Que d’eau !

Que d'eau !

Le Nuage :

"Tu peux raconter ce que tu veux, mais je sais bien qu'elle me reviendra toujours, quoi qu'il arrive. Parce que c'est moi qu'elle aime, parce qu'à chaque fois qu'elle prendra de la hauteur elle me retrouvera, c'est automatique...

La source :

- Mais tu sais bien qu'elle finit toujours par se lasser de toi, avec tes grands airs supérieurs tu n'es pas grand chose dans le fond, tu n'es même pas capable de la retenir longtemps, et quand tu la pleures, quand tu la pleus, il est déjà trop tard, et tu n'y pourras jamais rien, tu le sais bien dans le fond... Heureusement que je suis là pour l'aider à renaître enfin, à se ressourcer comme elle se plaît à me le dire, encore et toujours, inlassablement...

La mer :

- Ma pauvre chérie, tes illusions t'aveuglent ! Pour qui te prends-tu ? Tu sais que tu ne fais vraiment pas le poids ? Face à mon incommensurable volume, tu fais à tout jamais figure de petit filet insignifiant, fragile, instable, et qui le sait tellement qu'il ne peut s'empêcher de verser perpétuellement sur moi des torrents de larmes... moi je n'ai qu'à attendre, elle me reviendra tôt ou tard, je le sais, comme je sais qu'à ce moment-là il ne pourra plus rien nous arriver, et que nous resterons unies à jamais..."

Le nuage la coupa :

"Euh, si je puis me permettre..."

Mais la petite goutte continuait à vagabonder, sans se poser trop de questions...
"Il faudra peut-être que je pense à me fixer quelque part, un jour", se dit-elle, rêveuse...

 


Nouvelle écrite par Bernard lamailloux lors d'un atelier d'écriture (années 2000).

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