J’ai passé une semaine chez Brad Pitt et Angelina Jolie

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Bon. Désolé pour ce titre accrocheur, je précise tout de suite que j’ai juste fréquenté une de leurs propriétés pendant une petite semaine, inoubliable… mais ça c’était avant, comme dit la pub…

Avant quoi ? Eh bien, avant (…bien avant, même) que le couple médiatique n’acquière le domaine de Miraval, où ils se sont mariés dans l’intimité le 23 août 2014.

Ah, me direz-vous, et avant, il y avait quoi ? Que nous chantes-tu là ? Et toi-même, qu’est-ce que tu y as fait, cher blogueur invétéré, mmmmh ?

Un peu de patience, vous allez tout savoir…

Un peu d’histoire… et de géographie

Le château de Miraval est situé sur la commune de Correns, dans le centre Var, entre Brignoles et Barjols. Il a été construit au XVIIe siècle sur un domaine de 400 hectares (dont 30 de vignobles) fondé par les romains.

Ce domaine viticole a par la suite acquis une vocation supplémentaire, en 1977, année où il fut acheté par Jacques Loussier, célèbre pianiste de jazz, créateur du Play Bach Trio et compositeur de nombreuses bandes originales pour le cinéma et la télévision.

Le musicien y fit aménager (avec le preneur de son Patrice Quef, ex ingé son du Studio des Dames) un studio d’enregistrement de de niveau international de 300 m², ce qui en faisait un des plus grands d’Europe, et qu’il utilisa tout d’abord pour son propre usage (oui, c’est vrai quoi, c’est teeeeeeellement plus pratique ! Comment n’y avais-je pas pensé moi-même ?...). S’en suivit l’arrivée des premiers clients : Maxime Le Forestier et Pierre Vassiliu…

 

Le fameux domaine... Le studio se trouve dans le bâtiment de droite (voitures en stationnement)

 

Ne partez pas, j’arrive…

Ceux qui me connaissent un peu savent que je suis un drôle d’oiseau un peu touche-à-tout, mais ne sont  pas forcément au courant de mon parcours de musicien...

En voici un tranche : Par un beau jour de 1978, un ami auteur compositeur interprète, m’envoie un étrange télégramme (eh oui, les sms n’étaient pas encore inventés, les téléphones portables encore moins !)  me demandant si j’étais disponible pour une semaine d’enregistrement dans un tout nouveau studio révolutionnaire. Vous l'aurez deviné, il s’agit bien de ce lieu magique. Mon ami avait en effet l’occasion d’y enregistrer son tout premier album, et à ses dires cette occasion unique ne se représenterait pas de si tôt… l’affaire était en quelque sorte "à saisir", il fallait décider dans l’urgence : y aller (en l’absence totale de toute préparation), ou laisser passer cette chance inespérée…

Album ArtémiseLe choix fut vite fait… Avec une bande de joyeux drilles jeunes musiciens, nous avons donc investi ce lieu magique. Vous auriez vu nos têtes… à côté, Alice au pays des merveilles c’est de la gnognote… Précisons qu’à cette époque, il m’arrivait d’accompagner Michel Melchionne  (l’ami au télégramme... cliquez sur son nom pour avoir un solide aperçu de sa discographie) dans nombre de représentations publiques et événements délirants. Je connaissais une grande partie de son œuvre  sur le bout des doigts. J’étais un peu guitariste, un peu bassiste, un peu choriste, un peu arrangeur, et très inconscient aussi (j’avais alors… 21 ans!). En bref, j’avais sur moi tout ce qu’il fallait pour m’embarquer sans préavis dans une aussi improbable aventure.

"Artémise était à moi, comme la brise est au lilas"…

C’est ainsi que fut enregistré au pied levé Artémise, le tout premier album de Michel Melchionne.

Il y avait là des gens étonnants, une alchimie de gentillesse, de bienveillance, de franche rigolade, de "non prise de tête", de générosité et  de talent que j’ai rarement retrouvés depuis.

