La Tête dans les Étoiles, les Pieds sur Terre : Naviguer dans le Monde des Thérapies Non Conventionnelles

Dans notre quête constante de bien-être, nous sommes de plus en plus nombreux à nous intéresser aux thérapies non conventionnelles (TNC) et aux psychothérapies dont les postulats n'ont pas été validés scien­tifiquement. Face à cette omniprésence, il devient essentiel de développer, puis préserver une capacité de discernement.

Mon objectif ici n'est pas de rejeter ou d'accepter ces approches en bloc, mais de m'efforcer de les analy­ser avec une posture à la fois ouverte et critique. C'est toute l'essence de cette démarche : vous inviter à garder la tête dans les étoiles, pour la curiosité et l'ouverture d'esprit, tout en conservant les pieds bien sur terre, pour l'ancrage dans la réalité et la rationalité.

Sous ces lignes, nous allons explorer ensemble des "constantes" ou des thèmes récurrents que l'on retrouve dans ces approches. Parmi les plus éclairants, j'ai choisi de me pencher sur :

• Le concept de "l'état présent versus l'état désiré" chez la personne accompagnée.

• L'idée selon laquelle "tout est énergie".

• L'utilisation d'un "cadre de pensée différent", souvent opposé à une approche uniquement cartésienne.

Cette exploration approfondira ces concepts, en vous proposant des clés pour une compréhension éclairée de ce si vaste univers.

De l'État Présent à l'État Désiré : Le Point de Départ de Toute Transformation

Au cœur de nombreuses psychothérapies et approches thérapeutiques non convention­nelles, on trouve un fil conducteur essentiel : la clarté sur la situation actuelle de la personne et la défini­tion précise de ce qu'elle souhaite atteindre. Cette distinction entre "l'état présent" (là où vous en êtes, ou "comment vous vous sentez") et "l'état désiré" (là où vous voulez être, ou "comment vous voulez vous sentir") est fondamentale, agissant comme le point de départ de tout ac­compagnement.

Comprendre l'État Présent

Pour saisir l'état présent, il est crucial pour le thérapeute d'explorer en profondeur la situation actuelle de la personne concernée. Cela inclut de déterminer :

• La nature du problème, ou de la pathologie.

• Les tentatives déjà faites pour résoudre la problématique, ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas marché (il est souvent inutile de répéter ce qui n'a pas donné de résultats).

• Comment (aux yeux du thérapeute) la personne pourrait, consciemment ou inconsciemment, entretenir sa propre probléma­tique. Cette démarche, appelée "recherche des bénéfices secondaires", part du présupposé que tout com­portement possède une intention positive, même si le résultat n'est pas bénéfique en apparence.

• Les raisons qui poussent la personne à consulter "maintenant" et non auparavant, identifiant l'élément déclencheur qui a fait "déborder le vase".

Définir l'État Désiré

Une fois l'état présent clarifié, l'étape suivante consiste à définir l'état désiré, c'est-à-dire l'état que la per­sonne souhaite atteindre, et ceci de manière précise et positive. L'objectif à atteindre est parfois très simple (exemple : "ne plus ressentir de douleur à tel endroit du corps") mais il peut se révéler bien plus complexe. Dans tous les cas doit être formulé de manière positive, mesurable et motivante. Cet objectif doit également être "responsable" (dépendre de la personne elle-même), réaliste (atteignable) et écologique (comprendre : "sans inconvénients majeurs pour la personne ou son entou­rage"). Par exemple, si l'état présent est "je ne peux pas exprimer mes choix", l'état désiré pourrait être formulé comme "j'exprime mes choix et mes désirs".

Le processus de passage de l'état présent à l'état désiré n'est pas toujours linéaire. Il peut nécessiter de re­venir sur l'objectif si de nouveaux inconvénients ou de nouvelles prises de conscience apparaissent. Le rôle de l'accompagnant est alors de guider la personne à visualiser à l'avance le résultat atteint de manière très concrète, en explorant mentalement ce que cela lui apporterait de plus important, ceci afin de renforcer sa motivation profonde.

