Un nouveau-né ne sait presque rien. Quelques mois plus tard, il reconnaît les visages et il anticipe les gestes. Il devine même qu'une cuillère qui approche annonce quelque chose de bon. Comment a-t-il fait ?
D'abord, il est venu au monde avec un équipement de série, inscrit dans son ADN : téter, s'agripper, pleurer. Rien de tout cela ne s'apprend. Ensuite, ses parents lui ont désigné les choses en les commentant, "ça c'est bien", "ça, non". Il a fini par retenir la leçon. Par ailleurs il est tombé, et il s'est fait mal. Aucun adulte n'aurait su lui transmettre cet enseignement avec autant d'efficacité. Enfin, il a longuement regardé les autres faire, et il a recommencé après eux.
Quatre sources, donc, empilées les unes sur les autres. Chacune peut arriver quand la précédente a fait son travail.
Cette description de la façon dont un bébé apprend, vous vous attendez sans doute à la trouver dans un manuel de psychologie du développement. Or elle vient d'ailleurs, et de beaucoup plus loin : de la conclusion d'un cours d'informatique donné à Stanford.
Comme beaucoup, je croyais l'affaire entendue : l'origine du mot "spam" tient tout entière dans un sketch des Monty Python. Et c'est vrai, du moins en partie. Mais en tirant le fil, je suis tombé sur bien plus intéressant que cette anecdote.
Chaque matin, vous videz votre corbeille. Publicités, arnaques, offres miraculeuses. Pendant ce temps, dans le Minnesota, une entreprise vend toujours par millions une boîte de viande de porc. Elle porte exactement le même nom : SPAM. En outre, elle a passé trente ans à tenter de le récupérer. En fait, elle n'y est jamais parvenue.
Voilà l'histoire d'une marque qui n'a pas été banalisée. Après avoir été déposée, elle a été dépossédée.
Vous avez sans doute dit un jour, en désignant votre ordinateur : "j'ai chopé un virus". Moi aussi. Et, s'agissant d'un virus informatique, nous avions tort l'un et l'autre.
J'irai même plus loin. Jusqu'à une date récente, je croyais qu'un virus et un ver informatiques désignaient la même chose, l'un étant simplement un peu plus technique que l'autre. Or ce sont deux bêtes différentes, et la différence n'a rien d'un raffinement de spécialiste.
Après le bug, dont nous avons vu qu'il fut un fantôme avant d'être un insecte, voici donc lune nouvelle créature vivante du vocabulaire numérique. Celle-ci réserve pourtant un renversement d'un genre particulier. La métaphore n'est pas une image commode : c'est une définition. Et, comme souvent, c'est nous, utilisateurs, qui l'avons rendue floue.
Il y a des mots qu'on prononce cent fois sans jamais les regarder. "Bug" en fait partie. Un logiciel se fige, une application refuse de s'ouvrir, et le mot tombe tout seul, comme un constat d'huissier. Et pourtant, l'histoire du mot bug ne commence pas là où l'on croit.
Si vous connaissez l'histoire, c'est probablement celle-ci : En 1947, une phalène se coince dans un relais d'un calculateur de Harvard. On la retire, on la scotche dans le carnet de bord, et le mot est né. L'anecdote est ravissante. Elle a en outre l'avantage, plutôt rare en la matière, d'être vraie.
Elle a aussi un léger défaut : elle raconte à peu près le contraire de ce qu'on lui fait dire.
Dans cette série d'articles consacrés aux mots du numérique,, nous avons déjà vu la flèche du prompt s'inverser, puis débusqué l'homme caché dans le mot algorithme. Nous avons ensuite constaté que le Wi-Fi ne signifiait rigoureusement rien, et suivi le hash dans son travail de l'ombre. Le mot "bug", lui, ne cache pas un secret : il en cache trois, empilés comme des couches géologiques. Et tout au fond, il n'y a pas d'insecte du tout.
