Pour ceux qui croiraient encore qu’internet peut nous rendre encore plus bêtes…

3 singes...
Un mythe vieux comme le monde...

« Alerte, l’écriture se répand… la mémoire et le savoir sont menacés ». C’était du temps de Platon. On craignait déjà que le progrès technique n’attente à la culture.

« Socrate - Eh bien ! j'ai entendu dire que, du côté de Naucratis en Égypte, il y a une des vieilles divinités de là- bas, celle-là même dont l'emblème sacré est un oiseau qu'ils appellent, tu le sais, l'ibis ; le nom de cette divinité est Theuth. C'est donc lui qui, le premier, découvrit le nombre et le calcul et la géométrie et l'astronomie, et encore le trictrac et les dés, et enfin et surtout l'écriture. Or, en ce temps-là, régnait sur l'Égypte entière Thamous, qui résidait dans cette grande cité du haut pays, que les Grecs appellent Thèbes d'Égypte.

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Non seulement Dieu est mort, mais en plus le Diable a pris les commandes…

Je viens de terminer la lecture d'un véritable petit bijou de drôlerie qui "sans avoir l'air d'y toucher" met le doigt dans le mille sur...bien des choses. Il s'agit de l'histoire de l'arche de Noé, mais complètement "revisited" d'une manière on ne peut plus azimutée, on vous aura prévenus.
Je ne résiste pas au plaisir de vous retranscrire ici un extrait de la fin du livre...


C'était joué, avec la bénédiction divine le Diable a pris les commandes, expédié la Création en une petite semaine et depuis lors je peux vous dire qu'il n'a pas chômé. C'en est même impressionnant. Le Mal mondialisé, mais à l'échelle industrielle, en flux tendu.

Suffit de lire les journaux, des gros titres aux faits divers, les annonces matrimoniales, les avis de décès, tout ça sent la patte du Malin.

« Jeune femme, 39 ans au compteur, 48 kilos, bien de sa personne, origines et poitrine modestes, pas d'espérances, importants travaux à prévoir, un enfant (mais placé en apprentissage dans le Gâtinais), aimant la nature, la lecture, les animaux, les sorties et les plaisirs simples, petits besoins, se nourrissant d'un rien (thé, graines, abats), sachant faire la cuisine et ne rechignant pas aux travaux ménagers, même lourds, ouverte aux exigences sexuelles, apports en industrie uniquement, étudie toutes propositions pour refaire sa vie et oublier inavouable passé assez char; avec monsieur même gros et laid, graveleux et cauteleux, sale et vieux. Très bonne situation exigée, belle aisance financière indispensable pour parer à toutes éventualités. Fumeurs ou alcooliques acceptés. Si possible pas d'enfants à charge ni de trop dispendieuses pensions alimentaires. Une résidence secondaire sur la Côte d'Azur serait un plus. Économiquement faibles et amoureux transis s'abstenir: Grabataires, sur dossier uniquement. Merci d'envoyer lettre de motivation, feuille d'imposition + ISF, détail turpitudes et éven­tuellement photos au Journal, qui transmettra. » C'est pas diabolique, ça?

J'en vois qui doutent. Des idéalistes. Il y a donc de dangereux idéalistes dans la salle. Des partisans du monde ancien, des nostal­giques du Bien, des francs-tireurs de Dieu, des lecteurs de Paul Claudel.

[…] Alors voilà. Le patron, le nouveau taulier, c'est le Diable. Point, à la ligne. Aussi simple que ça. Dieu est à la retraite. Bien sûr au début ça dérange un peu, mais on s'y fait. Croyez-moi. Assez vite, pour certains, si vous voyez ce que je veux dire. L'avantage c'est qu'on donne moins à la messe. Vous le saviez? Non? Convaincu, maintenant? Oui ? Content ? Vraiment ? Bravo ! Dire qu'il y a encore moins d'une heure vous pensiez que c'était l'amour qui gouvernait le monde, avec la bonté, la gentillesse, les nobles sen­timents, l'entraide, cette foutue beauté inté­rieure, la charité, la foi, l'espérance, les vertus cardinales, et tous ces trucs de catéchisme! Vous vous coucherez moins bête ce soir […]. Ça requinque, le Mal, mieux que le Viagra. Le Diable sera content, je l'informe­rai personnellement de votre toute récente prise de conscience, tardive, certes, mais sin­cère.

[…] Notez que si le Diable est le nouveau patron, ça explique bien des choses; tout devient plus cohérent, je dirais même repo­sant. Pas étonnant que les robinets fuient, que les gardiennes piquent votre courrier, que l' Afrique crève à petit feu, que le denti­frice reste ouvert, et qu'on vende des armes aux enfants. Que les abricots ne sentent plus les abricots, que les femmes sédui­santes passent sans me voir, que les lecteurs n'achètent pas mes livres ! Sans compter le bus qui démarre juste sous vos yeux quand il pleut, le stylo qui fuit, la casserole qui attache, le sparadrap qui colle, le code qu'on a oublié, la petite robe qui vous bou­dine, une haleine de cheval au pire moment, qui devait être le bon – et le banquier qui vous boude une petite facilité de caisse. Inutile de se révolter contre tout ce qui va mal – sans parler des tremblements de terre, de la faim dans le monde, des atten­tats. C'est normal que ça aille à vau-l'eau, voyons, c'est fait pour ça, c'est dans l'ordre des choses, Dieu n'existe plus, c'est le Diable qui gouverne. Une fois qu'on l'a compris, on respire, on respire mieux. On est libéré. L'ordre des choses. Faire une crasse à son prochain ne porte plus à conséquence. Au contraire. C'est civique. On vous décorera pour moins que ça.