Une telle approche permet non seulement de résoudre un problème ou d'atteindre un but, mais aussi de favo­riser chez la personne concernée une prise de conscience plus profonde. Elle l'aide à modifier ses croyances limitantes et à développer une nouvelle perception du monde, passant par exemple d'une vision hostile à une vision plus nuancée dans laquelle un choix, une solution est possible. Au final, cela peut aboutir (pour la personne concernée) à la capacité de faire des projets en imaginant la réussite plutôt que l'échec.

La notion selon laquelle "tout est énergie" :

C'est un postulat central de ces philosophies. Elles affirment l'existence d'une force vitale ou énergie sub­tile qui circulerait dans et autour du corps humain, connue sous des noms variés comme Chi, Prana, ou encore Aura.

La maladie comme déséquilibre énergétique : Contrairement à la médecine conventionnelle qui se con­centre sur le physique seul, ces approches considèrent que les expériences et émotions négatives peuvent bloquer ou perturber ces flux d'énergie, entraînant des conséquences physiques et psychologiques.

La guérison comme rééquilibrage énergétique : La guérison vise à rétablir l'harmonie en débloquant et en rééquilibrant ces énergies. Le magnétisme, par exemple, mobilise les "forces de guérison naturelles du corps qui circulent sous forme d'énergie". Ainsi, les magnétiseurs agissent comme des "canaux" pour capter et transmettre cette énergie universelle.

L'intention comme catalyseur : L'intention (la volonté de guérir) joue un rôle fondamental, agissant comme un phare qui dirige l'énergie vers les zones du corps qui en ont le plus besoin, facilitant la transformation.

La "subtilité" de l'énergie : Cette énergie est décrite comme "subtile" car, bien que certaines personnes affirment la ressentir physiquement (chaleur, frissons, sensations diverses), elle ne peut pas être mesurée ou détectée par les instruments scientifiques. Son existence repose donc uniquement sur le témoignage subjectif de ceux qui disent la percevoir. Cette impossibilité de prouver scientifiquement l'existence de cette énergie devient paradoxalement un avantage pour les praticiens : elle incite le patient à se concentrer sur ses propres ressentis et à s'impliquer davantage dans le processus thérapeutique.

L'utilisation d'un "cadre de pensée différent", souvent opposé à une approche uniquement cartésienne

Ces philosophies remettent en question la vision décrite comme "réductionniste" de la médecine moderne, qui tend à séparer le corps de l'esprit.

L'approche holistique et ses racines anciennes : Elle considère l'individu dans sa globalité (physique, émo­tionnelle, et spirituelle) et puise ses racines dans des traditions millénaires telles que la médecine tradition­nelle chinoise (concepts de Chi, méridiens, loi des cinq éléments…) et les pratiques de guérison indigènes glanées un peu partout dans le monde. Le fondateur de la Thérapie par Polarité, Randolph Stone, a par exemple intégré des concepts provenant de la philosophie religieuse indienne des Radhasoami, en cherchant à unir la science et la spiritualité dans un "mysticisme rationnel" où Dieu est perçu comme une énergie impersonnelle.

La dimension contestataire : quand la méfiance nourrit l'alternative : Il convient également de souligner que l'attrait pour ces approches s'enracine souvent dans une méfiance plus large envers les institutions et l'autorité médicale établie. Cette posture 'anti-système', bien que parfois floue dans ses contours, reflète une quête d'autonomie et un rejet de ce qui est perçu comme une médecine 'imposée d'en haut' (standardisée, protocolaire, où le patient a peu de marge de manœuvre). Pour ces personnes, choisir une thérapie alternative devient un acte d'émancipation, indépendamment de son efficacité prouvée.

