

Un exemple ? Le son émis par un instrument varie aussi en fonction de la température et le type d’instrument utilisé : Prenons le cas d’un instrument à vent sur lequel on joue une même note, et pour lequel on mesure la fréquence à des températures ambiantes différentes. Voilà ce que cela peut donner dans certains cas :

– à 10°C = 433 Hz
– à 20°C = 440 Hz
– à 25°C = 444 Hz

Vous comprenez peut-être pourquoi certains d’entre vous ont pu observer des flûtistes « dévisser » et démancher légèrement leur instrument en début de représentation, « le temps qu’elle chauffe », disent-ils, ce qui est parfaitement exact ! Or, tous les instruments n'offrent pas cette possibilité... et certains déphasages interviennent inéluctablement (ce que n'importe quel ingé son vous confirmera).

Encore une fois, en supposant qu'une fréquence de vibration parfaite existe, 432 Hz pourrait très bien (pourquoi pas ?) devenir la fréquence majoritaire un jour, mais certainement pas universelle. Pour étayer une telle théorie, il faudrait nier que tout est en perpétuelle évolution. Et ne pas tenir compte des peuples qui se fondent sur leur mode traditionnel pour chanter et jouer de leurs instruments en rapport direct avec leurs sens, leur culture. Et certainement pas sur un diapason normalisé à 432, à 440 Hz ou que sais-je encore...

Il ne faudrait pas non plus nous prendre pour des billes…

Affirmer (comme j'ai pu le lire) que le 440 Hz est une "fréquence nazie" est fallacieux, puisque cette fréquence existait déjà avant bien avant que ce régime ne l’adopte et ne veuille, effectivement, en faire une référence absolue.

Si plusieurs artistes contemporains ont calé leurs fréquences à 432 Hz comme Janis Joplin ou John Lennon (notamment pour "Imagine"), gardons un peu les pieds sur terre. Leurs choix ne dérivaient vraisemblablement pas d’une obsession pour la pureté, la perfection ou la soi-disant supériorité d’un diapason sur l’autre, mais tout simplement d’une recherche, d’une curiosité artistique qui expérimente et décloisonne les normes pour mieux en embrasser la diversité.

Voici quelques-unes des sources sur lesquelles je me suis appuyé pour écrire ces lignes :

Slate.fr
Accordepiano.fr
Davidbonnin.fr


 
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Goupil : Théâtre musical et langue des signes

Goupil - Théâtre musical
Goupil - Théâtre musical

Vendredi 7 avril 2017 je serai sur les planches, pour la toute dernière représentation de La Malédicion de St Marc (je vous en reparlerai). Du coup , je regrette amèrement de ne pas pouvoir me rendre à la représentation de "Goupil", qui se tiendra tout près de chez moi (en plus !), et dont j'aimerais bien faire un peu la promo, à mon modeste niveau.

Présentation de la pièce "Goupil" par Les Compagnons de Pierre Ménard

Alors voilà. Goupil est un spectacle où se mêlent théâtre, musique, mime et langue des signes. À travers cette réécriture pleine d’humour du Roman de Renart, les Compagnons de Pierre Ménard proposent de redécouvrir les aventures du rusé Goupil, jamais à court d’idées pour ridiculiser le loup Ysengrin.

Infos pratiques :

Où et quand ? : Le vendredi 7 avril 2017 à la Salle des fêtes de Venelles (plan Google Maps ci-dessous).
Tarifs Mon Echappée Belle : 8 € / 4 €
Public familial à partir de 6 ans
Renseignements et réservations : SMAC : 04 42 54 93 10 / resa.culture@venelles.fr

Toutes les autres infos pratiques sur ce spectacle sont ici.

Mais c'est quoi ce Goupil au juste ?...

