Shakespeare (encore), Vérone, Schmitt et le Club des Juliette

L'article précédent évoquait la mémoire de Shakespeare, ravivée par des anglais sur les ondes de la BBC à l'occasion... du premier avril dernier.

Le hasard a voulu que je tombe quelques jours plus tard sur un texte d'Éric-Emmanuel Schmitt, texte qu'on peut trouver à la fin de son dernier recueil de nouvelles intitulé "Concerto à la mémoire d'un ange". Ce texte relate une anecdote intéressante à propos de Juliette, celle de Roméo, héroïne du même... Shakespeare.

Lisez plutôt :


À Vérone […] dans la première moitié du XXe siècle, un jardinier s'occupait d'entretenir le cimetière où se trouve le mausolée de Juliette. Les touristes venaient regarder sa tombe, les amoureux venaient s'y embrasser, et les malheureux y pleurer. Ému par les scènes auxquelles il assistait quotidiennement, le jardinier dressa des oiseaux pour que ceux-ci, à son ordre, viennent se poser sur l'épaule des âmes en peine, puis leur donnent, d'un coup de bec furtif, un baiser. Ce phénomène plut, intrigua, et, petit à petit, des lettres parvinrent du monde entier pour demander à Juliette des conseils amoureux.

Le jardinier prit l'habitude d'y répondre de sa belle plume en signant Juliette.

Lorsqu'il mourut, dans les années cinquante, les enveloppes continuèrent à s'amonceler avec, comme seule adresse, cette mention: «Juliette, Vérone, Italie». Certains Véronais décidèrent de perpétuer cette pratique et ils créèrent le Club des Juliette, un groupe de sept femmes qui rédigeraient des lettres à l'intention des malheureux ou esseulés exposant leurs problèmes.

Hier soir, j'ai rencontré les sept Juliette d'aujourd'hui, des intellectuelles, des psychologues, des sociologues, des avocates qui correspondent avec des condamnés à mort du Texas ou un gardien de phare en Chine ...

Étrange Vérone que les Italiens ont construite et qu'un anglais, Shakespeare, a rendue célèbre ...


Concerto à la méméoire d'un angeConcerto à la mémoire d'un ange
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel, 2010
ISBN : 2226195912, 9782226195913
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Deux reprises d’un coup (pour moi c’est sûr il est tailleur…)

Bonjour,

Vous vous souvenez peut-être de cette chanson :

SOMERSET MAUGHAN
Compositeur : VOULZY LAURENT
Auteur : Alain SOUCHON
Editeur : UNIVERSAL MUSIC PUBLISHING MGB FRANCE
Interprète : Alain SOUCHON, MICHEL KOCHMANN
ISWC : T-003.036.972.2

Je me souviens l'avoir entendue dans une version à plusieurs voix, interprétée par les Enfoirés...

J'ai voulu remettre la main sur ce morceau, mais je n'y suis jamais arrivé. Du coup l'envie m'a pris de l'enregistrer tout seul, avec un accompagnement très simple.

Normalement elle devrait démarrer dans le bidule ci-dessous (il suffit de cliquer au bon endroit...)

Pendant que j'y étais, j'en ai enregistré une autre dans la foulée...

"Au bois de mon cœur"

Le célèbre titre de Georges Brassens revisité façon Bernard (trois voix en harmonie, piano, guitares, percussions diverses et bonne humeur en prime).

En bidouillant un peu dans les boutons, les amateurs (s'il y en a) pourront même télécharger les morceaux... (petite flèche vers le bas das chaque player)

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Lez zippés (un texte de Philippe Supera)

pas le temps...Philippe Supera (dont j'ai parlé dans un article précédent) avait écrit un texte plein de vie, de colère, mais aussi d’humour, il y a quelques années. Ça s'appelle « les zippés » et ça parle des gens qui n’ont le temps de rien, qui vivent la vie comme une fuite en avant perpétuelle, et n’accordent finalement d’attention qu’à eux-mêmes. On a tous connu ça. Lisez, ça vaut son pesant de cacahuètes…

Parfois j'ai des idées qui me font rire. C'est incongru, voire déplacé vu l'époque à laquelle nous vivons, mais je ne peux pas m'en empêcher.

Une de mes dernières idées à la con est de faire un site sur les Zippés. Un truc où chacun pourrait raconter sa dernière anecdote vécue avec un ou une Zippée ou proposer des produits dérivés.