Au moment où j'écris ces lignes, la France vient de quitter la Coupe du monde aux portes de la finale. Des millions de supporters francophones ruminent leur déception — enfin, presque tous. Car il faut bien mesurer l'ampleur du phénomène. Cette édition 2026 réunissait 48 équipes : à l'arrivée, il y aura un heureux et 47 déçus. Faut-il fuir la compétition, comme le recommandait sans détour le généticien et humaniste Albert Jacquard ? Ou bien la question mérite-t-elle, comme souvent, une réponse moins tranchée ? Pour le savoir, je vous propose un petit détour… par un verre de bière.
Vous avez sûrement déjà cliqué sur "mot de passe oublié". Le geste est presque un réflexe, tant il est fréquent. Mais avez-vous remarqué qu'aucun site sérieux ne vous renvoie jamais votre mot de passe ? Systématiquement, on vous propose d'en créer un nouveau. Jamais de rappel, jamais de "tiens, le voici".
La raison est plus vertigineuse qu'il n'y paraît : le site ne connaît pas votre mot de passe. Il ne l'a jamais stocké. Il ne peut tout simplement pas vous le renvoyer, quand bien même il le voudrait.
L'algorithme de recommandation de YouTube ne sait pas toujours ce qu'il fait, mais il lui arrive, parfois, de très bien faire son travail. J'étais venu sur la plateforme pour tout autre chose lorsqu'une vignette a accroché mon regard : "IA et Neurosciences : vraie utilité ?", une intervention d'Albert Moukheiber lors de la conférence EmilIA #6. Oui, les algorithmes traquent notre navigation pour nous proposer des contenus ciblés — et sur ce coup-là, je m'en réjouis plutôt qu'autre chose. Ce que je ne savais pas encore, c'est que ce visionnage allait se transformer en petit exercice pratique de vigilance épistémique 1 appliquée aux IA.
Ce qui a attiré mon attention
Pourquoi mon œil a-t-il "frisé" sur ce titre précis, au milieu de tant d'autres vignettes qui se disputent l'attention ? Parce que j'ai, à l'égard d'Albert Moukheiber, un a priori déjà solidement installé : celui d'un homme à la fois compétent et doué d'un art de la vulgarisation qui ne sacrifie jamais la rigueur à l'effet. J'ai donc cliqué avec confiance — et, comme vous allez le voir, cette confiance méritait d'être questionnée sans pour autant être démentie.
La franchise est le moyen le plus déguisé d'être malveillant à coup sûr.
Henry Bataille, Poliche, 1906
Il existe une petite phrase que vous avez sans doute déjà entendue, prononcée avec une tranquille assurance : "Moi, au moins, je suis franc(he), je dis les choses. Le positif comme le négatif." Elle sonne comme une profession de vertu, souvent accompagnée d'un sourire un peu supérieur — comme si dire les choses suffisait, à lui seul, à s'exonérer de leur impact sur celui qui les reçoit.
Il y a là, me semble-t-il, l'art consommé de la fausse franchise — une imposture intellectuelle qu'Henry Bataille avait déjà repérée, en 1906, dans sa pièce Poliche : la citation ci-dessus n'a pas pris une ride. J'avais d'ailleurs effleuré ce sujet, à la marge, dans un précédent article sur les mots qui rassurent. Cette fois, j'aimerais y aller franchement (c'est le cas de le dire).
Chaque jour, sans même y penser, vous vous y connectez. Au café, à l'hôtel, dans le train, le petit logo en éventail vous fait un clin d'œil, et vous voilà relié au monde entier. Mais vous êtes-vous déjà demandé quelle était la véritable signification du Wi-Fi ?
Dans cette série consacrée à la vie secrète des mots du numérique, nous avons d'abord vu la flèche du prompt s'inverser, puis débusqué l'homme caché dans le mot algorithme. Le Wi-Fi, lui, nous réserve une surprise d'un tout autre genre. Car son secret, justement, c'est qu'il n'en a aucun. Sa fameuse signification a été inventée de toutes pièces — d'abord par ceux qui l'ont baptisé, puis par nous tous, à force de la répéter.