Ben, c'est  du très bon Théâtre Gestuel et Musical
Pour tout public à partir de 6 ans
Théâtre en salle, et adaptable à l'espace public
Durée : 45 min

La Compagnie

Mise en scène et voix : Nicolas Fagart
Corps et Langue des Signes : Isabelle Florido et Sabrina Dalleau
Musique et sons : Maxime Dupuis, violoncelle

Et pour en savoir plus sur la compagnie c'est par là.

 

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Recette de la confiture de tomates vertes

La confiture de tomates vertes est originale, économique, et délicieuse  Du moins est-ce mon opinion et je la partage bien volontiers 🙂

pot de confiture de tomates vertes

 

Ingrédients :

  • Tomates vertes : 1 kg. J'avais 5,2 Kg de tomates bien vertes. Après avoir retiré les chutes il m'en est resté 4,7 Kg (soit 10% de chutes environ). Ça a donné au final 12 pots de type "Confiture Grand Maman", plus 1 pot plus petit.
  • Sucre : 600 g par kilo, c'est bien. La plupart des recettes disponibles sur le net en mettent plus, mais bon...
  • 1 citron pressé par kilo (on peut aussi rajouter le zeste si non traité. Finalement j'ai mis le jus de 2 citrons pour mes 4,7 Kg de tomates).
  • J'ai ajouté 2 pommes pour la pectine (car j'avais mis du sucre "classique"...).
  • J'ai également ajouté quelques graines de cardamome (la prochaine fois, je penserai à mieux les concasser, par exemple au marteau dans un torchon...).

 

Préparation de la confiture

Après avoir lavé les tomates, j'ai enlevé les queues et les parties moisies, j'ai pesé[1], puis coupé grossièrement les tomates, que j'ai ensuite hachées au robot (couteau métal), pas trop longtemps…

Cuisson : La recette que j'avais récupérée stipulait "feu moyen pdt 40 mn après ébullition". En fait j'ai laissé cuire bcp plus longtemps que ce qu'ils disaient.... 1 h 22 mn ! J'ai arrêté la cuisson au jugé... coup de chance, ça s'est bien passé 😉

Astuce pour la cuisson :

Faire couler une goutte de confiture encore cuite dans une petite tasse que vous aurez mise au congélateur quelque temps auparavant. Replacez-la au congélateur environ 1 minute, puis ressortez-la.  Quand la confiture devient quelque peu ridée ou bosselée sous la pression du doigt (pousser la confiture avec le doigt) ou en penchant la tasse, la confiture est prête. Dans mon cas, ce ne fut pas très probant, j'ai trouvé que le changement était plutôt du genre subtil… J

 

 

Remarque :

Je pense qu'à l'avenir il faut retirer pas mal de jus avant de cuire pour diminuer le temps de cuisson (passer les tomates concassées au chinois ?)...

filet

[1] En fait, une personne experte m'a récemment appris qu'on pèse deux fois les fruits : il y a une première pesée brute, quand on les réceptionne (pour connaître la quantité et les proportions des autres ingrédients nécessaires), et une deuxième pesée, quand les fruits sont prêts à être utilisés (pour affiner les quantités et proportions en question).

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Plus belle Marseille, un livre de Marie Agostini

Marie Agostini, jeune auteure que nous apprécions beaucoup, et dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes, vient de publier son dernier roman (un polar pour enfants).

Plus belle Marseille, un livre de Marie Agostini

 

Résumé du livre:

Impossible pour Lou de se tenir tranquille !
Même lorsqu'il s'agit de visiter la Villa Méditerranée avec sa classe. Au lieu d'admirer bien sagement l'architecture du bâtiment, elle découvre un cadavre !
Et la jeune fille sait parfaitement par où commencer son enquête : les plateaux de tournage d'une série qui fait fureur et dont Lou est hyper-super-méga-fan ! Seulement, l'affaire se corse. Vol de tableau, tentative de chantage, jalousie, rivalités, corruption... Difficile d'y voir clair !
En même temps, les acteurs ne sont-ils pas les maîtres de l'illusion et du mensonge?
Lou et ses amis se chargent de démêler les fils de cette étrange histoire...