Mais, vous entends-je objecter, que sont les Zippés ? Eh, bien, ce sont des cons. Mais pas n'importe quels cons, les cons pressés. Vous savez, ceux qui arrivent derrière vous en bagnole et qui vous collent à 10 cm pour bien vous montrer l'a quel point vous les gênez en existant et en étant là, sur LEUR route où ils ont de bonnes raisons de rouler plus vite que vous parce que leur temps à eux est précieux, parce que ils sont importants et que "merde il peut pas la pousser sa tire de prolo au lieu de se traîner à 90 alors qu'on peut pas doubler en haut de côte ce connaaaaard ?".

Le Zippé ne peut pas rester à distance de sécurité, faut qu'il colle au point de vous souffler sa mauvaise haleine dans le cou, jusqu'à ce qu'il puisse faire rugir son moteur de Zippé et vous doubler de façon agressive en se rabattant entre vous et le camion qui vous précède, en vous obligeant à freiner pour vous mettre à distance de sécurité. P'tain, j'ai pas d'affinité particulière avec Sarkozy (j'aime manier l'euphémisme, parfois) mais quand même, je trouve qu'il a fait du bon boulot en réussissant à faire baisser les excès de vitesse. Il a traité les tomobilistes excités comme les abrutis qu'ils sont. Il a pas cherché à faire de la pédagogie. Les tomobilistes sont imperméables aux méthodes intelligentes. Sarko les mate à coup d’amendes, de radars automatiques, de flicages intensifs… Tout bien. On se sent mieux sur la route. Mais, il y a encore pas mal de Zippés en circulance.

L'autre jour, c'était une blondasse, bien entretenue, belle femme de 35-40 ans, au Mans, place de la Sirène. Au volant d'un 4x4 avec pare buffle au cas où elle en rencontrerait un entre la parfumerie et la boutique Fauchon. La place de la Sirène est prioritairement piétonnière. Des piétons y piétonnent. Cette conne qui accélérait déjà de manière agacée n'a pas pu s'empêcher de klaxonner pour faire s'écarter la vermine piétonnière qui avait l'indélicatesse de se trouver sur son chemin et lui faisait perdre ses chances de n’avoir que 15 mn de retard à son rendez-vous chez le coiffeur ou à son fitness.

Quinze mètres plus loin une bagnole avait le mauvais goût de choisir ce moment pour sortir d'un garage incommode et nécessitant une manoeuvre pour sortir. Vous croyez que la conne bourgeoise blondasse aurait attendu courtoisement que la manoeuvre se fasse sans stress ? Non, il a fallu qu'elle fasse sonner la trompe de sa chiotte en plein centre ville encore une fois.

Je ne sais pourquoi mais j'ai eu des envies de meurtre, lui foutre une grande baffe dans sa tartine de cosmétiques m'a d'un seul coup paru la chose la plus urgente que j'avais à faire. J’ai eu envie de foutre des grands coups de lattes dans sa carrosserie, de jouer des poings sur le capot pour qu’elle apprécie à quel point la rencontre entre la chair humaine et son tas de ferraille produit des effets intéressants, de tordre ses essuie-glaces (comme dans je ne sais plus quel film avec Jean Rochefort, Un éléphant… ? Peut-être). Par chance pour elle et pour moi elle est partie avant que j’arrive à son niveau... Y’a donc pas eu d’esclandre, on ne m’a pas interné et je suis toujours là pour raconter mes fadaises et la blondasse sévit probablement toujours au Mans avec arrogance.

Des Zippés, on en voit beaucoup, c'est effrayant. Dingue aussi le nombre de tarés qui trouvent urgent de rouler en 4x4 en ville pour griller 25 litres au cents au lieu de 8 ou 10, comme si le pétrole cramé ne foutait déjà pas assez vite la merde dans l'atmosphère (dans le sens écologique et politique mondiale du terme).

Je pense que faire chier les Zippés devrait devenir une priorité nationale, que des fonds européens devraient être affectés d’urgence. Qu’on crée un ministère pour ça et qu’on y colle Sarkozy à vie, spécialisé, entièrement dédié à ça. Si Chirac promet de faire ça, je vote pour lui aux prochaines élections (c’est même pas vrai mais faut pas le dire).