La plupart des gens vous le diront sans hésiter : Wi-Fi, cela voudrait dire "Wireless Fidelity", la fidélité sans fil. Eh bien non. Et l'histoire de ce malentendu planétaire en dit long sur notre irrésistible besoin de donner du sens à tout prix.
Chaque fois que revient la Coupe du monde, je retombe sur le même petit mystère, posé là au milieu du tableau des matchs : la phase de poules. Pourquoi diable des poules dans un tournoi de football ? L'image est cocasse, et l'on imagine assez mal onze gallinacés en crampons. Pourtant le mot est partout : poule A, poule B, la fameuse "poule de la mort".
La réponse qui circule partout semble limpide. Elle est pourtant probablement fausse. Car la vraie origine du mot poule mêle des chevaux, une volaille, un malentendu franco-anglais et une poule qui porte, sans le savoir, un nom de bébé. Suivez le fil.
Il y a quelques années — disons quelques décennies, pour être honnête — je passais du temps à personnaliser mon invite de commande DOS. PROMPT $P$G, et le tour était joué : mon écran affichait fièrement C:\DOS> au lieu du banal C:\>. Un détail futile, peut-être. Mais pour certains d'entre nous, c'était une forme d'art à part entière.
À l'époque, on appelait ça le prompt. Et aujourd'hui, on appelle aussi ça le prompt — cette instruction qu'on donne à une IA pour lui demander d'écrire, de résumer, de traduire, ou de composer une chanson sur Tartarin de Tarascon. Même mot. Même orthographe. Mais quelque chose a changé, fondamentalement.
Est-ce que ce tweet tient en 280 signes ? Combien de caractères dans cette méta-description ? Votre description YouTube dépasse-t-elle les 5 000 caractères ? Si vous vous posez régulièrement ces questions, vous avez besoin d'un compteur de texte. En voici un — gratuit, en ligne, sans inscription ni installation : lamailloux.com/compteur.php.
Cet outil est né d'un besoin concret. Il y a quelques années, j'utilisais un petit service en ligne baptisé Eddtor, qui permettait de compter caractères et mots en temps réel dans une zone de saisie. Simple, rapide, sans fioritures. Puis il a disparu. Depuis, j'avais bricolé des solutions de fortune — copier-coller dans Word, comptage à la main, utiliser des extensions de navigateur… Rien de satisfaisant. J'ai donc demandé à Claude (Anthropic) de m'en créer un sur mesure. Le résultat est cette page autonome, hébergée sur mon serveur.
Ce que fait le compteur
La page s'ouvre sur une grande zone de saisie — une vingtaine de lignes, redimensionnable à la souris. Vous tapez ou collez votre texte, et quatre compteurs se mettent à jour instantanément :
Caractères bruts — espaces compris ;
Caractères sans espaces — utile pour certaines règles typographiques ;
Mots — comptés selon les séparateurs standards ;
Lignes — pratique pour les formats à saut de ligne imposé.
Les barres de progression
C'est là que l'outil devient vraiment pratique au quotidien. Quatre barres de progression affichent visuellement où vous en êtes par rapport à des seuils prédéfinis ou personnalisables.
Trois seuils fixes…
Les trois premiers correspondent à des limites que tout rédacteur web rencontre tôt ou tard :
Twitter / 𝕏 — 280 caractères. La barre vire au rouge dès que vous approchez de la limite. Fini le décompte mental ;
Méta-description SEO — 160 caractères. Le seuil retenu par la plupart des plugins SEO dont Yoast ;
Description YouTube — 5 000 caractères. Rarement atteint, mais pratique à surveiller pour les descriptions longues.
… et un seuil personnalisable
La quatrième barre accepte n'importe quel seuil que vous définissez vous-même. Vous rédigez des posts LinkedIn limités à 700 caractères ? Des SMS de 160 signes ? Entrez votre valeur, la barre s'adapte. C'est l'option qui transforme le compteur en outil polyvalent.
