Alger, un livre, des musiques, et Hubert « comme là bas, comme avant »

Dans les années 80, j’avais un jour rencontré Hubert, un jeune homme d’à peu près mon âge, dans un tout petit coin du Centre Var ressemblant à s’y méprendre à ceux qu’on ne voit plus que dans un film de Pagnol. J'y avais des habitudes et venais y retrouver quelques amis. Je me souviens d’une après-midi où nous avions chanté et joué de la musique ensemble, Hubert et moi, au milieu d’une vingtaine de personnes, un très bon souvenir m’en était resté…

Bien plus tard, l’été dernier pour tout dire, je me promenais dans une grande surface spécialisée de ma région (en clair, la FNAC d’Aix-en-Provence) lorsque mon regard se porta sur un livre : « La petite fille qui venait d'Alger ».

J’ai été immédiatement attiré par l’objet, par le titre (...étant moi-même né dans cette ville). Le livre était signé Hubert Huertas, et j’ai cru reconnaître dans ce nom la personne de mon jeune camarade de chanson en compagnie des cigales… la 4e de couverture rappelait que l’auteur était également journaliste (c’est bien ça me suis-je dit, Hubert travaillait dans la presse écrite, au journal La Provence, à l’époque où je l’avais rencontré… et il me semblait bien l’avoir entendu causer dans le poste par la suite, sur France Inter puis France Culture, au cours des années qui ont passé à toute vitesse depuis lors).

J’ai donc fait l’acquisition de l’objet, et grand bien m’en a pris. J’ai - comment dire - pris ce livre en pleine figure comme un paquet de mer, qui m'a reconnecté avec tout un ensemble de sensations oubliées.

Je me suis même empressé de féliciter Hubert (après l'avoir retrouvé grâce à son site web). Nous avons même repris contact à cette occasion. Il est passé un samedi chez moi, et nous avons repris piano et guitare comme si de rien n’était, afin de pousser la chansonnette ensemble, et ce fut aussi sympa que la dernière fois ! Nous nous sommes d’ailleurs promis de renouveler l’expérience…au moins avant 2040…

Je vous recommande chaleureusement la lecture de son livre, cela va de soi.

LA PETITE FILLE QUI VENAIT D'ALGER

Dans ce deuxième roman sur l'Algérie, Hubert Huertas ne revient pas sur la guerre qui n'en finit pas, ni vraiment sur la séparation entre la France et l'Algérie, mais au contraire sur l'existence d'un pays tabou : La Françalgérie

Le thème : MARRE DE LA GUERRE !

Novembre 2010 : au moment où le narrateur achève le récit de cette histoire, on approche des cinquante ans de l'indépendance, une grande date de l'histoire collective, et partout l'Algérie fait la une de la France. L'Algérie ? Non, la guerre ! A lire tous ces écrits, à voir toutes ces photos, cette somme de livres, de reportages, de films, l'Algérie ne serait pas un pays mais une guerre jamais finie. Des bérets, des soldats, des souffrances et des haines. On dit même que cette guerre qui s'étale partout, à longueur de souvenirs, d'uniformes, de témoignages, de tortures, de massacres, cette guerre serait un tabou ! C'est rigolo comme concept, le tabou qu'on voit partout ! Aussi tabou que l'effigie de Staline à Moscou, pendant le stalinisme.

L'Algérie ne serait pas un pays comme les autres, avec des gens, des jeunes, des vieux, des amoureux, des malades, des génies, des crétins, un fond de l'air et des parfums. Pas un pays du vingt-et-unième siècle mais seulement un champ de bataille du vingtième. Ce pays c'est pourtant trois nations : L'ancienne colonie française, l'ancien colonisateur, et le mélange des deux, appelons ça la « Françalgérie », un pays sans frontières. Le vrai tabou n'est pas la guerre mais la Françalgérie, enfant bâtard, pelé, galeux, nation mise à l'index des deux côtés de la méditerranée, cachée comme une trahison, mais qui se promène dans les têtes et dans les rues, sous le soleil, de Dunkerque à Tamanraset. C'est dans ce pays que se faufile cette histoire.

L'histoire : UNE ADOPTION

« La petite fille qui venait d'Alger » raconte une adoption, donc une histoire intense. En 1997, les parents de la petite Sohane, une Algérienne âgée de 7 ans, sont massacrés par des terroristes. Son grand-oncle Omar, désespéré, appelle au secours l'un de ses amis d'enfance, Albert, et lui demande de recueillir l'orpheline, pour la mettre à l'abri, et l'éduquer en France.

Omar et Albert ont beaucoup rêvé jusqu'à l'âge de 20 ans, en 1962. Ils ont aussi combattu pour l'Algérie indépendante. Albert a même sauvé la vie d'Omar. En dépit des années et des déchirements intimes, ils ne se sont pas perdus de vue, mais restent convaincus d'appartenir à deux nations étrangères, dont les peuples se sont côtoyés de force, pendant cent trente ans, mais ne se sont jamais rencontrés. Omar est devenu pamphlétaire et auteur de théâtre, il se moque de son pays mais refuse de le quitter. Albert a écrit des ouvrages à succès sur la décolonisation, et dénonce le passé du sien. En 2010, après un voyage à Alger, la Petite fille va disparaître. Une fugue au bout du monde et à deux pas du périphérique, en banlieue. Sa recherche, par ses parents de Paris et son grand-oncle accouru d'Alger, va bousculer les habitudes et les idées reçues.

Pour la retrouver c'est eux-mêmes qu'ils devront découvrir.

Vous pouvez visionner ci-dessous une interview qu'Hubert a donnée dans le cadre de la semaine "Algérie, 50 ans après" qui est passée sur France Culture...

 

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