Philippe Supera

Voilà. Je sais que ce texte a été lu mardi 9 mars, au Mans, lors des funérailles de Philippe.

Pour toi, Philippe, qui n’es hélas plus de ce monde, comme on dit, mais qui fera à jamais partie de notre monde intérieur…

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Philippe est parti…

Philippe

Je viens de perdre un ami très cher. Il s’appelait Philippe Supera, il jouait un petit peu de la guitare (Jasmine, sa Takamine…), était branché photo, mais c’était surtout un as de la programmation, d’internet, d’un autre monde possible et du cœur gros comme ça.

Je l’ai rencontré par…internet ! C’était le génial inventeur de TarifCom, un petit logiciel qui calculait en direct le montant de notre facture de téléphone à l’époque antédiluvienne où les forfaits illimités et gros débit n’existaient pas encore…

Philippe est devenu par la suite mon hébergeur, puis mon ami. Plusieurs étés de suite, il est passé à la maison avec son fils Léo à l’occasion des grandes vacances…

Sur ce petit film de retrouvailles aussi joyeuses que musicales, on devine plus qu’on ne voit Philippe, qui apparaît de manière fugace parmi les convives (attention, c'est dans les toutes premières secondes). C’est celui qui a des moustaches de gaulois, une chemise en jean, et qui tient le super appareil photo avec un objectif commak. Ce jour-là ils étaient venus, les uns et les autres, de St Barth, de St Trop, de la Suisse, de la Sarthe… se poser un peu, se croiser, se rencontrer par hasard pour quelques heures, quelques jours, à la maison. Après cette prise, on avait chanté « Because » des Beatles… à plein de voix, et Philippe s'est joyeusement époumoné avec nous. J'en ai encore le frisson.

Je ne trouve pas les mots pour dire à quel point ce type-là me manque... Dans un autre article je vous propose un texte écrit par Philippe. Ça s’appelle « Les zippés »…

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Le cerveau humain ne peut pas gérer plus de 150 amis à la fois

Chat de Geluk devant son ordiOn ne peut pas être ami avec tout le monde !!

Lu dans La Tribune de Genève du Vendredi 5 Février 2010 le cerveau humain ne peut pas gérer plus de 150 amis à la fois !
C'est la conclusion d'une très sérieuse étude d'un professeur d'Oxford : Robin Dunbar, c'est son nom, s'est penché sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook et affirme que posséder plus de "150 amis" est ingérable... Le néocortex du cerveau, dit-il, n'a pas la capacité de faire au-delà, il ne peut pas entretenir un lien social avec plus de 150 personnes...

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Un match de foot vu par quelqu’un qui n’aime pas ça…

J'aime pas le footAussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été complètement indifférent au football, et en même temps toujours au milieu des footeux.

Cela a commencé à l’école… Les instits, et plus tard les profs de gym, quand ils voulaient nous faire plaisir et avoir la paix pour une heure, nous disaient « Bon, ben vous n’avez qu’à faire un foot ! ».

A ce moment-là, tous mes camarades sautaient de joie, et moi je pensais « tu parles d’une poisse »…

En effet un gamin qui ne joue pas au foot finit toujours par s’entendre dire « bon, ça fait rien, on va te mettre dans les bois (ça voulait dire que j’allais être le gardien de but, poste détesté de la plupart des autres joueurs, allez savoir pourquoi).

J’ai donc passé pendant mes plus belles années des heures à me morfondre dans ma cage, sans arriver à me sentir le moins du monde concerné par ce qui se passait, sil l’on excepte les fois où j’entendais un boulet de canon siffler à mes oreilles, invariablement suivi une seconde plus tard par une poignée de types vociférant et gesticulant, bouches tordues et mimiques simiesques, manière bien particulière  de me signifier qu’il était pourtant facile à arrêter, celui-là…

j'aime pas le footUne fois, j’étais en terminale, mes potes m’ont convaincu d’aller assister à un match… c’était à Marseille, au stade vélodrome, en 1974 probablement… non seulement je me suis ennuyé à mourir, mais en plus les deux seules fois où je regardais ailleurs j’ai vu tout le monde se lever tout autour de moi, pour comprendre quelques secondes plus tard (décidément !) que la baballe était dans les bois, donc.