Copier, coller, effacer
Trois boutons complètent l'interface :
Copier — copie le contenu de la zone dans le presse-papiers ;
Coller — colle le contenu du presse-papiers dans la zone ;
Effacer — remet la zone à zéro.
Rien de spectaculaire, mais ces trois boutons évitent les allers-retours constants entre le compteur et l'application dans laquelle vous rédigez.
Une page autonome — et c'est voulu
Il n'y a rien à télécharger, rien à installer, aucun compte à créer. La page est publique et restera disponible tant que ce site existera.
Collaborer avec une IA pour créer des outils pratiques
Ce petit compteur illustre bien ce que la collaboration humain-IA rend possible : un outil taillé sur mesure pour un besoin précis, sans passer par un développeur, sans budget, et en quelques échanges seulement. J'avais une idée claire de ce que je voulais — une zone de saisie généreuse, des compteurs en temps réel, des barres de progression colorées — et Claude a produit le code correspondant, en PHP et CSS, prêt à déposer sur le serveur.
Le cartouche en bas de page l'atteste d'ailleurs sobrement : "Réalisé par Claude (Anthropic) à la demande de Bernard Lamailloux." C'est une habitude que j'ai prise : mentionner explicitement cette co-création, parce qu'elle me semble honnête vis-à-vis du lecteur — et parce qu'elle témoigne d'une façon de travailler que je défends.
Si vous le trouvez utile, mettez-le en favori — il n'y a rien d'autre à faire.
Et si vous avez des suggestions d'amélioration — un seuil supplémentaire, une fonctionnalité manquante, une interface différente — les commentaires sont ouverts.
UTILISATION DE L'IA
L'élaboration de cet article a bénéficié d'un processus créatif hybride alliant l'expertise humaine et les capacités d'une intelligence artificielle, qui m'a épaulé dans les tâches de recherche, de rédaction et de peaufinage.
Daudet ne pouvait pas s'en empêcher : dès qu'il avait à camper un personnage du Midi, il lui prêtait "de la sève et de la lumière", et dès qu'il croisait un personnage du Nord, il le soupçonnait de méthode froide et de calcul secret. Dans Port-Tarascon, il met dans la bouche d'un avocat une distinction restée célèbre : le brodeur du Midi serait "ivre de sève et de lumière", tandis que le menteur du Nord serait "sans joie ni spontanéité", avec en plus "un but, une visée scélérate". La formule fait sourire. Elle pose surtout, en quelques mots, toute une cartographie des tempéraments français qui mériterait d'être examinée d'un peu plus près.
Cette cartographie, vous la connaissez aussi bien que moi. Le Méridional y est flamboyant, démonstratif, exagérateur, généreux mais peu fiable. Le Septentrional y est rigoureux, taiseux, méthodique, fiable mais un peu raide. Tout le monde a entendu ces clichés. Beaucoup s'en accommodent. Certains s'en réclament avec fierté. D'autres en souffrent en silence. Et personne, ou presque, ne se demande d'où ils viennent.
Aborder les stratégies tragiques n'oblige pas à verser dans la tragédie. Sous ce nom un peu solennel se cache un mécanisme universel, qui peut tout aussi bien produire de grandes douleurs que de franches rigolades — parfois les deux à la fois. La preuve par un personnage qui, depuis 1872, a réussi à faire rire des générations entières tout en illustrant avec une précision presque clinique la mécanique des stratégies qui se retournent contre elles-mêmes.
Au nom de quoi le rire empêcherait-il la réflexion ? Et au nom de quoi la réflexion devrait-elle se priver du rire ? Le génie d'Alphonse Daudet, dans son cycle de Tartarin, est précisément d'avoir tenu les deux bouts en même temps. Suivons-le un instant.
