Le Making Of

Mais comment diable t’y prends-tu pour réaliser tout ça ?...

musicien en train de cogiter

C’est une question qu’on me pose assez souvent, suffisamment en tout cas pour me donner envie d’y apporter ici quelques éléments de réponse.

Les "vrais" instruments

Je suis guitariste depuis ma plus tendre enfance. J'ai appris seul, entièrement d'oreille.

Au fil du temps j'ai appris à me débrouiller à peu près avec un piano, une contrebasse, et un certain nombre d'instruments à cordes pincées comme la mandoline ou le ukulélé, ainsi que quelques percussions plus ou moins hétéroclites.

Les instruments "samplés"

Ainsi que nous l’explique Wikipédia, en musique, un échantillon, ou sample[1], est un extrait sonore récupéré à partir d'un enregistrement préexistant de toute nature et sorti de son contexte afin d'être réutilisé musicalement ailleurs.

Les samples sont souvent utilisés par les DJ et les compositeurs de musique concrète afin de recréer des ambiances sonores de toutes natures.

Là où ça devient intéressant, c’est quand les ingénieurs du son entreprennent d’échantillonner de manière systématique toutes les notes possiblement jouées par un instrument donné.

Par la suite, cela permet par exemple de simuler depuis un clavier électronique le son d’un autre instrument avec un assez bon réalisme, puisque les sons proviennent d’une source "réelle" au lieu de s’efforcer de la reproduire.

Avec un peu d’habitude, il est possible d’aller rechercher sur internet toutes sortes d’instruments ainsi "samplés". C’est ainsi que l’on parle parfois de banques de sons.

Ainsi il est tout à fait possible d’utiliser n’importe quel clavier compatible avec la norme MIDI (on parle alors de clavier muet, ou de clavier maître selon le cas) pour lui faire émettre à peu près n’importe quel son.

Mais qu’est-ce que la norme MIDI au juste ?...

Il s’agit de l’acronyme de Musical Instrument Digital Interface.

C’est tout à la fois un protocole de communication et un format de fichier dédiés à la musique, et utilisés pour la communication entre instruments électroniques, contrôleurs, séquenceurs, et logiciels de musique.

Apparu dans les années 1980, issu d'une volonté de l'industrie de normaliser les échanges entre les différents instruments, ce protocole est devenu aujourd'hui un standard très répandu dans le matériel électronique de musique (source : Wikipédia, toujours…)

Le MIDI a encore mauvaise presse, quelquefois…

Il faut bien voir que dans les années 90, le MIDI était notamment employé pour ce qu’on appelait alors la "Synthèse FM", c’est-à-dire pour essayer, de façon totalement artificielle, de reproduire et de stocker sur un synthétiseur ou une carte son un certain nombre de sonorités différentes, dont certaines se rapprochaient parfois de la sonorité d’autres instruments ou synthétiseurs, sans jamais toutefois y arriver de manière vraiment probante. C’est dans ce contexte que se développa la norme dite General MIDI (à la fin des années 90), laquelle s’efforçait de classifier – et de reproduire – des sons d’instruments.

Ces sons étaient classifiés dans l’ordre suivant : Pianos, percussions chromatiques (comme le vibraphone), orgues (d'église ou électroniques), guitares, basses, cordes et instruments classiques, ensembles (chœurs, coups d'orchestre...), cuivres, bois (instruments à anches), flûtes, synthés monophoniques ou polyphoniques, instruments ethniques, batteries et percussions.

Dans la pratique, de nos jours, on n’utilise plus que la partie "protocole de communication" de la norme MIDI, pour y transporter des sons qui sont (le plus souvent) samplés, donc. Quant au General MIDI, il y a une sacrée lurette qu’il n’est plus guère utilisé, tant il est devenu pratiquement obsolète dans le contexte actuel. Mais tout cela génère encore quelques confusions, parfois.

Les logiciels que j’utilise

Il se trouve que j'ai connu une époque épique : Celle des studios d'enregistrement analogiques, équipés de très gros magnétophones à bandes magnétiques.

magnétophone 24 pistes à bande magnétique

J'en ai d'ailleurs déjà parlé sur ce site.