Je me suis bien jure de ne jamais y retourner, comme on peut l’imaginer. Aujourd’hui c’est mon fils aîné qui se passionne pour le foot, et particulièrement pour les rencontres disputées par cette fameuse Olympique de Marseille (l’OM, quoi)… apparemment cette équipe bouge encore, bien que j’aie depuis une sacrée lurette cessé de m’intéresser à ses exploits.

Et puis tout récemment je suis (re)tombé sur un passage de livre qui à mes yeux traduit à merveille mon sentiment d’extraterrestre par rapport à beaucoup de sports en général , et à celui-ci en particulier :


Je pensais à une promenade, le long des quais et à l’un de ces restaurants feutrés comme on en voit dans les films, des maîtres d'hôtel doucereux auraient été les complices de notre intimité ...

Dès qu'elle m'a aperçu, elle a brandi deux rectangles de papier bleuté qui se sont révélés être les billets permettant d'assister à une partie de football. C'est un jeu qui se joue avec un ballon en le frappant avec les pieds.

Nous nous y rendîmes.

Lorsque nous pénétrâmes dans les lieux, le béton vibrait. «Parc des Princes », pas de parc et plus de princes, mais c'est ainsi, environ trente milliers de personnes hurlantes, surtout un rougeaud derrière qui, le départ, a affirmé avec une force incroyable que l'arbitre n'avait pas de couilles. Étant donné la distance laquelle ils se trouvaient l'un de l'autre, cette affirmation ne pouvait relever que de la plus haute fantaisie. Il l’a pourtant proclamée une bonne centaine de fois durant la partie avec un entêtement admirable.
L'équipe en bleu était locale et j'ai pensé un instant ils étaient plus nombreux sur le terrain, mais Cécilia m’a expliqué que la chose était interdite. Simplement ils devaient courir plus vite. C'étaient «les Saint-Germain », ils m'ont paru courir vite en effet, mais pour peu de chose, tous ces jeunes gens semblaient guillerets mais un peu chiens fous alors que les rouges devant eux répugnaient manifestement à bouger.

Cécilia les soutenait car elle m'apprit qu'ils étaient bretons. Ils pratiquaient la tactique du menhir. Pendant l’entracte, qui s'appelle mi-temps, nous avons acheté sandwiches avec du saucisson et des bouts de salade fripée qui sortaient du pain. Les maîtres d'hôtel obséquieux étaient de sortie.

Ça a recommencé. Tout de suite le béton qui vibrait a tremblé et je me suis retrouvé seul assis. J'ai vu les fesses du type devant qui tressautaient de joie. 1 à 0 les bleus. J'ai dit à Cécilia que les rouges n'allaient pas se laisser faire et je pense qu'elle m'a été reconnaissante de cette preuve d'intérêt. Je ne me suis d'ailleurs pas trompé car, quelques minutes après, un Breton qui n'avait l'air de rien, a sauté en l'air et paf! Un but.

Silence total dans le stade. Cécilia jubilait. Je me suis penché vers elle et je lui ai chuchoté :
– Il leur faut un ailier de débordement pour effectuer des centres en retrait.
J'ai vu ses yeux s'arrondir, elle s'est reculée sur son siège pour m'examiner plus facilement dans ma totalité, et elle a proféré :
– Mais j'étais persuadée que tu n'y connaissais rien.
J'ai baissé le regard, modestement.
– J'ai joué un peu, autrefois ...

J'avais retenu cette phrase de haute tactique proférée quelques minutes auparavant par le monsieur qui émettait sur l'intégrité physique de l'arbitre des réserves sérieuses. Il est extrêmement agréable de se sentir être stupéfiant pour quelqu'un.

Finalement les deux équipes en sont restées au 1 à 1. En quittant nos places nous avons échangé quelques remarques bien frappées sur le peu d'envergure du match, j'ai précisé qu'il eût été préférable que l'arbitre possédât des couilles. Elle a été sur ce point tout à fait d'accord avec moi. Une grande soirée.

Dans le taxi, je lui ai fait jurer que ce serait la dernière. Je déteste toutes les formes de sport, aucune n'échappe à ma vindicte et, dans cette haine générale, le football occupe une place de choix.

Belles galères, un livre de Patrick Cauvin

Patrick Cauvin - Belles galères, Livre de Poche, 1993, P. 101 & suiv.

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Bénéfique Manuscrit…


Il n’y a pas d’idée philosophique, si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde (Henri Bergson).

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Je voudrais vous parler aujourd’hui de "Maléfique manuscrit !", un roman de Marie Agostini.

Marie Agostini est philosophe, enseignante et chercheuse. J’ai eu la chance d’assister à une de ses interventions en 2009 (j’en ai parlé dans un autre blog).

Elle anime également des ateliers de philosophie pour enfants dans une classe de CM2. Comme elle l’écrit elle-même, « Ces ateliers […] représentent un moment où les enfants ont la parole, où ils peuvent s’exprimer librement, où ils peuvent s’affirmer en tant qu’individus et sortir de l’indifférenciation générale dans laquelle ils sont noyés. C’est un espace où ils peuvent poser et identifier les problèmes que leur pose l’existence et y chercher une solution qui leur soit propre. »

Pour elle, écrire des romans pour de jeunes lecteurs est une conséquence logique de son engagement.

Maléfique manuscrit !, son premier roman, a été publié par la maison d’édition « Rouge Safran ». (Illustration de Laurent André). Il est sorti en septembre 2009.

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Alors que sa classe visite le Préau des Accoules, à Marseille, Lou Valesca, une adolescente au caractère bien trempé, découvre le cadavre d’un homme : un certain Moreau, professeur d’histoire. Celui-ci semble avoir consacré ses recherches à un manuscrit inédit du XVIème siècle.La découverte de ce manuscrit serait-elle le mobile du meurtre ?

Ses amis, Chloé, petite scientifique en herbe, et Arthur, amateur d’histoire au cœur tendre, décident d’aider Lou à élucider ce meurtre.

Leur enquête les conduit à s’intéresser à l’histoire de la Provence et, plus précisément, à la période de la Renaissance.

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Avec mes deux plus jeunes enfants, nous avons  vraiment adoré ce livre à l’intrigue très prenante et aux personnages particulièrement attachants. Et en prime, nous avons appris beaucoup de choses !

Parlons de la place de Lenche, pour commencer. J'ai un peu connu cette place (quartier du Panier, à Marseille), dans une autre vie, surtout pour y jouer de la musique : c'était dans les années 1975-1980, un de mes amis musiciens avait l'habitude d'y jouer tous les soirs pour les clients des bars et restos de la place, il jouait de la guitare pour accompagner sa copine, qui poussait la chansonnette et passait le chapeau parmi l'assistance à la fin. Ensuite, la tournée finie, ils se produisaient tous les deux dans une espèce de café-crêperie pourvu d'un sous-sol au plafond magnifique, tout en voûtes et pierres apparentes, toujours sur cette place de Lenche (pas loin du théâtre). A la fin de leur prestation (c'est-à-dire au petit jour, le plus souvent), ils étaient payés "au bouchon", c'est-à-dire au nombre de bouteilles de cidre consommée par les "clients spectateurs".

Pendant une semaine, mon ami ayant contracté une angine, je suis allé le remplacer pour qu'il puisse conserver son revenu et surtout sa place (en effet, en l'absence du barde habituel, les partons de bistrot ne s'encombraient pas trop de scrupules, et avaient tendance à dire oui au premier guitariste va-nu-pieds se présentant devant leur boutique à l'heure où ça rapporte, celui-ci devenant ipso facto le nouveau "titulaire", si l'on peut dire...)

Je me suis donc mis en devoir de jouer les guitaristes intérimaires pour la copine de mon ami (le temps que celui-ci se refasse une santé), c 'est dire si j'ai eu l'occasion de parcourir la place de Lenche dans tous ses recoins ! Eh bien en lisant ce livre j'ai appris une chose qui m'a beaucoup touché : il se trouve que cette place n’est ni plus ni moins que… l'ancien agora de Marseille ! Bon, je sais, aujourd'hui, cette information figure certainement quelque part sur la place elle-même, mais justement, j'ai grandi à Marseille, j’habite maintenant à 70 kilomètres de cette ville, mais jamais je n'y suis retourné "en touriste"... Je prends d'ailleurs a résolution de réparer cet oubli !

