Quand la chanson a besoin d’images

Les ACI, amateurs ou non

Biographie de Bernard Lamailloux, musicien, auteur compositeur interprète arrangeur...

De nos jours, les Auteurs-Compositeurs Interprètes (que les anglophones appellent plus sobrement « songwriters », soit écriveurs de chansons) sont de plus en plus nombreux à diffuser leur production sur internet …

À bien des égards ils semblent avoir pris la place de ceux qui, en d’autres temps, étaient appelés « peintres du dimanche », lesquels poussaient comme des champignons dans les moindres recoins de nos paysages bucoliques,. C'est ce qu’on pouvait constater en les apercevant accrochés à leurs pinceaux, leurs palettes et leurs toiles sur chevalets. Avec des résultats très divers, mais bon, dans ce domaine comme dans tant d’autres l’essentiel est de se faire plaisir, n’est-ce pas ?

Avoir du son sans pour autant faire l'âne…

Il faut préciser qu’à l'époque actuelle il n’a jamais été aussi simple de disposer d’un équipement permettant de réaliser des enregistrements sonores relativement sophistiqués. Aujourd’hui il suffit de se doter d’un ordinateur, d’une carte son sympa et d’un logiciel dit « DAW » (pour « Digital Audio Workstation », que nous traduisons parfois en français par l’acronyme  « Station de Travail Audio Numérique »). Ajoutez à cela quelques instruments ou synthétiseurs, ou boîtes à grigris électroniques. Ainsi vous pouvez fabriquer votre propre son, à la maison, dans ce qu’il est maintenant convenu d’appeler votre home studio, le tout à un prix de plus en plus abordable.

Pauvres ingénieurs du son....

Certes, les ingénieurs du son s’arrachent souvent les cheveux lorsque leurs oreilles tombent sur des productions qui manquent parfois cruellement de savoir-faire. En matière de prise de son et de mixage audio (indépendamment des qualités artistiques), les faits sont là :

Aujourd’hui, le songwriter moyen n’hésite pas, en plus de ses casquettes déjà multiples, à y ajouter celles de directeur artistique et d’ingé-son. Parfois avec bonheur et talent, comme en témoigne (entre autres) l’œuvre du songwriter multi-instrumentiste canadien Jesse Daniel Smith.

Pour parfaire le tout, il existe des quantités de communautés de partage, d’information et d’entraide sur ces sujets-là (on peut citer le portail AudioFanzine pour les francophones).

Le son sans l’image, c’est de plus en plus dur…

amoureux de jardinLa plupart de ces musiciens, qu’ils soient en herbe ou confirmés, ont envie de faire partager leur production au plus grand nombre. Et aujourd’hui, « plus grand nombre » rime avec internet.

Du coup, l’immense majorité des auteurs-compositeurs interprètes ont un souci en commun : trouver des séquences vidéo susceptibles d’illustrer (ou, à défaut, d’accompagner) chacun de leurs morceaux lorsqu’il s’agit de le diffuser sur internet.

Pourquoi ? eh bien parce que de moins en moins de gens prennent le temps d'écouter jusqu'au bout un nouveau morceau de musique « nu» … du coup, à défaut de faire l’âne pour voir du son, il faut – paradoxalement – mettre de la vidéo sur nos petites ziziques si on veut être entendu (avant même de pouvoir prétendre intéresser labels et autres maisons de production).

C’est ainsi que certains d’entre eux se distinguent avec des clips vidéo qui – pas toujours, mais souvent – rivalisant d’originalité et d’inventivité. On peut penser par exemple au clip d’animation réalisé à partir de collages par le label indépendant Atmosphériques sur cette chanson de Louis Chedid

C’est ainsi que de nombreuses plateformes de diffusion de musique et de son qui n’utilisent pas (ou trop peu) la vidéo (comme SoundCloud ou BandCamp, pour ne citer que ces deux-là) semblent avoir du mal à conserver leur audience. On peut le déplorer, mais les faits sont là.