A noter : Le percussionniste Jacob Devarieux était parmi nous. Il est devenu plus tard le leader du groupe  Kassav! je pense ne pas me tromper... Je me souviens que dans un morceau (disponible quelques lignes plus bas à l'écoute) il imitait à la perfection le son de la cuica brésilienne avec sa voix, et que dans un autre il avait même eu l'idée d'ajouter un effet de percussion en... se frottant les mains ! En fait, il utilisait tout son corps pour produire toutes sortes de sons, et ceci bien avant que cela devienne une mode !

Ci-dessous, la "distribution", telle qu'elle apparaît sur la pochette de l’album (vinyle, évidemment). Outre celui de votre serviteur, on peut y reconnaître les noms de plusieurs musiciens avec lesquels je me réjouis d’être encore (ou de nouveau) en contact aujourd’hui, comme Michel Melchionne, bien sûr, mais aussi Roger Nikitoff et Pierre Mullot.

Noms sur l'album Artémise

Au passage, je serais ravi de retrouver la trace des autres, comme Jean-Clément Bonifay, qui était alors professeur de musique dans un collège des alentours (Saint-Maximin, me semble-t-il)… Par un hasard extraordinaire, il se trouve que ce Jean-Clément vivait à l’époque dans le tout proche village de Bras, et qu’il avait bien voulu m’y héberger pour quelques jours. Le reste de la troupe, réparti dans quelques voitures, arrivait en général tous les jours de Marseille, vers les 9, 10 heures du matin, enfin,  le temps de récupérer tout le monde, vous voyez un peu le topo...

De mon côté, grâce à l’hospitalité de Jean-Clément, j’avais le loisir d’arriver bien plus tôt, et comme le studio était réservé sur de grandes amplitudes horaires, j’ai pu m’y amuser comme un petit fou (Alice au pays des merveilles, je vous ai dit…) , et entre autres refaire de A à Z les premières mesures d'introduction d’un des morceaux (To California), qui ne comptait pas moins de... 9 guitares ! Je me souviens encore comme si c'était hier de l’ingé son (Patrice Quef) marquant à la craie un bout de bande magnétique super large (24 pistes parallèles, comme on disait), puis empoignant une paire de ciseaux tout bêtes  pour se livrer en sifflotant à une opération de "couper-coller" qui était tout ce qu’il y a de plus concret et de plus périlleux !

Le studio en  lui-même était mémorable… à l’époque, tous les équipements étaient bien entendu analogiques (ils ont été mis à jour depuis lors). Ce fut l’occasion pour moi de manipuler pour la première fois nombre d’instruments fantastiques (une harpe, une épinette, un piano à queue Bösendorfer…).

 

Réverb du studo Miraval en 1978 : une cave à vin !
La cave à vins : une "reverb" unique au monde...

Une cave à vins pas comme les autres

Entre autres curiosités incroyables, signalons qu’un effet de réverbération était produit  la demande par la résonance naturelle d’une… cave à vin (authentique !), dont le rendu est par la suite devenu célèbre dans le monde des musiciens et des ingénieurs du son, bien avant l’arrivée du numérique (il faut préciser qu’à l’époque, nombre d’effets de réverbération étaient tout simplement produits par… un ressort tout bête !).

Pendant que nous y sommes, vous trouverez sous ces lignes la liste de tous les titres que nous avons enregistrés et mixés en une semaine, à cette occasion. C'était une véritable performance, surtout si l'on garde à l'esprit que chaque titre était mixé deux fois,dans la foulée, toujours "à la main", à cause des versions playback, lesquelles présentaient forcément de subtiles petites différences avec les originaux, à l'époque... Rappelons qu'il n'existait encore aucun automatisme, tout reposait sur le feeling et le savoir-faire de l'ingénieur du son. Ah ma pauv'dame, en ces temps bénis, point n'était donc besoin de faire l'âne pour avoir du son... 😉

Liste des morceaux enregistrés (ordre de l'album)

Achète-toi une samba
Fric et flip
Je suis un pantin
Ma femme
Artémise
Le funambule argentin
Laisse-moi chanter ma peine
Attends
To California
Les amies de ma jeunesse
Temps de chien
Ma maison
Le jour où tu me quitteras