L'art de guérir et la responsabilité individuelle : La guérison est souvent perçue comme un "art" nécessi­tant intuition, sensibilité et inspiration du praticien. Elle met également en avant la responsabilité de l'individu dans sa propre santé et capacité d'auto-guérison, contrairement à la médecine conventionnelle qui peut être per­çue comme déresponsabilisante (« Moi, le patient, je souffre, et vous le médecin, vous devez vous débrouil­ler pour arranger ça »).

Les controverses et le discernement

En dépit de leur popularité croissante, toutes ces pratiques sont souvent critiquées par la communauté scientifique en raison du manque de preuves empiriques solides et de mécanismes biologiques clairs. En outre, des institutions comme la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) mettent en garde contre le charlata­nisme, les promesses de miracles, les coûts financiers parfois excessifs, et les dramatiques risques de retard dans l'accès à des soins appropriés. Au passage, celle-ci souligne l'absence de formation médicale réglementée de nombreux praticiens. Ainsi que que le concept de "force de guérison universelle" promu par certaines pratiques comme le Reiki, concept apparaissant comme "dénué de toute objectivité scientifique".

Le "juste milieu" : Face à ces controverses, il est essentiel d'adopter une posture de "prudence et circons­pection", garder tête froide et esprit critique, tout en étant suffisamment ouvert et en évitant de rejeter tout en bloc.

llustration symbolique représentant l'équilibre entre ouverture d'esprit et esprit critique dans l'évaluation des thérapies non conventionnelles

Conclusions

En définitive, bien que certaines médecines non conventionnelles puissent apporter un bien-être indéniable, notamment pour la gestion du stress ou l'amélioration de la qualité de vie, il y a un point qui apparaît comme un défi majeur : Il s'agit tout simplement de la claire distinction entre ce qui relève de la science et ce qui appartient à la tradi­tion. La médecine conventionnelle s'appuie sur la rigueur de la méthode scientifique pour valider l'effica­cité et la sécurité des traitements, tandis que certaines pratiques traditionnelles s'enracinent dans des mo­dèles de pensée et une transmission de savoirs empiriques, avec tous les bienfaits mais aussi tous les risques que cela peut entraîner.

Quand les traditions se trompent
L'histoire nous enseigne que les savoirs traditionnels, même vénérables, peuvent parfois mener à des impasses dramatiques. La médecine occidentale elle-même a longtemps reposé sur des croyances erronées : la théorie des "humeurs" d'Hippocrate (sang, bile, lymphe, bile noire) a dominé sous nos latitudes pendant près de 2000 ans, conduisant à des pratiques comme la saignée systématique qui affaiblissait davantage les malades qu'elle ne les guérissait. Louis XIV lui-même fut saigné à outrance lors de ses derniers jours…
Si nos propres traditions occidentales ont pu se fourvoyer aussi longtemps avec une conviction totale, pourquoi les traditions orientales ou autres seraient-elles nécessairement épargnées par de telles erreurs ? L'ancienneté d'une pratique n'est pas un gage de vérité.

Le risque ne vient pas uniquement des charlatans….

Il est crucial de comprendre que le risque pour le patient ne vient pas uniquement des charlatans, lesquels (comme chacun le sait) se caractérisent par une intention malhonnête clairement avérée. Un danger tout aussi insidieux, voire plus grand, réside dans l'action de nombreux praticiens sincèrement convaincus de l'efficacité de leurs méthodes, même en l'absence de preuves scientifiques. Ces derniers, ayant intégré leur système de croyances comme une vérité absolue, attribuent souvent l'amélioration de l'état de leurs patients à leur seule technique, sans considérer d'autres facteurs essentiels tels que l'effet placebo, l'écoute attentive, une prise en charge globale, ou l'évolution naturelle de la maladie.