Dans le livre de Marie il y a plein de passages qui valent leur pesant d'or : les réflexions des enfants, par exemple, m'ont parfois fait hurler de rire, comme lorsqu'ils s'offusquent des questions archi barbantes dont les profs ont parfois le secret (…quand ces profs s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes). Alors que nos petits héros se demandent pourquoi il ne vient jamais à leurs enseignants d'en poser de toutes bêtes, de questions, comme (je cite Marie) "A quelle heure commencent les épisodes des Simpson ?". C'est bien simple: mes propres enfants (qui pourtant ne manquent pas de ressources) n'auraient pas trouvé mieux... D'ailleurs je soupçonne fortement la jeune dame d’avoir piqué cette phrase à un de ses élèves au cours d’un de ses  ateliers…

Dans un même ordre d’idées,  la question de savoir pour quelle raison nous apprenons l'histoire quand nous sommes à l'école  est soulevée dans un passage de ce livre. Eh bien Marie place cette réponse, tout à la fois percutante et ingénue, dans la bouche d’un de ses petits héros : "On apprend l'histoire pour pouvoir sortir la date de Charlemagne au Trivial Pursuit". Quand je vous dis que ça vaut son pesant d’or…

Tout le reste est à l'avenant... on comprend tout de suite qu'on a affaire à une personne qui s'intéresse vraiment aux autres... C'est terrible, mais je me souviens très bien qu'un de mes professeurs de lycée nous avait dit en début d'année « Je sais très bien que j'ai parfois l'air de sortir d'un vieux cadre poussiéreux... eh bien soit, qu'à cela ne tienne, j'assume parfaitement, vous me verrez donc sortir quelquefois de mon vieux cadre poussiéreux. C'est ainsi ».

Marie Agostini, quant à elle, tout en poursuivant son activité de recherche en philosophie et en sciences de l'éducation, n'est absolument pas en-dehors de ce qu'on appelle la vraie vie et les vraies gens, contrairement à ce que j’ai pu constater avec effroi  chez quelques-uns de ses congénères. Pour nous faire toucher du doigt (ainsi qu'aux enfants dépeints dans le roman) la notion de « nous ne sommes jamais sûrs à cent pour cent de ce qui est réel et de ce qui ne l'est pas »... pour nous faire mieux comprendre cette notion, donc, elle n'hésite pas à faire référence au film Matrix !

Je dois hélas à la vérité d’avouer avoir côtoyé nombre de savants de broussaille qui feraient à coup sûr des mines de chat offusqué en constatant qu'un enseignant peut avoir recours à des "références aussi triviales". C’est que, que du haut de leur suffisance, ils n'ont rien compris à ce qui fait l'essence des choses, alors qu’à mes yeux Marie est tout simplement tombée dedans quand elle était petite, pour ne plus jamais en ressortir depuis.

Dans cet ouvrage, nous apprenons aussi énormément de choses sur l’histoire de la Provence (par exemple, la cathédrale de la Major, que dans mon enfance nous appelions « la grosse abeille » à cause de ses rayures pas vraiment décoratives, a été construite sur l’emplacement d’une cathédrale plus ancienne, comme en témoignent les quelques fragments de mur en calcaire rose de La Couronne qu’on peut y trouver).

La philosophie y occupe bien entendu une place de choix. Le mythe de Teuth, dont j’ai déjà parlé ici à propos du développement d’internet, y est par exemple présenté d’une manière accessible et attrayante.

Enfin, cette histoire est parsemée d'un certain nombre de débats de classe (ah... on sent bien que c'est du vécu !) qui sont autant d'occasions de soulever des questions qui à mes yeux vont très loin, mais - toujours pareil - sans jamais avoir l'air d'y toucher.

Normal : chez les vrais artistes, l'effort et le travail ne se voient jamais !

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J’aime pas danser, mais je me soigne…

Ce samedi-là, c'était l'anniversaire de ma copine Martine... elle m'a prévenu qu'il y aurait de la musique très fort et que les gens danseraient... mais moi, rien à faire, j'aime pas danser.

Je sais que je suis loin d'être le seul. Xavier Hanotte, par exemple, dans "Je suis un ours, soit dit entre nous", a écrit ceci :

DANSE
Inutile de s'appesantir — c'est le mot ! — sur le talent chorégraphique des ours. Pour nous l'enseigner, bon gré, mal gré, les hommes ont eu recours à la contrainte pendant des siècles, usant de méthodes aussi stupides que cruelles. Ils ont échoué. À quoi tient cette ancestrale répulsion? Je ne saurais dire. Dans mon cas personnel, un amour profond de la musique et une conscience de soi trop développée me rendent tout dandinement rythmique aussitôt intolérable. Dans mes jeunes années, seuls quelques rapprochements physiques avec les congénères du beau sexe me faisaient parfois déroger à la règle ursidée. Je m'en sortais à peu près. Mais la plupart du temps, ce type de configuration s'avérait problématique. Mon premier slow eut ainsi lieu avec une petite dame blaireau - déjà! […] - qui ne m'arrivait pas à l’épaule. L’exercice réclamait une souplesse qui n'était pas celle d’un ours. Je ne me suis pas obstiné.