Comment fabrique-t-on une animation vidéo d'escargots bretons avec l'aide des intelligences artificielles ? Voici les coulisses, les chiffres vertigineux, les heureux hasards et les bourdes savoureuses qui ont jalonné cinq semaines de production artisanale.
Il y a quelques semaines, je vous racontais ici-même la genèse de "Une Maison-Artichaut sur la plage", ce court métrage d'animation où une famille d'escargots part visiter la maison de leurs rêves. Aujourd'hui, j'aimerais entrouvrir la porte de l'atelier et vous montrer ce qui s'est passé en coulisses. Parce qu'entre l'idée initiale et le clip final, il y a eu… disons que cela mérite quelques explications.
Il y a longtemps que je m'interroge sur ce qu'est vraiment la "relation d'aide", et sur toutes les réalités, parfois surprenantes, que cette expression recouvre. À première vue, elle évoque le psychothérapeute en cabinet, ou peut-être l'assistant social en entretien. Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit vite que la relation d'aide se faufile dans des recoins beaucoup plus inattendus de nos vies.
Quelques exemples…
Donnons-en quelques exemples : le médecin de famille qui prend le temps d'écouter avant de prescrire, le coach sportif qui adapte sa séance à l'humeur de son élève, le coiffeur dont les clientes savent qu'il les écoute autant qu'il leur coupe les cheveux, le libraire qui devine que vous cherchez bien autre chose qu'un roman, le professeur qui voit qu'un élève va mal et lui consacre cinq minutes à la sortie du cours, le voisin de bistrot qui sent que vous n'allez pas y arriver tout seul ce soir, le bénévole d'une ligne d'écoute téléphonique, le pharmacien qui repère un signal et oriente vers le bon spécialiste, le chauffeur de taxi qui devient confident le temps d'un trajet de nuit, le médiateur familial dans une séparation difficile, le formateur qui "sent" que son auditoire est en train de décrocher et qui ajuste à la volée…
Tous ces gens font de la relation d'aide. Et pourtant, aucun d'eux ne se ressemble vraiment. Leurs outils, leur posture, leur formation, leurs limites diffèrent considérablement.
Vous avez entendu parler du cerveau gauche et du cerveau droit ? Du cerveau reptilien ? De la dopamine qui "expliquerait" vos addictions ? De la neuroplasticité qui vous permettrait de "vous recâbler" ? Ces affirmations circulent partout — sur les réseaux sociaux, dans les livres de développement personnel, dans les cabinets médicaux. Elles ont l'air sérieuses. pourtant, elles sont fausses.
Un matin ordinaire, vous ouvrez votre boîte mail et vous trouvez… un message de vous-même. Votre nom, votre adresse, et une proposition d'échange de liens. Un mauvais rêve… mais en réalité un phénomène très répandu — et parfaitement évitable. Ce désagrément m'est arrivé. Ce que je ne savais pas encore, c'est que la source du problème était mon propre formulaire de contact WordPress.
C'est une histoire d'escargots, de papier mâché, de laine feutrée… et d'intelligence artificielle. Aussi, après cinq semaines de production intensive, le film d'animation "Une maison-artichaut sur la plage" est enfin disponible sur YouTube.
Un ami québécois m'a raconté un jour deux choses qui m'ont durablement intrigué. Pourquoi les Québécois résistent-ils aussi farouchement aux anglicismes ? Et pourquoi leurs jurons les plus forts consistent-ils à nommer des objets d'église ? Il s'est trouvé que cette double question avait une seule et même réponse : l'histoire.
La question revient régulièrement, souvent dans un murmure gêné, comme si poser la question suffisait à se rendre coupable. Permettons-nous de la poser franchement — et d'y répondre avec la même franchise.
📽️ Vous êtes pressé ? La vidéo ci-dessous résume tout l'article — avec voix off et diaporama, façon podcast. Vous pouvez la lancer maintenant et revenir lire à tête reposée.
Si vous aimez les livres, vous avez sans doute déjà entendu parler de Shaun Bythell. Dans son best-seller international, Le libraire de Wigton (titre original : The Diary of a Bookseller), cet homme au ton sardonique et à l'humour très britannique raconte son quotidien à la tête de la plus grande librairie d'occasion d'Écosse. À travers ses anecdotes sur les clients excentriques et les défis du métier — qu'il poursuit dans Petit traité du lecteur — Bythell a placé le petit village de Wigtown sur la carte mondiale de la bibliophilie. Mais saviez-vous qu'au-delà de la lecture, ce village propose une expérience encore plus immersive ?
La forme chanson a quelque chose de bien particulier et de bien spécifique.
Il peut s'agir d'un texte que quelqu'un a mis en musique, ou bien d'un petit air sur lequel quelqu'un a greffé un texte.
C'est ce qui en fait un genre, quelque part, hybride. D'aucuns franchiront allègrement le pas pour aller jusqu'à "mineur".
Ainsi, certaines chansons me marquent par la musique. Je me souviens très bien, par exemple, d'avoir été complètement séduit, dans ma jeunesse, par une chanson interprétée par Mireille Mathieu. Mireille Mathieu, c'était le repoussoir absolu pour les jeunes de ma génération. Les anciens l'adoraient, et les jeunes pas du tout.
Et un jour, dans la cour de récréation j'ai fait rire tout le monde en déclarant que la toute dernière chanson de Mireille Mathieu était géniale. Et je le pensais. Quelques années plus tard, tout le monde s'extasiait sur la version originale. Il s'agissait de "Only You" interprété par les Flying Pickets. Et bien entendu cette pauvre Mireille Mathieu n'y était pour rien. N'empêche, j'ai été rétrospectivement fier de me fier à mon oreille, même quand elle allait à l'encontre de mes préjugés.
Tout le monde connaît la première moitié de l'histoire : le leader qui perd pied, l'ivresse du pouvoir, la mégalomanie… Mais l'autre moitié — celle de l'entourage qui, consciemment ou non, alimente le processus — reste curieusement dans l'ombre. Et si, pour une fois, on décryptait les deux ensemble ?
Il m'est arrivé récemment une expérience troublante avec Claude, l'IA conversationnelle d'Anthropic. Suffisamment troublante pour que j'aie envie de la partager ici, dans le cadre de cette série consacrée aux capacités souvent méconnues (ou mésestimées) des intelligences artificielles.
Adapter une nouvelle de Philippe Claudel en animation stop motion, avec des figurines cousues main et une poignée d'intelligences artificielles… Voici le récit d'une aventure créative où l'artisanat rencontre la technologie. Et où les plus beaux moments naissent souvent des hasards accidentels.
Vous formez des adultes et vous cherchez des techniques éprouvées pour rendre vos sessions plus efficaces, plus engageantes, et surtout plus mémorables ? Je viens de rassembler quatre outils pédagogiques que j'utilise depuis des années et qui fonctionnent à tous les coups, quel que soit le public ou le sujet traité.
Ces techniques ne sont pas de la théorie : elles viennent de ma pratique terrain auprès de milliers d'apprenants. Elles sont simples à mettre en œuvre, ne nécessitent aucun matériel sophistiqué, et produisent des résultats immédiats. Je les ai regroupées dans un cours complet, disponible gratuitement, qui vous permettra de les découvrir en détail et de les intégrer dès votre prochaine formation.
Je ne suis pas économiste. Loin de là. Mais dimanche dernier, en écoutant distraitement France Culture pendant que je préparais le déjeuner, une intervention m'a fait dresser l'oreille. Jean-Marc Daniel, professeur à l'ESCP, présentait un concept que je ne connaissais pas : "le triangle d'incompatibilité de Dani Rodrik".
L'idée m'a immédiatement intrigué. Comment un simple triangle peut-il expliquer les tensions politiques et économiques qui agitent nos sociétés ? Pourquoi Trump choisit-il le protectionnisme ? Pourquoi l'Europe peine-t-elle à défendre ses intérêts nationaux ? Pourquoi la Chine fonctionne-t-elle ainsi ?