Pour ma part c’est un peu compliqué…

une chanson, des chansons, ça doit aussi se voir...Depuis maintenant pas mal de décennies, je m’efforce d’écrire et composer mes propres chansonnettes, puis de les mettre en forme et de les enregistrer dans mon home studio (voir mon parcours musical pour plus de détails). Comme tous mes contemporains j’ai assisté en quelques décennies à un saut qualitatif pour ce qui est des matériels et équipements destinés à recueillir, puis restituer du son. Si cela vous intéresse, je vous renvoie à mon article sur la fabuleuse expérience que j’ai vécue en 1978 lorsque je participai à l’enregistrement d’un disque vinyle 33 tours, dans le plus grand studio d’Europe, alors que j’avais tout juste 21 ans…

Aujourd’hui, je suis moi-même confronté, comme tout le monde, à la question de savoir comment je peux accompagner visuellement les publications de mes petites chansons du moment (dont on peut trouver une liste constamment actualisée sur lamailloux.com).

C'est ainsi que pour pouvoir « meubler » visuellement mes chansons quand je les diffuse sur YouTube, j’ai eu jusqu’alors recours à plusieurs techniques :

Les trois différentes manières dont j'ai procédé jusqu'à ce jour pour mes chansons…

  • Chanter directement devant la caméra (un tél portable en fait), en direct, en m’accompagnant à la guitare comme dans Martine, Les Mondes Virtuels, ou Ce jour-là je danserai (pour ce titre-là, mon ami Michel Melchionne avait bien voulu venir assurer « la deuxième guitare »…) ;
  • Alterner des vues du chanteur "en pleine action" (le plus souvent en playback) avec des captations vidéo effectuées par mes soins, comme dans Quand tu n'es pas là, La tigresse de Marseille (où on a un peu de mal à reconnaître mon visage comme vous pourrez le constater 🙂 ) ou Amoureux (ce dernier titre a fait l’objet d’un enregistrement vidéo plutôt acrobatique, utilisant la technique du clonage vidéo). En clair, on peut me voir jouer de trois instruments différents dans la même pièce, sur une même séquence si vous préférez...).

Mon tout premier clip animé

Et puis tout récemment, à l’occasion d’un titre un peu particulier (inspiré par un séjour à Marseille, en juin 2021…) je me suis dit que ça valait le coup de m’essayer à fabriquer une ou plusieurs petites animations vidéo bricolées par mes soins, au lieu d'utiliser des techniques de « remplissage » faciles, telles que le coup du diaporama ou du chanteur se produisant tout benoîtement en direct live face caméra dans le huis clos de sa salle de séjour 🙂 .

Cette fois-ci j'ai décidé qu'il y aurait autant de soin (et de temps) donné à l’image qu’au son, et pour moi c’est une première !

Ainsi, chaque seconde de ce clip vidéo est pensée pour illustrer la chanson, et ceci en utilisant plusieurs techniques complètement nouvelles pour moi, telles que la pixilation (dite aussi « Stop Motion », façon « Wallace & Gromit » si on veut) ou la rotoscopie (technique consistant à dessiner image par image sur une vidéo déjà existante, quitte à supprimer par la suite la prise de vue d’origine).

Vous avez donc là près de quatre minutes de vidéo dont chaque seconde a fait l’objet d’une heure de travail en moyenne, (exception faite de l’instrumental du milieu pur lequel j’ai inséré des vidéos d'archives libres de droit ou du domaine public). Voilà qui m’a pris le plus gros de mon temps pendant… une dizaine de journées !

Aujourd’hui je suis tout simplement content d’être parvenu au bout de cette tâche prométhéenne. Est-ce que le jeu en valait la chandelle ? Je vous laisse en juger par vous-même en vous rendant vers le lien ci-dessous.

Post-scriptum : Depuis la rédaction de cet article, je me suis essayé à un tout nouveau court-métrage d’animation, illustrant un conte philosophique cette fois-ci, le Conte de la Fourmi. Si le cœur vous en dit, c’est par ici que ça se passe

P.S. 2 : J'ai eu l'occasion de créer un clip entièrement réalisé en papier découpé pour illustrer une chanson. Si vous voulez voir ça, c'est ici que ça se passe...


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Le Petit Abécédaire...

"Un ouvrage bien documenté, écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui le fait avec clarté humour et éthique. Les exemples et les conseils sont judicieux et très utiles. Je le recommanderai avec plaisir.."

Josiane de Saint Paul

Quel livre ! Un travail de moine. D'une grande originalité. J'ai à peine commencé à le parcourir et, déjà, je le savoure. Je vais d'ailleurs continuer à le déguster lentement. Bravo !

Serge Marquis


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