Traduction simultanée (les traducteurs interprètes à l’honneur)

Paris froid
Crédit photo Frédéric Palliet

J'ai toujours été admiratif du travail des interprètes et autres traducteurs. Mais ce qui force toujours mon admiration dans des proportions inimaginables, c'est une prestation de traduction simultanée.

Peut-être est-ce l'ancien prof d'anglais (j'ai arrêté ces fonctions en…1986 !) qui parle ici, ou tout simplement un amoureux du langage sous toutes ses formes, mais c'est ainsi. De nombreuses performances de traduction simultanée me laissent pantois d'admiration, c'est ainsi.

Une pointure

En l'occurrence, il s'agissait ici de la prestation d'un certain Monsieur Xavier Combe, interprète de conférence, traducteur, enseignant universitaire, membre fondateur de l'Association française des interprètes de conférence indépendants (AFICI) et directeur associé de la société Pourparlers. En outre, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "11 + 1 propositions pour défendre le français" (2011, L'Harmattan). Une pointure, donc, si je puis me permettre, à vue de nez… Ce n'est certes pas une raison pour minimiser sa performance, réalisée en direct live sous mes oreilles avec ce que faute de mieux j'appellerai une présence d'esprit époustouflante. Mais ceci mérite quelques explications :

Ah, ce délicieux décalage...

Lors d'une interview radio ou télé réalisée avec l'aide d'un traducteur interprète, il arrive assez souvent qu'on entende un très léger décalage – voulu, à mon avis, lorsque ce n'est pas du direct – entre la voix qui s'exprime dans la langue d'origine et celle qui s'en fait - au propre et au figuré – l'interprète. En pareil cas, celui qui connait un peu la langue d'origine peut capturer – au vol – quelques bribes de ce qui se dit. C'est quelquefois mon cas lorsque l'interviewé s'exprime en espagnol ou en anglais. Et pendant le bref laps de temps qui s'écoule (chez l'auditeur que je suis) entre la phrase "originale" et la phrase traduite, j'ai parfois l'impression de comprendre parfaitement ce qui se dit sans pour autant pouvoir mettre "les bons mots", pourtant issus de mon bagage linguistique natif.

Allez donc mettre des mots là-dessus, tiens !

chaussure crocodile pour rireC'est alors, pendant que je cherche fébrilement (et bien involontairement) mes mots, arrivent ceux de l'interprète amène tranquillement, pile au bon moment, comme si rien au monde n'était plus normal.

Ajoutez à cela la difficulté consistant pour l'officiant à écouter en même temps "en temps réel" la suite de la production vocale du locuteur (de l'interviewé, si vous préférez) dans sa langue d'origine pour pouvoir la reprendre ensuite, avec toujours le même léger décalage, contredisant admirablement la vieille rengaine qui prétend qu'il est impossible d'écouter quoi que ce soit tout en parlant en même temps !

En l'occurrence, cette fois-ci la personne interviewée était la ravissante productrice et actrice Salma Hayek interrogée par Augustin Trapenard dans l'émission "Boomerang" de ce jour sur France Inter, à propos du film d'animation "Le Prophète", adapté du chef d’œuvre de l’auteur libanais Khalil Gibran.

...Et à un moment de l'interview, Salma Hayek prononça ces quelques mots : "The main story is about..." avant que sa prose ne soit couverte par la traduction simultanée.

Comprendre est une chose, dire ce qu'on a compris en est une autre

Ces quelques mots semblent ultra faciles à comprendre : On pense tout de suite (enfin… J'AI pensé tout de suite serait plus exact) à quelque-chose de fatalement plaqué sur la construction d'origine, genre "L'histoire principale est au sujet de…" Et en même temps, un petit Jimminy Cricket intérieur vient faire tinter une clochette insistante pour me prévenir qu'à l'évidence c'est pauvre, court, maladroit, nettement insuffisant et pour tout dire inapproprié… Seulement voilà, que dire d'autre ?...

La réponse, droite, incisive, implacable, et pourtant prononcée avec la même intonation modeste et bienveillante que l'interlocutrice "d'origine" vint interrompre brutalement mes pauvres pensées oiseuses :

"Le fil principal du récit porte sur..."

Mais oui !!! Bien sûr ! Après coup cela sonne comme une tranquille évidence, sauf que…sauf qu'on n'y avait tout simplement pas pensé, voilà tout !

En pareil cas, systématiquement, le seul pauvre mot qui me vienne à l'esprit est "Chapeau !". Chapeau, en l'occurrence, pour avoir introduit la notion de "fil", pour l'emploi du verbe "porter", enfin bref, chapeau bas, pour tout, point.

Bon sang, mais c'est bien sûr !

Je me contenterai donc de tirer... mon chapeau, donc, à ce Monsieur Xavier Combe, que je ne connais absolument pas, pour sa présence d'esprit, pour sa compétence, et aussi pour sa hauteur de vue (en tendant l'oreille en fin d'émission j'ai pu capturer son nom, puis en fouinant un peu sur le net je me suis fait une – bien pâle – idée de ce dont il est capable par ailleurs, comme le montre cette archive sonore où il s'exprime sur des équivalents francophones possibles au mot "buzz")

Qu'il me soit juste permis, pour finir, de glisser un dernier mot : Merci. Merci à vous, Monsieur Combe, du fond du cœur, pour me réconcilier un tant soit peu, fût-ce involontairement, avec l'espoir naïf et indécrottable que je porte habituellement en tout ce qui touche à l'humain, après que cet espoir ait été sérieusement ébranlé par les événements tragiques que notre pays a connus récemment.

Ce n'est pas parce que le pire existe que le meilleur n'a pas droit de cité... Il ne manquerait plus que cela !

 

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