Dans quel monde vivons-nous ?

Dans quel monde vivons-nous ?

Laissez-moi vous présenter deux personnages que je rencontre de plus en plus souvent.

Le raisonnable

Le raisonnable est un individu de nature plutôt conservatrice. Il pense être plutôt réfléchi, posé, et il a pour caractéristique de considérer ( et le plus souvent d’accepter) le monde tel qu’il se trouve. Il se méfie des sentiments (les siens comme ceux des autres…), leur préférant les faits bruts. En toutes circonstances, il aime bien se rassurer avec l’idée que "c’est comme ça et pas autrement…", ce qui peut le rendre rétif à certaines formes de changement.

L’idéaliste

L’idéaliste se désole de la marche du monde, et veut croire qu’il peut et doit en aller autrement. Rêvant d’un monde meilleur, il est très attaché à l’idée que les rêves sont faits pour être réalisés. À quoi rêve-t-il exactement ? À un monde idéal dans lequel égoïsme et muflerie s’effaceraient au profit de concorde et harmonie.

Ces deux énergumènes semblent se reproduire à vitesse grand V

Pourquoi ai-je l’impression de rencontrer des « versions » de plus en plus nombreuses de ces deux personnages-là ? Peut-être est-ce dû à l’expansion du marché cognitif ?…

Rappelons que le marché cognitif désigne l’espace dans lequel se diffusent hypothèses, croyances et explications implicites ou explicites du réel. Il ne recouvre pas seulement la connaissance et l'information dans leur sens courant, mais aussi les idéologies, les croyances sectaires, pseudo-scientifiques, magiques ou superstitieuses, les légendes urbaines, les théories du complot, etc. (Source : Wikipédia).

En outre, la présence de plus en plus prégnante de la blogosphère et des médias sociaux encourage le développement de ce que pour ma part j’appelle des « silos de pensée », que l’on peut définir comme des univers bien étanches dans lesquels des personnes partageant une certaine convergence de vue aiment à se retrouver, quasiment en vase clos.

Quand le raisonnable se fait cynique et que l’idéaliste frôle l’utopie…

Le raisonnable, à force de rester dans sa bulle, devient de plus en plus raisonnable et peut finir (avec l’encouragement de ses pairs) par se radicaliser jusqu’au cynisme.

Cynique assumé

L’idéaliste, quant à lui, peut être amené à suivre un chemin diamétralement opposé qui peut dans certains cas mener à l’utopie et à la non prise en compte des réalités.

Gentil habité

Et quand ces deux-là se rencontrent…

Quand le raisonnable et l‘idéaliste se rencontrent, cela donne dans le meilleur des cas un dialogue de sourds. En effet, le premier est toujours prompt à considérer que le deuxième tourne le dos au réel et passe son temps à rêver sa vie. Quant à l’idéaliste, il a – par la force des choses – furieusement tendance à considérer celui qui ne partage pas ses vues comme un dangereux opportuniste.

Pour ce qui me concerne…

Pour ce qui me concerne, je ne me reconnais dans aucun de ces deux personnages. En toutes circonstances je m’efforce de garder autant que possible les pieds bien sur terre tout en ayant la tête dans les étoiles. Cette position n’étant pas toujours comprise de mes semblables, il m’a fallu apprendre à faire avec.

Le problème, à mes yeux, c’est que chacun de ces deux "camps" finit tôt ou tard par se couper de la vision de l’autre. Et par camper sur ses positions (ce qui n’a rien d’étonnant… Après tout, "camper", de la part d’un camp, ça semble plutôt cohérent, non ? 🙂 ).

C’est pourquoi j’emboîte volontiers le pas du regretté Michel Serres, qui déclarait il y a plus de 20 ans ce qui suit :

D'après moi l'idéal de l'enseignement […] serait de faire un cercle qui aurait deux centres, c'est-à-dire une ellipse, où d'un côté il y aurait un foyer très vivant de création littéraire, et de l'autre un foyer très vivant d'invention scientifique. Si on ne réunit pas les deux, on risque vraiment des catastrophes à venir parce que nous aurons d'un côté des gens formés à tout ce que la technique permet de progressif et qui n'en verront pas les conséquences humaines… et l'autre des gens qui, proches de l'humain, seront toujours dans une expérience esthétique ou relationnelle sans voir le monde contemporain filer devant eux.

Source : Michel Serres : Les littéraires sont des cultivés ignorants et les scientifiques des instruits incultes

J’en ai même fait une chanson !

Finalement, mes deux personnages du début m’ont inspiré une chanson, puis un clip vidéo les mettant en scène sur un mode humoristique. Mon "raisonnable" s’appelle ici cynique assumé, et mon idéaliste devient un gentil habité.

Le texte de la chanson se trouve par ici. Quant au clip, vous pouvez le visionner en cliquant sur l’image ci-dessous, tout simplement.

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Quel livre ! Un travail de moine. D'une grande originalité. J'ai à peine commencé à le parcourir et, déjà, je le savoure. Je vais d'ailleurs continuer à le déguster lentement. Bravo !

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