Aujourd'hui, la quasi-totalité des musiques que vous entendez sur internet ont été réalisées dans des studios d'enregistrement professionnels, ou bien chez des particuliers disposant de l'environnement nécessaire (en pareil cas, on parle de home studio). La logistique peut être considérablement allégée. L'enregistrement et le mixage proprement dits se font sur un simple ordinateur personnel, en utilisant un logiciel spécifique de la catégorie des STAN (Station de Travail Audio Numérique) ou si vous voulez faire plus chic, de la catégorie des DAW (Digital Audio Workstation, en anglais).

Le STAN que j’utilise s’appelle WaveForm, il est distribué par le groupe Tracktion.com

Le cas particulier d'Audacity

À noter : l'existence du célèbre logiciel éditeur de sons Audacity, que j'utilise parfois pour des traitements mineurs. Je connais plusieurs musiciens qui utilisent ce logiciel tout au long de leur chaîne de production, allant jusqu'à se passer d'une STAN proprement dite, ce qui est très méritoire de leur part. A mes yeux, cela revient un peu à taper une thèse de doctorat sur le bloc-notes de Windows. Bref, Audacity (à l'instar de l'enseignement) peut mener à tout… à condition d'en sortir (du moins est-ce mon point de vue).

L’enregistrement

L'enregistrement des pistes sonores est (pour ce ,qui me concerne) la partie la plus exaltante d'un projet. Voyons cela :

Les préparatifs

Avant d’enregistrer quoi que ce soit, j'ai pour habitude de saisir sur ma station de travail la structure du morceau, c'est-à-dire le tempo, la mesure, les éventuelles ruptures de rythmes (accélérations, ralentissements, points d'orgue...) ainsi que des signets (ou repères si l'on veut) aux noms évocateurs tels que "1er couplet", "refrain", "pont instrumental", etc. Ces signets seront par la suite particulièrement utiles pour "naviguer" plus facilement d'un point à l'autre du morceau pendant la phase d'édition.

L’enregistrement audio (pour les voix et les "vrais" instruments).

micro électrostatique ave filtre anti-pop

Le microphone : Pour tous mes usages de studio, j'utilise un microphone électrostatique (voir photo) avec alimentation fantôme de 48 volts (je ne suis pas certain d’être au clair quant à la signification et la pertinence l'expression "alimentation fantôme", mais qu'importe, j'aime bien l’expression, en plus cela fonctionne très bien).

Vous savez bien, ce sont les microphones que l'on voit typiquement dans les reportages en studio d'enregistrement... On les reconnaît à la présence du petit système à élastique qui empêche le microphone de produire des bruits parasites (comme lorsque l'on heurte par mégarde le pied de micro).

Autre cliché des studios : le filtre anti-pop. Ce drôle de cercle noir sert à limiter les éventuels petits bruits explosifs qui peuvent parfois survenir lorsque l'on prononce un P ou un B (consonnes appelées "plosives" par les linguistes) lors d'une prise de voix.

Pour la petite histoire, pendant de longues années, en guise de filtre anti-pop, j'avais pris l'habitude de tenir devant ma bouche... un cintre dans lequel j'avais enfilé une chaussette fine de nylon ! ...Astuce transmise par un ingé son futé mais bon... Sans compter que ça mobilise une main pour rien (ceux qui pratiquent le home studio en solo savent à quel point on peut parfois se retrouver dans des situations pour le moins acrobatiques).

Une fois tout cela en place, je procède à l'enregistrement proprement dit, dans ma STAN (comme expliqué plus haut).

Pour information, l'écran de travail d'une STAN ressemble à peu près à ceci :

Copie écran de l'interface de WaveForm

Une fois l'enregistrement fait, il est possible de procéder à un certain nombre de retouches ou de découpages (redéfinir les points de début et de fin d'enregistrement, réenregistrer des petits extraits de la piste pour venir les coller à l'endroit adéquat) …

Et quand je suis satisfait de la prise, je passe tout simplement à l'instrument suivant !

L’enregistrement des claviers

Rappel : pour le home studiste moyen (comprendre "utilisateur de home studio") il faut savoir que la plupart des banques de sons s'utilisent via un clavier compatible MIDI.

Il existe bien d'autres instruments compatibles MIDI mais ils sont soit beaucoup plus onéreux, soit beaucoup plus "galère" à utiliser… C'est la raison pour laquelle le clavier tout simple reste de loin la solution la plus utilisée de nos jours en pareil cas, y compris pour de nombreux "non-pianistes".