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Je suis un ours, soit dit entre nous, Xavier Hanotte, éd. Le Castor Astral, 2012 (ISBN 978-2-85920-916-2), p. 17

 

Inutile de vous dire que je me reconnais à fond dans ce petit texte, auquel je ne changerais pas une virgule, et que je jurerais avoir été écrit pour moi... Pour ma part, j'écris des chansons, je joue de la musique, je parle souvent en public, et je fais du théâtre amateur, mais danser est tout simplement au-dessus de mes forces. Il y a très peu de gens que j'aime voir danser... et pour tous les autres (moi y compris) ce que je vois est à peu près comparable à ce qu'on peut voir dans ce clip, que je me suis amusé à réaliser ça à partir d'un simple appareil photo. Si vous voulez vous faire une idée... 

Ah oui, j'oubliais : la musique du clip est assurée par le génial Marin Mey (http://www.myspace.com/martinmey)


Mise à jour # 1 - 11 juin 2017. Cet article a une suite inattendue... Si vous ne la connaissez pas encore, c'est ici que ça se passe.... 🙂


 

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Recette de la tourte pommes poulet

Odette Toulemonde
Odette Toulemonde et autres histoires, Éric-Emmanuel Schmitt

Pourquoi une recette de cuisine ? Parce qu'une recette de cuisine est une chose qui va beaucoup plus loin qu'elle en a l'air... Un bon exemple de ce que je veux dire a déjà été raconté avec brio. Cela se trouve à la fin de la nouvelle "Le plus beau livre du monde" écrite par Éric-Emmanuel Schmitt et parue en 2006 dans le recueil "Odette Toulemonde et autres histoires" (Albin Michel, 2006 - 281 pages).

Voici donc la recette de la tourte pommes poulet dont je causais au détour d’un article précédent…

tourte pommes poulet
C'est vraiment aussi bon que ça en a l'air... parole !

Ingrédients :

  • Deux pâtes à tarte (brisées)
  • Une branche de céleri
  • 4 à 6 échalotes (suivant grosseur)
  • 2 pommes
  • 2 filets de poulet  en barquette (ou un seul blanc de poulet de chez le volailler)
  • Un œuf
  • 10 à 20 champignons de Paris  (suivant grosseur)
  • Un ou deux verres de vin blanc
  • Sel, poivre

Temps de préparation : variable (personnellement, en tant que « rêveur de cuisine »- et pas seulement de cuisine - je suis très long pour ces choses-là, alors je préfère ne pas noter le temps… ça ne vous servirait à rien).

Temps de cuisson : 30 à 35 minutes.

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Préchauffer le four (Th 7, 210°)

Couper le céleri en petits morceaux, faire revenir à la poêle, arrêter quand il commence à dorer, réserver dans un saladier

Procéder de même avec (successivement) les échalotes émincées, le poulet (coupé en petits dés), les pommes (en rondelles), et les champignons émincés (en fait l’ordre des ingrédients n’a aucune importance). Personnellement j’utilise une poêle en téflon, sans graisse, et si ça accroche je déglace au vin blanc A chaque fois qu’on a terminé de faire revenir un ingrédient, réserver dans le saladier et bien mélanger le tout (le but étant de faire refroidir tout ça, faute de quoi  ça ramollirait la pâte du dessus par la suite). A la fin, saler et poivrer la garniture à son goût, après avoir bien vérifié qu’elle n’est pas trop chaude (au pire on attend un peu… en buvant le reste du vin blanc  comme dans la fameuse recette de la dinde au Whisky, pour ceux qui connaissent…)

Garnir un moule à tarte avec une des deux pâtes (attention, ne pas coller aux bords, ce n’est pas une tarte, laisser pendouiller tranquillement le surplus à l’extérieur du moule), puis mettre la garniture, rabattre le surplus de pâte par-dessus la garniture (la partie de pâte rabattue peut mesurer plusieurs centimètres, ne pas s’en inquiéter…).

après pose de la première paête...
On dirait un bonnet de nuit, vous trouvez pas ?

