Vous cliquez parfois sur "j'accepte les cookies". En fait, vous le faites plusieurs fois par jour, sans même y penser. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ce petit fichier technique porte le nom d'un biscuit ?
Rien à voir avec la pâtisserie (ou presque)
Le mot ne vient pas d'une boulangerie. Il vient d'un jargon d'ingénieurs, forgé bien avant l'existence du web, et repris tel quel par commodité. Autant dire tout de suite qu'il n'y a pas de recette secrète à révéler. L'origine exacte du mot reste, aujourd'hui encore, un mystère non résolu. Le flou, lui, ne manque pas de charme.
Magic cookie, l'ancêtre obscur d'Unix
Avant de désigner un traceur publicitaire, le mot cookie appartenait au vocabulaire des systèmes Unix, dès la fin des années 1970. On parlait alors de magic cookie pour désigner un petit paquet de données passé d'un programme à un autre. Comprenez une sorte de jeton, opaque pour celui qui le transporte, mais que le programme destinataire sait reconnaître et interpréter. Rien à voir, donc, avec la navigation web. Le terme circulait déjà dans les couloirs de l'informatique bien avant que quiconque songe à naviguer sur un site marchand.
D'où vient cette image du biscuit magique ? Personne ne le sait vraiment, et ce n'est pas faute d'avoir cherché.
Plusieurs pistes circulent, sans qu'aucune n'ait jamais été confirmée. La plus répandue évoque le biscuit chinois de fortune, ce fortune cookie qui cache un petit message à l'intérieur. L'analogie avec une donnée dissimulée dans un paquet semble couler de source. D'autres y voient un clin d'œil au pot de cookies dans lequel on pioche au fur et à mesure des besoins, ou encore un rapprochement avec les miettes semées par le Petit Poucet pour retrouver son chemin. Eric Raymond, l'auteur du Jargon File qui fait référence en la matière, ne tranche pas. Il présente ces théories comme des hypothèses, jamais comme des faits établis.
Bref, le mot est mystérieux avant même d'avoir posé la moindre question de vie privée.
1994 : Netscape invente le cookie du web
C'est là qu'entre en scène Lou Montulli. En 1994, ce jeune ingénieur d'à peine 23 ans travaille chez Netscape, la société qui a construit l'un des tout premiers navigateurs grand public. Son problème est très concret : le web, tel qu'il existe alors, n'a aucune mémoire. Chaque page chargée traite le visiteur comme un parfait inconnu, même s'il vient de cliquer sur la page précédente deux secondes plus tôt. Impossible, dans ces conditions, de faire fonctionner quelque chose d'aussi simple qu'un panier d'achat qui suit l'internaute d'une page à l'autre. C'était pourtant, précisément, la demande d'un client de Netscape en train de construire une application de commerce en ligne.
Montulli résout le problème. Pour nommer sa création, il n'invente rien : il reprend simplement le mot déjà utilisé dans le jargon Unix. Le cookie du web hérite ainsi d'un nom qui, quinze ans plus tôt, ne parlait qu'à une poignée de programmeurs. Premier test grandeur nature : le site de Netscape lui-même, pour distinguer les visiteurs qui reviennent de ceux qui découvrent la page pour la première fois.
Quand le cookie devient une institution
De ce petit hack technique à la case "j'accepte" que tout le monde coche sans en lire davantage, il n'aura fallu qu'une trentaine d'années. Le principe n'a pas changé : un site dépose une donnée chez vous, et la relit à votre prochaine visite. Ce qui a changé, en revanche, c'est l'ampleur de l'usage. La réglementation a suivi, notamment en Europe : l'affichage d'un bandeau de consentement est désormais une obligation légale avant tout dépôt de cookie non essentiel au fonctionnement du site (publicité ciblée, mesure d'audience, par exemple).
Il y a une case qui mérite un aparté à elle seule : l'"intérêt légitime". On la croise dans presque tous les bandeaux un peu sérieux, et elle a ceci de troublant qu'elle ne vous demande jamais vraiment votre accord. Elle se contente d'exister, quitte à ce que vous vous y "opposiez" si le cœur vous en dit. Le RGPD en fait pourtant une base légale à part entière (article 6, alinéa f), au même titre que le consentement. Reste que la formule fait hausser un sourcil : légitime pour qui, au juste ? Devant le doute, certains ont pris l'habitude radicale de refuser systématiquement tout ce qui porte ce nom-là. Ils scrollent à toute vitesse dans le maquis des cases à cocher, sans état d'âme. Ce qui ne manque, avouons-le, ni de sel ni d'un brin de mauvaise foi. Béni soit qui a inventé le bouton "Tout refuser" ; maudits soient les esprits tordus qui s'en passent.
Bref, un mot d'ingénieur, emprunté à un autre mot d'ingénieur, dont l'origine exacte se dérobe encore aujourd'hui : voilà toute la saveur de cette histoire. La prochaine fois que vous cliquerez sur "j'accepte", vous saurez au moins que le nom, lui, garde son secret depuis presque cinquante ans.
Sources
- History of Information, notice sur l'invention du cookie HTTP par Lou Montulli — historyofinformation.com
- Quartz, entretien avec Lou Montulli, "The inventor of the digital cookie has some regrets" — qz.com
- Wikipédia anglophone, article "Magic cookie" — en.wikipedia.org
UTILISATION DE L'IA

L'élaboration de cet article a bénéficié d'un processus créatif hybride alliant l'expertise humaine et les capacités d'une intelligence artificielle, qui m'a épaulé dans les tâches de recherche, de rédaction et de peaufinage.

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