Quoi qu'il en soit, quand on effectue un enregistrement MIDI, il y a une chose extrêmement gratifiante, c'est la facilité déconcertante avec laquelle on peut procéder à des retouches. Mais revenons tout d'abord sur les ondes audio (produites lors des enregistrements des voix et des "vrais" instruments). En général, sur une STAN, cela donne quelque-chose dans ce goût-là :

onde sonore

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les éventuelles "retouches" que l'on peut effectuer sur un signal audio sont plutôt problématiques, et pour le moins hasardeuses… Fort heureusement nous ne sommes pas toujours obligés de procéder ainsi...

piano roll

C'est déjà mieux, non ? Généralement, l'enregistrement d'un signal MIDI ressemble à cette vue, bien connue de home studiste moyen. Il s'agit de la vue dite "piano roll", ainsi baptisée par les anglophones par allusion au rouleau de papier perforé qui contrôle le mouvement des touches d'un piano mécanique ou d'un instrument similaire (type orgue de barbarie), permettant ainsi de reproduire une mélodie.

Il faut bien comprendre qu'une vue de ce type se prête à de nombreuses manipulations... qui seront reproduites sur le son à émettre au final ! En effet, si l'opérateur modifie la hauteur ou la durée d'une petite bande de couleur, le son correspondant se fait immédiatement entendre, ce qui permet de corriger efficacement un son. Les possibilités sont pratiquement infinies…

Par exemple, par ce procédé il est on ne peut plus facile d'éliminer les notes parasites qui se sont produites lorsque un musicien maladroit a, disons oublié d'enlever ses moufles avant de jouer ! 🙂

Les lignes verticales, quant à elles, représentent le temps et la mesure (…c'est là qu'on se réjouit d'avoir correctement "balisé le terrain" lors de l'étape dite des préparatifs, comme je l'indiquais plus haut).

Du coup, avec un peu d'expérience, il est très facile de "redresser" des notes qui n'ont pas été produites suffisamment "en place"

Au passage, j'enfonce ici le clou sur le thème "Inutile d'être un pianiste virtuose pour s'enregistrer au clavier au format MIDI". Ainsi, je vous livre ici un "plan d'escroc" que j'utilise (pas toujours, mais souvent) pour enregistrer mes parties de piano : Cela consiste tout simplement à enregistrer tour à tour la main gauche et la main droite (lorsque je ne possède pas la dextérité suffisante).

Le clavier vertical que l'on aperçoit sur la gauche de l'illustration nous donne un repère très utile pour comprendre à quoi correspondent les petites bandes de notes (affichées ici en vert). Bien entendu, chaque touche de ce petit clavier vertical est tout aussi "jouable" à la souris que chacune des petites bandes de notes (lesquelles, comme vous l'avez compris, correspondent à la mélodie qui vient d'être jouée sur le clavier).

Je pourrais continuer indéfiniment sur cette lancée, mais croyez-moi, l'édition des enregistrements MIDI est un vrai plaisir pour nombre de musiciens !

Et quand enfin on est content du résultat, il suffit de savoir demander à notre STAN de "rejouer" la partie que nous venons de corriger, et le tour est joué ! Ainsi, ce joli petit "piano roll", donc, vient occuper une nouvelle piste dans notre STAN, donc. Laquelle piste peut, selon les cas, conserver son statut de piste MIDI, ou bien être convertie en piste audio…

Enfin, exactement comme pour l'enregistrement audio, quand on est satisfait du résultat, on passe à "l'instrument suivant"… et ainsi de suite.

Le mixage

Il s'agit à ce stade de convertir l'ensemble des pistes créées lors des étapes précédentes en deux canaux stéréo classiques.

Le boulot est composé d'un certain nombre de tâches…

La première d'entre elles consiste en général à enrichir telle ou telle piste avec ce qu'on appelle des effets (les plus courants étant la réverbération, la compression et l'égalisation… n'hésitez pas à googler ces trois mots, au besoin, si vous êtes curieux).

Ensuite, on travaille sur les différents niveaux sonores, ainsi que sur le panoramique (la balance gauche/droite) de chacune des pistes…

Il y en a quelques autres, mais je vous épargnerai ici les détails fastidieux.

Dans un monde idéal, le mixage (tout comme les prises de son, d'ailleurs) est réalisé par ce qu'on appelle un homme de l'art (ou femme, œuf corse), car cela requiert des aptitudes qu'un compositeur ou un musicien ne possède pas nécessairement. Au final, si le musicien en question persiste dans cette tragique erreur (celle qui consiste à se prendre pour un ingé son), le résultat peut s'en faire cruellement ressentir !