Depuis lors, de nombreux artistes (et non des moindres) ont enregistré un ou plusieurs albums dans ce lieu devenu mythique. Avis aux spécialistes : dès 1982, le studio hébergeait la toute première console SSL (Solid State Logic) française !  Quelques années après, en mai 2001 précisément, les studios Abbey Road à Londres s'équiperont à leur tour d'une console SSL 9000J à 96 voies, la plus grande console d'Europe à cette époque. (au passage, j'ignore totalement si le studio Miraval est aujourd'hui maintenu, ou s'il a été démantelé pour réserver les lieux à un autre usage...).

Studio Miraval : Artistes francophones...

 

ALAIN BASHUNGcoucher de soleil - international par excellence

BLANKASS

BLANKASS

CHEB MAMI

INDOCHINE

JACQUES HIGELIN

L'AFFAIRE LOUIS TRIO

LES NEGRESSES VERTES

MAXIME LEFORESTIER

MIOSSEC

NATACHA ST PIER

OPHELIE WINTER

PATRICK FIORI

PIERRE VASSILIU

PAUL PERSONNE

TELEPHONE

ZEBDA

 

 

 

 

Studio Miraval : Artistes internationaux...

coucher de soleil - international par excellence

ACDC

CHRIS REA

COURTNEY LOVE

CRHIS REA

DAVID SYLVIAN

GARY MOORE

GERY RAFERTY

GIPSY KINGS

JIMMY BARNES

JULIA FORDAM

KELLY FAMILY

LITHHOUSE FAMILY

PINK FLOYD

POLO HOFER

RAMMSTEIN

SADE

SHIRLEY BASSEY

STEVE WINWOOD

TARKAN

THE CRANBERRIES

THE CURE

THE GO BETWEENS

UB40

WET WET WET

WHAM

YES

 

A noter :  En 1979,  le groupe Pink Floyd y enregistra une grande partie de l’album The Wall. Gag : la pochette mentionne le studio « Miravel » !

La boucle est bouclée…

Depuis lors, le musicien Jacques Loussier a continué à composer. Entre mille autres choses, notons le thème de "Inglorious Basterds", film de Quentin Tarantino sorti en 2009, avec en vedette masculine l’acteur… Brad Pitt ! Si ça se trouve, c’est à cette occasion qu’il lui a montré les photos du château ! En pareil cas, ça nous ferait un autre point commun : lui et moi appartiendrions donc à ce club très fermé de ceux qui entendent se passer des services des agences immobilières à chaque fois que c’est possible, et privilégient autant que faire se peut les transactions "de particulier à particulier"… Comme c’est géniââââl !  Tellement  post-moderne ! Et tellement plus simple !

Post-scriptum : Ah là là, la jet-set, décidément, on n’en sort pas ! 😉

vue aérienne d'une maisonDernière précision : le hasard a voulu que par la suite, ma propre mère achète à quelques encablures de cette propriété un terrain (infiniment plus petit et incomparablement moins cher, ne nous emballons pas !), et qu’elle y fasse construire une maison, où elle vécut, jusqu'à ses derniers jours. Pour l’anecdote, les plans avaient été mis au point à l’époque par un tout jeune architecte. Le frère d’un de mes copains de lycée (le lycée Marcel Pagnol, à Marseille). C’était là son tout premier permis de construire, me semble-t-il (il venait à peine de quitter l’école d’architecture de Luminy, à Marseille). Des années après des débuts pas toujours évidents, il se trouve que ce garçon a fini par acquérir une belle notoriété, et ainsi faire fortune en signant des constructions dans le monde entier, ce qui fait qu’il jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. C’est entre autres l’archi d’exécution de l’ensemble de bureaux des Docks, à Marseille. Il s’appelle Eric Castaldi.

 

2 e post-scriptum : Depuis cet article, Michel Melchionne est venu jouer à la maison !

Petit souvenir ci-dessous :

 

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