Ce livre est en vente dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon.

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Traduction simultanée (les traducteurs interprètes à l’honneur)

Paris froid
Crédit photo Frédéric Palliet

J'ai toujours été admiratif du travail des interprètes et autres traducteurs. Mais ce qui force toujours mon admiration dans des proportions inimaginables, c'est une prestation de traduction simultanée.

Peut-être est-ce l'ancien prof d'anglais (j'ai arrêté ces fonctions en…1986 !) qui parle ici, ou tout simplement un amoureux du langage sous toutes ses formes, mais c'est ainsi. De nombreuses performances de traduction simultanée me laissent pantois d'admiration, c'est ainsi.

Une pointure

En l'occurrence, il s'agissait ici de la prestation d'un certain Monsieur Xavier Combe, interprète de conférence, traducteur, enseignant universitaire, membre fondateur de l'Association française des interprètes de conférence indépendants (AFICI) et directeur associé de la société Pourparlers. En outre, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "11 + 1 propositions pour défendre le français" (2011, L'Harmattan). Une pointure, donc, si je puis me permettre, à vue de nez… Ce n'est certes pas une raison pour minimiser sa performance, réalisée en direct live sous mes oreilles avec ce que faute de mieux j'appellerai une présence d'esprit époustouflante. Mais ceci mérite quelques explications :

Ah, ce délicieux décalage...

Lors d'une interview radio ou télé réalisée avec l'aide d'un traducteur interprète, il arrive assez souvent qu'on entende un très léger décalage – voulu, à mon avis, lorsque ce n'est pas du direct – entre la voix qui s'exprime dans la langue d'origine et celle qui s'en fait - au propre et au figuré – l'interprète. En pareil cas, celui qui connait un peu la langue d'origine peut capturer – au vol – quelques bribes de ce qui se dit. C'est quelquefois mon cas lorsque l'interviewé s'exprime en espagnol ou en anglais. Et pendant le bref laps de temps qui s'écoule (chez l'auditeur que je suis) entre la phrase "originale" et la phrase traduite, j'ai parfois l'impression de comprendre parfaitement ce qui se dit sans pour autant pouvoir mettre "les bons mots", pourtant issus de mon bagage linguistique natif.

Allez donc mettre des mots là-dessus, tiens !

chaussure crocodile pour rireC'est alors, pendant que je cherche fébrilement (et bien involontairement) mes mots, arrivent ceux de l'interprète amène tranquillement, pile au bon moment, comme si rien au monde n'était plus normal.

Ajoutez à cela la difficulté consistant pour l'officiant à écouter en même temps "en temps réel" la suite de la production vocale du locuteur (de l'interviewé, si vous préférez) dans sa langue d'origine pour pouvoir la reprendre ensuite, avec toujours le même léger décalage, contredisant admirablement la vieille rengaine qui prétend qu'il est impossible d'écouter quoi que ce soit tout en parlant en même temps !

En l'occurrence, cette fois-ci la personne interviewée était la ravissante productrice et actrice Salma Hayek interrogée par Augustin Trapenard dans l'émission "Boomerang" de ce jour sur France Inter, à propos du film d'animation "Le Prophète", adapté du chef d’œuvre de l’auteur libanais Khalil Gibran.

...Et à un moment de l'interview, Salma Hayek prononça ces quelques mots : "The main story is about..." avant que sa prose ne soit couverte par la traduction simultanée.

Comprendre est une chose, dire ce qu'on a compris en est une autre

Ces quelques mots semblent ultra faciles à comprendre : On pense tout de suite (enfin… J'AI pensé tout de suite serait plus exact) à quelque-chose de fatalement plaqué sur la construction d'origine, genre "L'histoire principale est au sujet de…" Et en même temps, un petit Jimminy Cricket intérieur vient faire tinter une clochette insistante pour me prévenir qu'à l'évidence c'est pauvre, court, maladroit, nettement insuffisant et pour tout dire inapproprié… Seulement voilà, que dire d'autre ?...