Non, vous doutez toujours? Il vous faut des preuves? Des trucs tangibles où mettre les doigts? Vous en êtes encore là! L'Arche, ça ne vous a pas suffi? J'ai affaire à des esprits forts, ce soir. Un conseil tout simple, facile à mettre en pratique : faites-vous votre propre opinion, observez votre belle-sœur, votre voisin de palier, vos collègues de bureau, votre gardienne, votre directeur général, vos propres enfants, votre amant, votre maîtresse. Voyez ce petit air diabolique qu'ils ont tous au coin de l'œil, qui s'allume quand ils veulent vous convaincre de faire quelque chose dont vous n'avez nulle envie – et vous tout pareil, et moi, et mon éditeur, c'est le signe, nous sommes tous enrôlés dans les bataillons du Diable! Ça va valser! Ça va donner! C'est la revanche des otaries! [...] Adieu.

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Né à Strasbourg en 1959, Vincent Wackenheim habite à Paris près du lion de Denfert. Il déplore de n'avoir pu prendre part au Déluge, et n'a jamais rencontré Noé. Alors il nous révèle leur véritable histoire. Un récit mordant et jubilatoire. Amis des bêtes et des hommes s'abstenir.

« En gros, pour Noé, il y a les animaux qu'on mange, ceux (et surtout celles) qu'on caresse, ceux qui bossent, ceux dont on fait des manteaux ou des pulls, ou des boîtes à gants en galuchat, à la limite ceux qui sont juste jolis, mais les autres, la grande majorité, les moches, ceux qui ne servent à rien, les pas bons, les tout durs, les piquants, ceux qui sentent mauvais, ceux dont le nom est imprononçable, la mygale de Rameshwaram, par exemple (Poecilotheria hanumavilasumica), ou le crapaud de Holdridge (lncilius holdridgei), ou la musaraigne-éléphant (Rhynchocyon udzungwensis), pourquoi diable les embarquer? [ ... ] Noé, la biodiversité, ça n'était pas son truc. »

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Raphaël Enthoven à l’émission « NONOBSTANT » de Yves Calvi

Voici quelques extraits des propos de Raphaël Enthoven Entendus à l'émission "Nonobstant" présentée par Yves Calvi le mercredi 2/09/2009 sur France Inter. Avec une pensée particulière pour mes camarades avarapiens, lambesciens, et tous les autres...


La simplicité

La simplicité, c'est pouvoir dire simplement des choses compliquées. Cela ne consiste pas à simplifier les choses (ce qui est le contraire de la simplicité, et peut relever par exemple du poujadisme).
En revanche, la simplicité consiste à dire simplement les choses, en préservant leur complexité, mais en la rendant audible, accessible.
Plus profondément, la simplicité consiste tout simplement à agir... non pas dénouer les ramifications infinies d'un objet d'étude, mais tout simplement à trancher le "nœud gordien" qu’il renferme. Dédale, enfermé dans son propre labyrinthe choisit de s'en évader non pas en tentant de retrouver la sortie mais tout simplement en se fabriquant des ailes. Ainsi, la simplicité est une façon d'enjamber la difficulté. Car celui qui complique le monde le met à portée de sa propre intelligence, alors que celui qui vit dans la simplicité (dans la mesure du possible) met le monde à portée de son instinct (ou de son intuition). C'est très difficile de faire simple, mais cela fait partie des vertus philosophiques.

Différence entre expliquer et comprendre

Quand le sociologue Durkheim écrit 700 pages sur le suicide, il nous explique ce que c'est, en décrivant parfaitement le phénomène dans sa globalité, en découpant les situations en fonction de l'âge,  de la religion, de l'appartenance au monde urbain ou rural des personnes concernées...
Mais jamais il n'écrit une seule ligne expliquant pourquoi telle personne en particulier s'est suicidée. Ce dernier point ne relève plus de l'explication, mais de la compréhension. On explique des choses générales, on comprend des choses singulières. Bien souvent, ce que l'on comprend est par ailleurs indicible...

La joie

La joie est une aptitude à aimer la vie "malgré elle". Celui qui pleure sur la vie souffre deux fois : sur la vie et sur sa souffrance.

Subir

Ce qu'on subit, c'est ce qu'on choisit de subir. Parfois, abolir une contrainte consiste tout simplement à l'accepter, pour la simple raison qu'en adhérant à cette contrainte on en souffre moins.

Le présent

"Sois l'ami du présent qui passe, le passé et le futur te seront donnés par surcroît" (Clément ROSSET).

Les privilèges

Il n'y a pas de privilège univoque […]. Le vrai privilégié c'est celui qui sait pourquoi il se  lève le matin, et qui adhère à ce qu'il fait (dans le meilleur des cas, il aime le travail qui lui permet de gagner sa vie).

Du passé faire table rase ?

Bien souvent, celui qui croit faire du passé table rase est beaucoup plus tributaire de son passé que  celui qui l'assume...

Ces enfants « curieux de tout »…

Plus nous grandissons, plus nous perdons le talent d'être attentifs à ce qui ne nous est pas immédiatement utile. Les réflexes de l'enfant sont davantage guidés par une authentique curiosité.

Vers l’autre…

Faisons à l'autre l'honneur de considérer qu'il n'est pas moins riche ou complexe que nous-même ! Ceci n'est pas une façon de le tenir pour son égal, ni pour sons semblable, mais de s'attacher en quelque sorte  à ce qui le distingue de nous-même.

La philosophie

La philosophie apprend non pas à faire ce qu'on veut mais à vouloir ce qu'on fait (...ou à devenir ce qu'on est). Quand on croit faire ce qu'on veut c'est qu'on ignore ce qui nous fait agir.
[…] La philosophie ne sert à rien, mais c'est là qu'elle est utile, en ceci qu'elle nous apprend à nous méfier précisément de ce qui est utile, et à ne pas cantonner notre existence à ce qui est (prétendument ou non) utile. Elle aide également les gens à s'intéresser à l'altérité, à "penser contre eux-mêmes", ou plutôt à écouter autrui. Elle concourt à faire de nous des citoyens qui apprennent à se méfier des grandes causes partisanes, et qui s'attachent,  face à un discours, à démêler ce qui est pertinent de ce qui ne l'est pas.

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Raphaël Enthoven occupe successivement les postes de Professeur à l'Université de Lyon 3, à l'École Normale Supérieure ainsi qu'à l'Institut d'Études Politique de Paris.
Il est producteur de l'émission les nouveaux chemins de la connaissance sur France Culture.
Depuis octobre 2008, il produit l'émission Philosophie, diffusée le dimanche à 12h sur Arte.

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Quelques publications de RAPHAEL ENTHOVEN :

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RAPHAEL ENTHOVEN - Le visage

Que lit-on sur un visage ? Que masque-t-il ? Le visage est-il le miroir de l'âme, ou bien son cache-misère ? Que vaut un miroir que l'on maquille ? A quoi tient la majesté des visages sans regard ? Le visage est-il l'interface de l'absolu ? Au gré d'une discussion avec des anthropologues, des philosophes et une historienne d'art, Raphaël Enthoven vous propose d'approcher le visage d'un peu plus loin.

éditeur : Perrin
parution : 7 mai 2009

photoLivre

RAPHAEL ENTHOVEN - L'endroit du décor

L'endroit du décor

Il est banal - mais grisant - de se méfier des apparences.

Il suffit de penser, comme tout le monde, que l'essentiel est invisible aux yeux pour avoir, comme tout le monde, le sentiment d'être seul contre tous.

Aucune illusion n'est plus tenace que l'envers du décor. Ivre de sa défiance, flatté de n'être pas dupe, l'homme est ébloui par le masque sournois de la transparence elle-même.

Les apparences sont, en cela, moins trompeuses que le sentiment d'être trompé par elles.

éditeur : Gallimard
parution : 2 avril 2009

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RAPHAEL ENTHOVEN - Montaigne, la voie du milieu

Commentaires : Les Essais de Montaigne

En coédition avec France Culture, la collection des « Vendredis de la philosophie » présente les émissions animées par Raphaël Enthoven.

En invitant des philosophes contemporains à commenter leurs oeuvres favorites dans une conversation ponctuée d'extraits lus par des comédiens, chaque émission propose à l'auditeur de découvrir, ou redécouvrir, sous un angle inattendu, les grands textes de l'histoire de la philosophie.

éditeur : Naïve
parution : 24 octobre 2007

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RAPHAEL ENTHOVEN - La philosophie, un jeu d'enfant : la philosophie à portée de main

Si c'était un roman, ce serait l'histoire d'un jeune homme veillé par les fées de l'intelligence, de la culture et de la sensibilité.

Raphaël Enthoven grandit à l'ombre des maîtres épanouis. Ils s'appellent Spinoza, Nietzsche, Bergson ou Camus. Pour ceux qui les écoutent, ces noms de génie ouvrent les portes de la sagesse et, donc, de l'imaginaire. Parce qu'ils savent enseigner l'art subtil d'aller là où le coeur dit d'aller, Raphaël devient leur élève, leur familier, leur ami, leur interprète. Avec humour, style et alacrité, il raconte les étapes de sa formation intellectuelle, plonge dans son roman familial, s'attarde sur la beauté et la poésie du monde. Un jeu pour cet enfant du siècle surdoué.

« Et voilà un petit livre d'aventures qui à travers réflexions, portraits, anecdotes, aphorismes, incite à retrouver les philosophes dans leur intimité (...). »

Aliocha Wald Lasowski - Le Magazine Littéraire

éditeur : Pocket
parution : 21 février 2008
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