Utiliser le blanc de l’œuf  en le badigeonnant sur la partie de pâte rabattue pour pouvoir coller les 2 pâtes ensemble (réserver le jaune).

Ensuite, disposer la 2e pâte (penser à faire une petite cheminée au centre avec du papier sulfurisé, par exemple une chute du papier de la pâte à tarte).

Badigeonner la pâte du dessus avec le jaune de l’œuf (idéalement, utiliser un pinceau, sinon un bout de papier absorbant).

Faire de jolis dessins dans la pâte avec une fourchette (pour ma part, je me contente de recouvrir toute la surface avec des rayures relativement parallèles faites à la fourchette, puis je tourne le plat de 60 degrés (10 mn de montre si on préfère) et je recommence une 2e fois mes rayures. Regardez la photo du début...).

Mettre 30 à 35 minutes au four. C'est prêt !

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Quand les policiers anglais rivalisent d’amabilité, ou encore utilisent leurs boucliers pour faire de la luge

étonnants bobbies...

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Décidément, les policiers anglais sont pour moi une éternelle source d’étonnement. Déjà, en 1974 (eh oui, ça ne date pas d’hier !), alors que je me rendais à un immense festival de musique dans la ville de Redding en compagnie de mon copain Yves, deux d’entre eux nous avaient demandé de vider le contenu de nos sacs sur le quai de la gare, sans doute influencés par nos mines aussi hirsutes que bronzées, puis encouragés dans leurs soupçons par le lieu de résidence figurant sur nos passeports (Marseille !). A la fin, n’ayant rien trouvé de spécial (comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences), ils se sont mis en devoir de tout ranger eux-mêmes dans nos sacs respectifs, cherchant visiblement à tout remettre à sa place, avec une maladresse touchante et un sens louable de l’effort (il faut dire qu’à l’époque, faire mon sac consistait pour moi à y entasser mon linge en boule, sans forcément distinguer le sale du propre…). Au moment de nous quitter, ils nous ont rendu nos passeports avec un grand sourire, l’un d’entre eux poussant même l’amabilité au point de nous adresser quelques mots dans notre langue maternelle, en nous appelant très gentiment par nos prénoms (« Au revouâââr Yvèssss, au revouâââr Beuuuurnrâârd ! »). Je me suis dit alors que je voulais bien être interpellé par de tels personnages tous les autres jours de mon existence si nécessaire… bonjour le contraste avec nos pandores nationaux, ou du moins ce que j’en avais aperçu. Du même coup, les "bobbies" étaient devenus dans mon imaginaires des gens particulièrement étonnants, dans le bon sens du terme... Ce souvenir m’est tout récemment resurgi à la figure lorsque j’ai consulté aujourd’hui l’étonnant article retranscrit à partir de  20 minutes.fr

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Que faire de son bouclier anti-émeute quand il neige et surtout qu'il n'y a pas d'émeute? Afin de rompre leur ennui et s'amuser un peu, des policiers britanniques avaient trouvé la solution en l'utilisant comme luge pour dévaler une pente enneigée ! Sauf qu'ils ont essuyé un blâme jeudi après que des images, filmées par un passant, aient fait le tour de l'Internet. Leur supérieur hiérarchique, le commissaire Andrew Murray, n'a pas vraiment apprécié cette utilisation détournée de leur outil de travail: «J'ai parlé aux policiers concernés et je leur ai rappelé sur un ton qui ne souffre aucune indulgence que faire de la luge quand on est en service, avec un équipement de la police et aux frais du contribuable est une très mauvaise idée s'ils ont l'intention de faire carrière sous mon commandement.»
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«N'oublie pas de sourire, quoi qu'il arrive» Sur la vidéo, on voit les policiers au pied d'une petite colline, proche d'Oxford. L'un d'eux, qui se juche sur son bouclier, conseille alors à un collègue de «s'agripper aux sangles». Le policier s'exécute, se faisant hisser au sommet de la pente par un confrère qui immortalise l'instant sur la caméra de son téléphone portable. «N'oublie pas de sourire, quoi qu'il arrive», lui lance-t-il.
Le lugeur en uniforme dévale alors la colline, sous les éclats de rire de trois collègues.
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