Subvocalisation, lecture orale et tranches de vie

La subvocalisation est un phénomène consistant à prononcer mentalement les mots lus lors d’une lecture silencieuse.

Quand le sujet ne peut pas s’empêcher de prononcer les mots lus à voix haute au fur et à mesure de la lecture, on parle alors de « lecture orale ».

Un coin reculé, que je ne me risquerai pas à citer…

Cela me rappelle l’époque où je vivais dans un coin très reculé de notre bel hexagone, où le niveau moyen de qualification de la population ne volait guère haut, et ceci pour plusieurs raisons. Non loin de la commune où j’avais échoué (c’est le mot, je crois) se trouvait un bar tabac où le gérant projetait quelquefois en soirée des films dans une manière de salle de spectacle installée au-dessus de son établissement. Il ne fallait pas être très regardant sur la programmation, et on pouvait s’estimer chanceux lorsqu’arrivés sur les lieux on échappait à des bidasseries, ou sagas post-apocalyptiques, ou vaudevilles consternants datant au mieux de la quatrième république (en fait je n’ai jamais compris comment on pouvait avoir connaissance du programme à l’avance).

Quand (à l’image de la tarte) le quota est atteint…

Qui plus est, si le quota attendu de clients (5 ou 6 personnes, me semble-t-il) n’était pas atteint au moment de la projection, le parton renvoyait tout le monde chez soi… et nous en étions tous pour nos frais. Circulez, y’a plus rien à voir…

Mais même une fois l’épreuve passée, le cinéphile non prévenu n’était pas au bout de ses surprises : en effet, pendant toute la durée du film, à chaque fois que quelque-chose était écrit quelque part sur l’écran (genre « bureau du shérif », « stationnement interdit » ou quoi que ce soit d’autre), un bruissement étrange montait immanquablement de l’auditoire (le plus souvent clairsemé, mais bon, auditoire quand-même). En tendant l’oreille, on pouvait entendre distinctement une grande partie de cette brave assemblée reprendre en chœur, sous une forme évoquant la plasmodie satanique ou la prière prononcée dans la ferveur et le recueillement (c’est selon), la phrase qui était alors apparue sous nos yeux. Bien entendu, le phénomène se reproduisait en chaque occasion semblable, et ceci jusqu’à la fin du film.

J’avoue ne jamais avoir eu la curiosité de rester jusqu’au générique pour vérifier si le phénomène se prolongeait ou non…

Et les pubs alors ?

Mieux : les éventuelles publicités qu’un annonceur étourdi avait parfois eu l’incongruité de laisser traîner en début de bobine faisaient l’objet du même phénomène. Ah, vous tous qui avez échappé à la prière publique « Offre soumise à conditions, voir conditions en magasin » ne savez pas ce que vous avez raté !

Bon. En même temps, pour être honnête, ça fait du bien quand tout cela s’arrête (en clair, j’ai été vraiment heureux lorsque la vie m’a permis de repartir de là – et à bonne distance – biscotte tout le reste était à l’avenant 🙂 ).

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