Extrapolation (chanson)

Extrapolation. Une chanson de Bernard Lamailloux

Un jour nous ouvrirons
les portes de l’absence
à l’heure où le soleil
endort notre raison
et sans dire un seul mot
destin ou connivence
nous prendrons tout droit
le chemin d’ma maison

nous fermerons la porte
qui laisse toujours entrer
par ses bords fatigués
le vent et les années
elle est restée ouverte
tout l’été durant
elle attendra aussi
avec nous le printemps

Gentiment, sans trembler
ma main prendra ton bras
sans fausse brusquerie
sans peur, sans artifices
dans tes yeux passera
un éclair de malice
tandis que ton visage
se rapprochera

lentement nous boirons
jusqu’au bout le calice
au dehors le soleil
se cachera sous les toits
en cet instant nos corps
seront déjà complices
et je sais que ta bouche
me réchauffera

Alors certainement
je sauterai de joie
dedans la cheminée
je mettrai tout le bois
et je te ferai rire
en chantant à tue-tête
allongé sous le lit
cherchant les allumettes

et le bois en brûlant
racontera sa vie
quand nous ferons couler
le bon vin du pays
et le feu crépitant
filtrera dans nos verres
sa chanson de silence
de joie et de lumière

Plus tard, nos yeux fatigués
de fixer la braise
se chercheront dans l’ombre
pour mieux se deviner
tu verras, ce sera bien
et sans aucun malaise
nous irons tous les deux
simplement nous coucher

blottis au creux des draps
comme au fond d’une chapelle
nous aurons un peu froid
et toi tu seras belle
nos délices envoûtants
feront crier le lit
et nous l’achèverons
tout au bout de la nuit

Au matin, décoiffée
du haut de l’escalier
tu me trouveras, tout nu
près de la cheminée
et nous commencerons
le meilleur ou le pire
par saluer la journée
d’un grand éclat de rire

puis nous prendrons les bols
grands comme des marmites
les cuillers dans le tiroir
oui, celui-là, merci
j’ai fait bouillir le lait
on est pas mal ici
bouge pas, deux secondes
je vais chercher la suite

C’est vrai tu dois penser
que je m’y crois déjà
mais les chansons, tu sais
sont faites de délire
c’est ce qui me fait chanter
que ce soir tu viendras
après si tu le veux
va, tu pourras partir.

 


Paroles et musique : Bernard Lamailloux.
Dépôt SACEM septembre 1980