Raphaël Enthoven à l’émission « NONOBSTANT » de Yves Calvi

Voici quelques extraits des propos de Raphaël Enthoven Entendus à l'émission "Nonobstant" présentée par Yves Calvi le mercredi 2/09/2009 sur France Inter. Avec une pensée particulière pour mes camarades avarapiens, lambesciens, et tous les autres...


La simplicité

La simplicité, c'est pouvoir dire simplement des choses compliquées. Cela ne consiste pas à simplifier les choses (ce qui est le contraire de la simplicité, et peut relever par exemple du poujadisme).
En revanche, la simplicité consiste à dire simplement les choses, en préservant leur complexité, mais en la rendant audible, accessible.
Plus profondément, la simplicité consiste tout simplement à agir... non pas dénouer les ramifications infinies d'un objet d'étude, mais tout simplement à trancher le "nœud gordien" qu’il renferme. Dédale, enfermé dans son propre labyrinthe choisit de s'en évader non pas en tentant de retrouver la sortie mais tout simplement en se fabriquant des ailes. Ainsi, la simplicité est une façon d'enjamber la difficulté. Car celui qui complique le monde le met à portée de sa propre intelligence, alors que celui qui vit dans la simplicité (dans la mesure du possible) met le monde à portée de son instinct (ou de son intuition). C'est très difficile de faire simple, mais cela fait partie des vertus philosophiques.

Différence entre expliquer et comprendre

Quand le sociologue Durkheim écrit 700 pages sur le suicide, il nous explique ce que c'est, en décrivant parfaitement le phénomène dans sa globalité, en découpant les situations en fonction de l'âge,  de la religion, de l'appartenance au monde urbain ou rural des personnes concernées...
Mais jamais il n'écrit une seule ligne expliquant pourquoi telle personne en particulier s'est suicidée. Ce dernier point ne relève plus de l'explication, mais de la compréhension. On explique des choses générales, on comprend des choses singulières. Bien souvent, ce que l'on comprend est par ailleurs indicible...

La joie

La joie est une aptitude à aimer la vie "malgré elle". Celui qui pleure sur la vie souffre deux fois : sur la vie et sur sa souffrance.

Subir

Ce qu'on subit, c'est ce qu'on choisit de subir. Parfois, abolir une contrainte consiste tout simplement à l'accepter, pour la simple raison qu'en adhérant à cette contrainte on en souffre moins.

Le présent

"Sois l'ami du présent qui passe, le passé et le futur te seront donnés par surcroît" (Clément ROSSET).

Les privilèges

Il n'y a pas de privilège univoque […]. Le vrai privilégié c'est celui qui sait pourquoi il se  lève le matin, et qui adhère à ce qu'il fait (dans le meilleur des cas, il aime le travail qui lui permet de gagner sa vie).

Du passé faire table rase ?

Bien souvent, celui qui croit faire du passé table rase est beaucoup plus tributaire de son passé que  celui qui l'assume...

Ces enfants « curieux de tout »…

Plus nous grandissons, plus nous perdons le talent d'être attentifs à ce qui ne nous est pas immédiatement utile. Les réflexes de l'enfant sont davantage guidés par une authentique curiosité.

Vers l’autre…

Faisons à l'autre l'honneur de considérer qu'il n'est pas moins riche ou complexe que nous-même ! Ceci n'est pas une façon de le tenir pour son égal, ni pour sons semblable, mais de s'attacher en quelque sorte  à ce qui le distingue de nous-même.

La philosophie

La philosophie apprend non pas à faire ce qu'on veut mais à vouloir ce qu'on fait (...ou à devenir ce qu'on est). Quand on croit faire ce qu'on veut c'est qu'on ignore ce qui nous fait agir.
[…] La philosophie ne sert à rien, mais c'est là qu'elle est utile, en ceci qu'elle nous apprend à nous méfier précisément de ce qui est utile, et à ne pas cantonner notre existence à ce qui est (prétendument ou non) utile. Elle aide également les gens à s'intéresser à l'altérité, à "penser contre eux-mêmes", ou plutôt à écouter autrui. Elle concourt à faire de nous des citoyens qui apprennent à se méfier des grandes causes partisanes, et qui s'attachent,  face à un discours, à démêler ce qui est pertinent de ce qui ne l'est pas.

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Raphaël Enthoven occupe successivement les postes de Professeur à l'Université de Lyon 3, à l'École Normale Supérieure ainsi qu'à l'Institut d'Études Politique de Paris.
Il est producteur de l'émission les nouveaux chemins de la connaissance sur France Culture.
Depuis octobre 2008, il produit l'émission Philosophie, diffusée le dimanche à 12h sur Arte.

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Quelques publications de RAPHAEL ENTHOVEN :

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RAPHAEL ENTHOVEN - Le visage

Que lit-on sur un visage ? Que masque-t-il ? Le visage est-il le miroir de l'âme, ou bien son cache-misère ? Que vaut un miroir que l'on maquille ? A quoi tient la majesté des visages sans regard ? Le visage est-il l'interface de l'absolu ? Au gré d'une discussion avec des anthropologues, des philosophes et une historienne d'art, Raphaël Enthoven vous propose d'approcher le visage d'un peu plus loin.

éditeur : Perrin
parution : 7 mai 2009

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RAPHAEL ENTHOVEN - L'endroit du décor

L'endroit du décor

Il est banal - mais grisant - de se méfier des apparences.

Il suffit de penser, comme tout le monde, que l'essentiel est invisible aux yeux pour avoir, comme tout le monde, le sentiment d'être seul contre tous.

Aucune illusion n'est plus tenace que l'envers du décor. Ivre de sa défiance, flatté de n'être pas dupe, l'homme est ébloui par le masque sournois de la transparence elle-même.

Les apparences sont, en cela, moins trompeuses que le sentiment d'être trompé par elles.

éditeur : Gallimard
parution : 2 avril 2009

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RAPHAEL ENTHOVEN - Montaigne, la voie du milieu

Commentaires : Les Essais de Montaigne

En coédition avec France Culture, la collection des « Vendredis de la philosophie » présente les émissions animées par Raphaël Enthoven.

En invitant des philosophes contemporains à commenter leurs oeuvres favorites dans une conversation ponctuée d'extraits lus par des comédiens, chaque émission propose à l'auditeur de découvrir, ou redécouvrir, sous un angle inattendu, les grands textes de l'histoire de la philosophie.

éditeur : Naïve
parution : 24 octobre 2007

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RAPHAEL ENTHOVEN - La philosophie, un jeu d'enfant : la philosophie à portée de main

Si c'était un roman, ce serait l'histoire d'un jeune homme veillé par les fées de l'intelligence, de la culture et de la sensibilité.

Raphaël Enthoven grandit à l'ombre des maîtres épanouis. Ils s'appellent Spinoza, Nietzsche, Bergson ou Camus. Pour ceux qui les écoutent, ces noms de génie ouvrent les portes de la sagesse et, donc, de l'imaginaire. Parce qu'ils savent enseigner l'art subtil d'aller là où le coeur dit d'aller, Raphaël devient leur élève, leur familier, leur ami, leur interprète. Avec humour, style et alacrité, il raconte les étapes de sa formation intellectuelle, plonge dans son roman familial, s'attarde sur la beauté et la poésie du monde. Un jeu pour cet enfant du siècle surdoué.

« Et voilà un petit livre d'aventures qui à travers réflexions, portraits, anecdotes, aphorismes, incite à retrouver les philosophes dans leur intimité (...). »

Aliocha Wald Lasowski - Le Magazine Littéraire

éditeur : Pocket
parution : 21 février 2008

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