Pour ce qui me concerne, je me suis efforcé de "limiter les dégâts" en la matière en suivant un cours en ligne que j'ai trouvé particulièrement bien fait (je vous en dis un peu plus ci-après, dans la conclusion).

Deux questions qu'on me pose souvent

1 – Est-il nécessaire de connaître le solfège ?

Si l'on y regarde de près, le solfège n'est après tout qu'une convention d'écriture. Ainsi, certains logiciels sont capables de convertir une écriture de type "piano roll" (voir plus haut) en partition, et vice versa.

Il faut bien comprendre que pour quelqu'un qui a déjà "des notes dans la tête", et qui imagine des mélodies et des harmonies, il n'est pas indispensable de savoir les retranscrire. C'est un peu comme dans le cas d'un poète analphabète, si on veut bien me pardonner cet audacieux rapprochement.

Pour ma part, je joue et compose de la musique depuis mon plus jeune âge, mais ma rencontre avec le solfège s'est plutôt mal passée. J'ai donc pris le parti de vivre sans, ce qui n'a jamais empêché les "petites musiques" de continuer à voyager dans ma tête et dans mon cœur tout au long de ma vie.

2 – Jouer avec des musiciens en chair et en os, c'est tout de même mieux, non… ?

Rien ne me fait plus plaisir que de jouer avec d'autres musiciens. Les occasions ne m'ont certes pas manqué dans ma longue vie. Mais lorsque l'on, multiplie le nombre d'intervenants, cela tourne très vite au casse-tête. Sans compter les problèmes financiers : les musiciens professionnels se font payer, et ce n'est que justice. Or, mes moyens ne me le permettent pas forcément.

En résumé, il m'est nettement plus commode de faire entrer une banque de sons qu'un orchestre symphonique dans mon home studio. Du coup je ne m'en prive pas.

Quant à ceux qui m'objecteraient que le côté "électronique" de certains sons se fait trop sentir (du moins à leur goût), aucun problème : qu'ils fassent mieux s'ils en ont les moyens, et très sincèrement je m'en réjouirai.

Pour ma part, je suis heureux d'avoir apporté ma petite pierre, à mon modeste niveau, qui me permet de présenter un exemple tangible de tout ce qui me trotte dans la tête comme musique. Rien de plus, mais rien de moins.

Conclusion

J'espère que ces quelques explications auront éveillé votre intérêt. Pour mémoire, si le cœur vous en dit vous pouvez entendre ce que donne la mise en pratique de mon petit bac à sable perso en suivant simplement ce lien.

Des questions, remarques, observations ? Si tel est le cas, sachez qu'elles ne tomberont jamais dans l'oreille d'un sourd ! Il y a un formulaire de contact sur ce site, et il est très-facile à trouver !

Remerciements :

Je tiens à remercier ici le personnel et les abonnés du site AudioFanzine. Il s'agit d'une plateforme (incontournable !) destinée aux musiciens et home studistes, plateforme qui recèle des mines d'informations, et sur laquelle il est toujours utile d'aller rechercher, mais aussi partager des infos.

Un grand merci également à l'équipe technique de Tracktion.com (précision importante : j'utilise une version totalement gratuite de leur logiciel[2], comme quoi ça n'empêche pas… J ).

Je n'oublie pas l'excellent cours en ligne intitulé "Mixer vos sons comme un pro !", proposé sur la plateforme Elephorm par Alexandre Badagée (du Studio Amphore), dont je salue ici les qualités pédagogiques…

Mes remerciements les plus chaleureux à Aurèle Bonnet, trompettiste mais pas que. Aurèle est le seul musicien (à part votre serviteur) en chair et en os à avoir participé à certains des enregistrements qui ont présentés ici. Pour savoir lesquels (et en apprendre un peu plus sur le bonhomme) vous pouvez suivre ce lien.

Et pour finir, un merci ému à Ann, mon épouse, qui m'a toujours accompagné et supporté (c'est le mot, je crois 🙂 ) dans mes aventures artistiques. Précisons qu'elle m'a aussi inspiré la plupart de mes 25 plus récentes chansons.


Notes

[1] Sample : terme anglophone pour désigner un échantillon sonore (mais pas que)

[2] Pour info, quand ils sortent une nouvelle version de leur fameux WaveForm, ils rendent gratuites toutes leurs versions à partir de leur "n-2", environ. Ce qui, pour ma part, me suffit amplement !



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