Témoignage d’un médecin de ville

Je me souviens d’une discussion avec un ami, médecin généraliste à Lyon. Alors que je l’interrogeais sur la vogue de l’homéopathie dans le grand public, il a eu la réponse suivante, que je trouve très pragmatique :

« En-dehors de tout questionnement quant au bien-fondé des principes de l’homéopathie, il faut bien considérer un fait tout simple : une consultation en homéopathie s’étend couramment sur une durée de 2 à 4 fois celle d’une consultation de médecine générale. Partant, le patient se sent davantage pris en considération, et a le sentiment d’être mieux écouté, mieux compris. Il est donc tout à fait naturel que ce simple fait influe grandement sur l’efficacité du traitement proposé, quel qu’il soit, et génère de facto de nombreux témoignages de satisfaction ».

La force de conviction d'un praticien sincère peut le rendre particulièrement persuasif, renforçant ainsi la con­fiance du patient. Cependant, cette conviction profonde peut aussi l'empêcher d'avoir le recul nécessaire pour orienter le patient vers un médecin conventionnel lorsque la situation l'exige. Pire encore, face à l'ab­sence de résultats, un tel praticien pourrait invoquer des explications non scientifiques, comme un "manque de foi" ou une "résistance énergétique" du patient. Et comme chacun le sait, l'être humain excelle dans l'art de se raconter des histoires… et parfois d'adhérer aux histoires des autres.

En fin de compte, que le patient soit confronté à un charlatan ou à un praticien sincèrement dans l'erreur, les conséquences peuvent être identiques, voire pires. Rappelons-les : un traitement potentiellement inefficace, un coût financier parfois prohibitif et, surtout, un retard préjudiciable dans l'accès à des soins appropriés.

La clarté et le discernement sont donc nos meilleurs atouts pour prendre des décisions de santé éclairées et respon­sables. En définitive, il s'agit simplement de garder la tête dans les étoiles pour l'ouverture d'esprit, tout en conservant les pieds bien sur terre grâce à un esprit critique aiguisé et une vigilance constante.

Ce qui ressort de cette étude, c'est cette tension constante entre d'un côté ce besoin humain très fort de trouver du sens, des explications, un sentiment de contrôle, et de l'autre, le doute, le scepticisme rationnel face à ce qui ne peut pas être prouvé de manière scientifique.

Le vrai défi pour chacun de nous, c'est peut-être de voir comment nous naviguons dans cette tension entre le besoin de croire et le besoin de savoir. Entre l'intuition et la raison. Comment faire le tri ? Comment discerner ce qui peut nous aider réellement de ce qui relève d'une croyance arbitraire ? Comment intégrer les différents savoirs, les différentes approches, sans tomber dans le dogme, ni dans un relativisme où "tout se vaut" ?

Vaste programme…

Élément de Typo (filet avec oiseaux prchés)

Sources


Article connexe :


UTILISATION DE L'IA

IA, Interface homme - machine, deux mains (l'une humaine, l'autre robotique) se rejoignent...

L'élaboration de cet article a bénéficié d'un processus créatif hybride alliant l'expertise humaine et les capacités d'une intelligence artificielle, qui m'a épaulé dans les tâches de recherche, de rédaction et de peaufinage.

Portrait Bernard Lamailloux (façon BD)

Si cet article vous a plu, venez donc consulter d'autres articles de la catégorie 'Développement personnel & psychologie'


Le Petit Abécédaire...

Livre "Petit abécédaire de  développement personnel à l'usage des formateurs et enseignants", par Bernard Lamailloux

"Un ouvrage bien documenté, écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui le fait avec clarté humour et éthique. Les exemples et les conseils sont judicieux et très utiles. Je le recommanderai avec plaisir.."

Josiane de Saint Paul

Quel livre ! Un travail de moine. D'une grande originalité. J'ai à peine commencé à le parcourir et, déjà, je le savoure. Je vais d'ailleurs continuer à le déguster lentement. Bravo !

Serge Marquis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *