L’écologie serait-elle conservatrice ?

Extrait d'un échange très intéressant lors de l'émission "L'Esprit Public" diffusée sur France Culture le 19 novembre 2017.

Intervention de François-Xavier Bellamy (homme politique, philosophe et enseignant) :

François-Xavier Bellamy Nous ne sommes pas assez conservateurs. Nous avons construit notre économie sur l'idée du progrès, sur l'idée de l'accélération, sur l'idée du mouvement... nous ne cessons de remplacer en permanence les produits de consommation que nous achetons, auquel nous substituant petit à petit des versions nouvelles.

Une économie du remplacement permanent

Notre économie de la croissance et de l'invention et dans fait une économie du remplacement permanent, et de ce point de vue-là c'est en fait une anti-économie. C'est une économie qui c'est retournée contre elle-même puisque l'économie au sens le plus classique du terme consiste à économiser. Or on ne peut plus rien économiser aujourd'hui.

On ne peut plus rien économiser aujourd'hui...

Si vous acheter un smartphone et que vous décidez pour l'économiser de ne pas en faire trop usage, que vous le mettez dans un rangement et que vous ne vous en servez pas, même si vous n'en faites rien, deux ans plus tard il ne vaut plus rien. Sa valeur marchande s'est effondrée. Donc ce culte du progrès nous appauvrit terriblement puisqu'il fait faner dans nos mains tout ce que nous avons construit et tout ce que nous avons acheté. L'économie de la consommation et une économie de la destruction, littéralement, puisque consommer c'est détruire.

Comment notre économie aboutit à la crise écologique que nous connaissons aujourd'hui

Une économie qui mesure son taux de croissance à l'intensité de la destruction de biens qu'elle produits, c'est une économie qui ne peut pas aboutir à autre chose qu'à la crise écologique que nous connaissons aujourd'hui. Mais l'idéal de la conservation ne me paraît pas suffisant. Ce qui importe pour nous c'est de transmettre ce que nous avons reçu, et de transmettre un monde qui soit encore vivable par des êtres humains demain.

Ce qui est certain, c'est que pour pouvoir le transmettre nous gagnerions beaucoup à pouvoir devenir un peu plus conservateurs. 


Réponse de Thierry Pech (directeur général du groupe de réflexion Terra Nova) :

Thierr Pour conserver le patrimoine naturel (...et de ce point de vue-là il faut certainement être conservateur), il va falloir changer beaucoup de choses. Il va falloir procéder à une démarche progressiste. Prenons un exemple : Parmi les principaux facteurs d'émission de gaz à effet de serre, il y a l'agriculture, et l'élevage. On mange beaucoup trop de viande, et il va nous falloir en manger beaucoup moins. Pour cela, il va falloir manger autre chose, et par exemple des légumineuses.

Pas d'inquiétude pour les progressistes...

Or les légumineuses posent des problèmes de digestion. Rassurez-vous, la machine du progrès a du grain à moudre pour 100 ans ! Les progressistes ont de l'avenir, précisément pour conserver le patrimoine naturel. 

 


François-Xavier Bellamy :

Ce que conservatisme et progressisme ne sont pas :

 Le conservatisme ne consiste pas à dire qu'il ne faut rien changer. Et le progressisme ne se définit pas par le fait qu'il est nécessaire de faire des progrès. Faire des progrès, tout le monde est d'accord pour que ça, ce n'est pas le propos. Le progressisme considère que le monde ancien et moins bien que le monde nouveau. Le conservatisme consiste à aimer le monde tel qu'il est, à considérer que parce qu'il est beau, parce que le monde tel qu'il est mérité d'être transmis, il faut tout changer pour parvenir à Le transmettre.

Défi climatique vs défi écologique

C'est l'amour du réel qui caractérise une forme du conservatisme. Comme le disait Hans Jonas, l'humanité n'a pas le droit au suicide, et de ce point de vue-là le défi écologique est bien plus grand que le défi climatique puisqu'il englobe bien d'autres dimensions qui touchent aux vivants dans sa généralité. 

 

Extrait de l'émission présentée sur France Culture par Émilie Aubry, diffusée en direct et en public du studio 105 de la maison de la Radio dimanche 19 novembre 2017, avec Christine Ockrent, Gilles Finchelstein, François-Xavier Bellamy et Thierry Pech

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