Les émotions ont toutes une fonction bien précise

Une émotion est comme un ami attentionné qui nous prévient d'une situation à laquelle nous devons vraiment réagir

Bonjour. J'ai lu un jour un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé L'art d'être triste". Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants...), il était question de "laisser libre cours" à une tristesse lorsqu'elle nous envahit, afin de nous permettre d'aller dans une sorte d'acceptation libératrice. A mes yeux, on ne peut qu'être d'accord avec l'idée qu'il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l'eau  – et encore plus lorsqu'il y a présence de larmes 🙂 . Parce qu'elles finissent toujours par ressurgir d'une manière ou d'une autre lorsqu'on tente maladroitement de les endiguer.

L'irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross...

Portrait Elisabeth Kubler-Ross

Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) a été une pionnière de l'approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie. Elle s'est également intéressée à leurs proches. A cette occasion elle a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d'un de nos proches). Mais je fais partie des personnes persuadées qu'on peut se nourrir avec profit de ses écrits dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…). Ceux dans lesquels intervient ne serait-ce qu'une "petite mort symbolique". Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Pleurer la perte d'un animal de compagnie

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute pour une étrange raison. Exemple : "…Ce n'est pas normal de pleurer la perte d'un animal de compagnie pendant si longtemps". Puis découvrent bien vite qu'en fait elles ne s'étaient pas autorisées à pleurer un proche décédé trente années auparavant. Et ceci au motif "…qu'il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants" et que ce n'était "pas le moment de se laisser abattre"… A l'image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre… Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin. Un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Accueillir nos émotions...

Nous avons tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu'il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l'exemple de la tristesse). Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu'un ou de quelque-chose, fin d'une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l'origine de la tristesse. Ce n'est qu'à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse. Et nous avons comme attrapé comme une "pathologie de la tristesse". Si bien que nous avons acquis la faculté d'être "triste sans raison". Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, peut-être n'ai-je tout simplement pas identifié la véritable raison.

Peut-on "attraper la tristesse" comme on attrape un rhume ?

Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c'est peut-être – je dis bien peut-être – que j'ai "attrapé la tristesse" comme d'autres attrapent un rhume, et que j'ai besoin de consulter un spécialiste pour m'aider à m'en défaire.

Ainsi, à mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc "adaptée" lorsqu'il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu'il peut également exister des contextes où une émotion n'est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film "Le grand chemin", et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie sa colère à Anémone. "Mais ça fait des années que tu pleures… y'en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d'une manière ou d'une autre !". Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d'imaginer qu'un "bar à larmes" (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d'un quelconque secours à cette malheureuse femme. Toujours ces histoires d'enfers pavés de bonnes intentions...

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc "appropriées" à chaque fois que cette fonction "a de quoi être remplie", autrement dit, lorsque le contexte s'y prête. Attention, cela n'a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d'écologie personnelle (Qu'est-ce que j'y gagne… Qu'est-ce que j'y perds… Où cela mène-t-il ?).

De la même façon, lorsque cette fonction n'est pas remplie, ayons le courage d'admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à "passer à autre chose". Et si la bienveillance de nos proches n'y suffit pas, ayons le courage d'aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d'aller la confier à un garagiste... ce qui ne veut pas dire "n'importe quel garagiste"...) mais au-delà d'un certain stade, c'est nettement préférable au "copain qui s'y connait un peu en mécanique"...).

Tableau des émotions

lien vers le tableau des émotions
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites "principales", celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n'y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l'infini. En y rajoutant d'autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée. De la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer "psychorigide" lorsqu'on est arrêté par un feu rouge !).

Plus généralement, une émotion peut très bien être adaptée (...ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant.

En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu'il peut être bon de connaître.

En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne "Contexte", c’est peut-être un signe plus alarmant... Tout est expliqué dans le document présenté ci-dessus. à vous de voir:  

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c'est de penser aux personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion "toxique" pour eux et/ou leur entourage. insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d'état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d'état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d'angoisse, ou pire d'anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du "ravi de la crèche"… Allez savoir 🙂

Toujours pareil... d'excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

l'ennui se lit souvent sur les visages...

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d'utile à nous apprendre…

Et n'oublions pas que si les émotions constituent d'excellents auxiliaires (...à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !


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Le Petit Abécédaire...

"Un ouvrage bien documenté, écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui le fait avec clarté humour et éthique. Les exemples et les conseils sont judicieux et très utiles. Je le recommanderai avec plaisir.."

Josiane de Saint Paul

Quel livre ! Un travail de moine. D'une grande originalité. J'ai à peine commencé à le parcourir et, déjà, je le savoure. Je vais d'ailleurs continuer à le déguster lentement. Bravo !

Serge Marquis


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