La réponse, droite, incisive, implacable, et pourtant prononcée avec la même intonation modeste et bienveillante que l'interlocutrice "d'origine" vint interrompre brutalement mes pauvres pensées oiseuses :

"Le fil principal du récit porte sur..."

Mais oui !!! Bien sûr ! Après coup cela sonne comme une tranquille évidence, sauf que…sauf qu'on n'y avait tout simplement pas pensé, voilà tout !

En pareil cas, systématiquement, le seul pauvre mot qui me vienne à l'esprit est "Chapeau !". Chapeau, en l'occurrence, pour avoir introduit la notion de "fil", pour l'emploi du verbe "porter", enfin bref, chapeau bas, pour tout, point.

Bon sang, mais c'est bien sûr !

Je me contenterai donc de tirer... mon chapeau, donc, à ce Monsieur Xavier Combe, que je ne connais absolument pas, pour sa présence d'esprit, pour sa compétence, et aussi pour sa hauteur de vue (en tendant l'oreille en fin d'émission j'ai pu capturer son nom, puis en fouinant un peu sur le net je me suis fait une – bien pâle – idée de ce dont il est capable par ailleurs, comme le montre cette archive sonore où il s'exprime sur des équivalents francophones possibles au mot "buzz")

Qu'il me soit juste permis, pour finir, de glisser un dernier mot : Merci. Merci à vous, Monsieur Combe, du fond du cœur, pour me réconcilier un tant soit peu, fût-ce involontairement, avec l'espoir naïf et indécrottable que je porte habituellement en tout ce qui touche à l'humain, après que cet espoir ait été sérieusement ébranlé par les événements tragiques que notre pays a connus récemment.

Ce n'est pas parce que le pire existe que le meilleur n'a pas droit de cité... Il ne manquerait plus que cela !

 

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Lectures sur la mer… Marseille, par un beau jour de septembre 2014

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Bonjour,

Ce message s'adresse plus particulièrement aux habitants de Marseille et de ses environs.

Il se trouve en effet que dimanche 21 septembre 2014, je participerai à un événement culturel qui se tiendra dans la ville où j'ai grandi (mais où je ne retourne pas aussi souvent que je le voudrais) : Marseille.

Cet événement, organisé par la FNCTA CD13, propose d'organiser des « Lectures sur la mer » dans tous les ports de Marseille de Callelongue à l'Estaque.

Cette  manifestation coproduite par la Ville De Marseille est réalisée en partenariat avec l’Office de la mer / la Mairie du 2/3 / le Théâtre du Gymnase / Le Théâtre de la Criée. Elle a pour but de valoriser Marseille et sa région au travers de la thématique de la Mer.

Plusieurs textes courts rassemblés autour de cette thématique seront lus par différents comédiens, provenant notamment des théâtres amateurs de la région.

C'est donc à ce titre (musicien et comédien dans la compagnie théâtrale Tiramisu) que votre serviteur vissera une de ses (nombreuses) casquettes sur la tête pour venir déclamer quelques lignes.

A cette occasion, j'aurai le plaisir de lire pour vous "Soir du Vieux Port" et/ou "Aube à ND de la Garde", deux textes écrits par Louis Brauquier, écrivain et poète français (dont l'oeuvre est consacrée au monde maritime), né et décédé à Marseille (1900/1976).

Cela se passera dans plusieurs lieux...

Vous pouvez également vous rendre sur la  Page Facebook de l'événement

Quoi qu'il en soit je vous espère nombreux (je pense en particulier à nombre de mes amis marseillais, plus ou moins perdus de vue depuis quelques années... Voilà qui pourrait nous "faire une occasion").

 

Bien à vous,

Bernard

 

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J’ai passé une semaine chez Brad Pitt et Angelina Jolie

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Bon. Désolé pour ce titre accrocheur, je précise tout de suite que j’ai juste fréquenté une de leurs propriétés pendant une petite semaine, inoubliable… mais ça c’était avant, comme dit la pub…

Avant quoi ? Eh bien, avant (…bien avant, même) que le couple médiatique n’acquière le domaine de Miraval, où ils se sont mariés dans l’intimité le 23 août 2014.

Ah, me direz-vous, et avant, il y avait quoi ? Que nous chantes-tu là ? Et toi-même, qu’est-ce que tu y as fait, cher blogueur invétéré, mmmmh ?

Un peu de patience, vous allez tout savoir…

Un peu d’histoire… et de géographie

Le château de Miraval est situé sur la commune de Correns, dans le centre Var, entre Brignoles et Barjols. Il a été construit au XVIIe siècle sur un domaine de 400 hectares (dont 30 de vignobles) fondé par les romains.

Ce domaine viticole a par la suite acquis une vocation supplémentaire, en 1977, année où il fut acheté par Jacques Loussier, célèbre pianiste de jazz, créateur du Play Bach Trio et compositeur de nombreuses bandes originales pour le cinéma et la télévision.

Le musicien y fit aménager (avec le preneur de son Patrice Quef, ex ingé son du Studio des Dames) un studio d’enregistrement de de niveau international de 300 m², ce qui en faisait un des plus grands d’Europe, et qu’il utilisa tout d’abord pour son propre usage (oui, c’est vrai quoi, c’est teeeeeeellement plus pratique ! Comment n’y avais-je pas pensé moi-même ?...). S’en suivit l’arrivée des premiers clients : Maxime Le Forestier et Pierre Vassiliu…

 

Le fameux domaine... Le studio se trouve dans le bâtiment de droite (voitures en stationnement)

 

Ne partez pas, j’arrive…

Ceux qui me connaissent un peu savent que je suis un drôle d’oiseau un peu touche-à-tout, mais ne sont  pas forcément au courant de mon parcours de musicien...

En voici un tranche : Par un beau jour de 1978, un ami auteur compositeur interprète, m’envoie un étrange télégramme (eh oui, les sms n’étaient pas encore inventés, les téléphones portables encore moins !)  me demandant si j’étais disponible pour une semaine d’enregistrement dans un tout nouveau studio révolutionnaire. Vous l'aurez deviné, il s’agit bien de ce lieu magique. Mon ami avait en effet l’occasion d’y enregistrer son tout premier album, et à ses dires cette occasion unique ne se représenterait pas de si tôt… l’affaire était en quelque sorte "à saisir", il fallait décider dans l’urgence : y aller (en l’absence totale de toute préparation), ou laisser passer cette chance inespérée…

Album ArtémiseLe choix fut vite fait… Avec une bande de joyeux drilles jeunes musiciens, nous avons donc investi ce lieu magique. Vous auriez vu nos têtes… à côté, Alice au pays des merveilles c’est de la gnognote… Précisons qu’à cette époque, il m’arrivait d’accompagner Michel Melchionne  (l’ami au télégramme... cliquez sur son nom pour avoir un solide aperçu de sa discographie) dans nombre de représentations publiques et événements délirants. Je connaissais une grande partie de son œuvre  sur le bout des doigts. J’étais un peu guitariste, un peu bassiste, un peu choriste, un peu arrangeur, et très inconscient aussi (j’avais alors… 21 ans!). En bref, j’avais sur moi tout ce qu’il fallait pour m’embarquer sans préavis dans une aussi improbable aventure.

"Artémise était à moi, comme la brise est au lilas"…

C’est ainsi que fut enregistré au pied levé Artémise, le tout premier album de Michel Melchionne.

Il y avait là des gens étonnants, une alchimie de gentillesse, de bienveillance, de franche rigolade, de "non prise de tête", de générosité et  de talent que j’ai rarement retrouvés depuis.

A noter : Le percussionniste Jacob Devarieux était parmi nous. Il est devenu plus tard le leader du groupe  Kassav! je pense ne pas me tromper... Je me souviens que dans un morceau (disponible quelques lignes plus bas à l'écoute) il imitait à la perfection le son de la cuica brésilienne avec sa voix, et que dans un autre il avait même eu l'idée d'ajouter un effet de percussion en... se frottant les mains ! En fait, il utilisait tout son corps pour produire toutes sortes de sons, et ceci bien avant que cela devienne une mode !

Ci-dessous, la "distribution", telle qu'elle apparaît sur la pochette de l’album (vinyle, évidemment). Outre celui de votre serviteur, on peut y reconnaître les noms de plusieurs musiciens avec lesquels je me réjouis d’être encore (ou de nouveau) en contact aujourd’hui, comme Michel Melchionne, bien sûr, mais aussi Roger Nikitoff et Pierre Mullot.

Noms sur l'album Artémise

Au passage, je serais ravi de retrouver la trace des autres, comme Jean-Clément Bonifay, qui était alors professeur de musique dans un collège des alentours (Saint-Maximin, me semble-t-il)… Par un hasard extraordinaire, il se trouve que ce Jean-Clément vivait à l’époque dans le tout proche village de Bras, et qu’il avait bien voulu m’y héberger pour quelques jours. Le reste de la troupe, réparti dans quelques voitures, arrivait en général tous les jours de Marseille, vers les 9, 10 heures du matin, enfin,  le temps de récupérer tout le monde, vous voyez un peu le topo...

De mon côté, grâce à l’hospitalité de Jean-Clément, j’avais le loisir d’arriver bien plus tôt, et comme le studio était réservé sur de grandes amplitudes horaires, j’ai pu m’y amuser comme un petit fou (Alice au pays des merveilles, je vous ai dit…) , et entre autres refaire de A à Z les premières mesures d'introduction d’un des morceaux (To California), qui ne comptait pas moins de... 9 guitares ! Je me souviens encore comme si c'était hier de l’ingé son (Patrice Quef) marquant à la craie un bout de bande magnétique super large (24 pistes parallèles, comme on disait), puis empoignant une paire de ciseaux tout bêtes  pour se livrer en sifflotant à une opération de "couper-coller" qui était tout ce qu’il y a de plus concret et de plus périlleux !

Le studio en  lui-même était mémorable… à l’époque, tous les équipements étaient bien entendu analogiques (ils ont été mis à jour depuis lors). Ce fut l’occasion pour moi de manipuler pour la première fois nombre d’instruments fantastiques (une harpe, une épinette, un piano à queue Bösendorfer…).

 

Réverb du studo Miraval en 1978 : une cave à vin !
La cave à vins : une "reverb" unique au monde...

Une cave à vins pas comme les autres

Entre autres curiosités incroyables, signalons qu’un effet de réverbération était produit  la demande par la résonance naturelle d’une… cave à vin (authentique !), dont le rendu est par la suite devenu célèbre dans le monde des musiciens et des ingénieurs du son, bien avant l’arrivée du numérique (il faut préciser qu’à l’époque, nombre d’effets de réverbération étaient tout simplement produits par… un ressort tout bête !).

Pendant que nous y sommes, vous trouverez sous ces lignes la liste de tous les titres que nous avons enregistrés et mixés en une semaine, à cette occasion. C'était une véritable performance, surtout si l'on garde à l'esprit que chaque titre était mixé deux fois,dans la foulée, toujours "à la main", à cause des versions playback, lesquelles présentaient forcément de subtiles petites différences avec les originaux, à l'époque... Rappelons qu'il n'existait encore aucun automatisme, tout reposait sur le feeling et le savoir-faire de l'ingénieur du son. Ah ma pauv'dame, en ces temps bénis, point n'était donc besoin de faire l'âne pour avoir du son... 😉

Liste des morceaux enregistrés (ordre de l'album)

Achète-toi une samba
Fric et flip
Je suis un pantin
Ma femme
Artémise
Le funambule argentin
Laisse-moi chanter ma peine
Attends
To California
Les amies de ma jeunesse
Temps de chien
Ma maison
Le jour où tu me quitteras

Depuis lors, de nombreux artistes (et non des moindres) ont enregistré un ou plusieurs albums dans ce lieu devenu mythique. Avis aux spécialistes : dès 1982, le studio hébergeait la toute première console SSL (Solid State Logic) française !  Quelques années après, en mai 2001 précisément, les studios Abbey Road à Londres s'équiperont à leur tour d'une console SSL 9000J à 96 voies, la plus grande console d'Europe à cette époque. (au passage, j'ignore totalement si le studio Miraval est aujourd'hui maintenu, ou s'il a été démantelé pour réserver les lieux à un autre usage...).

Studio Miraval : Artistes francophones...

 

ALAIN BASHUNGcoucher de soleil - international par excellence

BLANKASS

BLANKASS

CHEB MAMI

INDOCHINE

JACQUES HIGELIN

L'AFFAIRE LOUIS TRIO

LES NEGRESSES VERTES

MAXIME LEFORESTIER

MIOSSEC

NATACHA ST PIER

OPHELIE WINTER

PATRICK FIORI

PIERRE VASSILIU

PAUL PERSONNE

TELEPHONE

ZEBDA

 

 

 

 

Studio Miraval : Artistes internationaux...

coucher de soleil - international par excellence

ACDC

CHRIS REA

COURTNEY LOVE

CRHIS REA

DAVID SYLVIAN

GARY MOORE

GERY RAFERTY

GIPSY KINGS

JIMMY BARNES

JULIA FORDAM

KELLY FAMILY

LITHHOUSE FAMILY

PINK FLOYD

POLO HOFER

RAMMSTEIN

SADE

SHIRLEY BASSEY

STEVE WINWOOD

TARKAN

THE CRANBERRIES

THE CURE

THE GO BETWEENS

UB40

WET WET WET

WHAM

YES

 

A noter :  En 1979,  le groupe Pink Floyd y enregistra une grande partie de l’album The Wall. Gag : la pochette mentionne le studio « Miravel » !

La boucle est bouclée…

Depuis lors, le musicien Jacques Loussier a continué à composer. Entre mille autres choses, notons le thème de "Inglorious Basterds", film de Quentin Tarantino sorti en 2009, avec en vedette masculine l’acteur… Brad Pitt ! Si ça se trouve, c’est à cette occasion qu’il lui a montré les photos du château ! En pareil cas, ça nous ferait un autre point commun : lui et moi appartiendrions donc à ce club très fermé de ceux qui entendent se passer des services des agences immobilières à chaque fois que c’est possible, et privilégient autant que faire se peut les transactions "de particulier à particulier"… Comme c’est géniââââl !  Tellement  post-moderne ! Et tellement plus simple !

Post-scriptum : Ah là là, la jet-set, décidément, on n’en sort pas ! 😉

vue aérienne d'une maisonDernière précision : le hasard a voulu que par la suite, ma propre mère achète à quelques encablures de cette propriété un terrain (infiniment plus petit et incomparablement moins cher, ne nous emballons pas !), et qu’elle y fasse construire une maison, où elle vécut, jusqu'à ses derniers jours. Pour l’anecdote, les plans avaient été mis au point à l’époque par un tout jeune architecte. Le frère d’un de mes copains de lycée (le lycée Marcel Pagnol, à Marseille). C’était là son tout premier permis de construire, me semble-t-il (il venait à peine de quitter l’école d’architecture de Luminy, à Marseille). Des années après des débuts pas toujours évidents, il se trouve que ce garçon a fini par acquérir une belle notoriété, et ainsi faire fortune en signant des constructions dans le monde entier, ce qui fait qu’il jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. C’est entre autres l’archi d’exécution de l’ensemble de bureaux des Docks, à Marseille. Il s’appelle Eric Castaldi.

 

2 e post-scriptum : Depuis cet article, Michel Melchionne est venu jouer à la maison !

Petit souvenir ci-dessous :

 

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