Curieux d'en apprendre davantage, j'ai consulté l'article Wikipédia consacré à ce sujet, puis rassemblé mes notes. Et je me suis dit que cela méritait d'être partagé, car ce cadre d'analyse éclaire remarquablement bien les choix auxquels sont confrontées nos sociétés.
Il y a quelques jours, un ami musicien me lance au détour d'une conversation : "Au fait, tu connais la méthode de Denys Parsons ?" Aveu d'ignorance de ma part. "C'est un système pour coder les mélodies, ultra simple : juste trois lettres pour dire si ça monte, si ça descend ou si ça reste pareil."
Intrigué, je me suis documenté. Et là, surprise : cette découverte a réveillé un vieux souvenir enfoui depuis plus de quarante ans. Une visite au siège de la SACEM, en 1980, où l'on m'avait montré un système de classification des œuvres musicales qui m'avait fasciné à l'époque. Des fiches cartonnées, des codes mystérieux, des inspecteurs en gabardine munis de carnets minuscules… Bref, tout un folklore analogique que la génération Shazam aura du mal à imaginer !
Retour sur ces systèmes ingénieux qui permettaient, bien avant l'ère numérique, d'identifier et de protéger les créations musicales.
Une dame de mon entourage m'a récemment raconté une scène de parking qui, au-delà de son caractère cocasse, ouvre des pistes de réflexion étonnamment riches.
La scène se passe près d'un marché. Cette dame est garée et s'apprête à quitter sa place de parking. À sa gauche, une voiture dont le conducteur attend visiblement qu'elle parte. À sa droite, même scénario : un autre conducteur, même intention. Chacun a parfaitement compris que l'autre veut prendre la place, et chacun s'est rapproché au maximum, bien décidé à brûler la politesse à son concurrent.
Le problème ? Ils sont l'un et l'autre arrêtés si près de la voiture qu'ils empêchent totalement sa sortie. L'impasse est complète.
Avez-vous déjà remarqué ce phénomène étrange : vous jetez un coup d'œil à une horloge analogique, et pendant une fraction de seconde, l'aiguille des secondes semble figée, comme si le temps s'était arrêté ? Puis elle reprend sa course normale, et vous vous demandez si vous n'avez pas rêvé.
Ce n'est pas votre imagination. C'est une illusion perceptive fascinante appelée "l'illusion de l'horloge arrêtée", et elle révèle quelque chose de profondément surprenant sur la façon dont notre cerveau construit notre expérience visuelle de la réalité.
Ce phénomène porte un nom scientifique : la chronostase. Et pour comprendre pourquoi il se produit, nous devons plonger dans un mécanisme neurologique encore plus étonnant : la suppression saccadique et le remplissage rétroactif.
Pour celles et ceux qui me connaissent un peu, l'humour est évident. Un musicien-formateur retraité qui tient un blog hétéroclite et qui se présente sous les atours d'une multinationale pompeusissime… Il fallait oser. J'ai osé.
Un dialogue avec Claude pour comprendre l'ultracrépidarianisme artificiel
INTRODUCTION
Depuis que je documente l'usage des intelligences artificielles génératives, une question revient sans cesse : "Pourquoi les IA peuvent-elles affirmer des choses complètement fausses avec autant d'assurance ?"
Plutôt que de vous servir une explication de seconde main, j'ai décidé de faire quelque chose d'un peu différent : interroger directement Claude, l'IA avec laquelle je travaille quotidiennement depuis des mois.
Visage découvert, donc. Quand Claude parle dans cet article, c'est bien lui qui parle. Quand j'interviens, c'est moi. Pas de "je vous explique ce que j'ai découvert" alors que c'est l'IA qui m'a tout expliqué. Juste un dialogue authentique.
L'intelligence artificielle n'en finit pas de nous surprendre. Mais cette fois-ci, Google vient de franchir un cap qui pourrait bien redéfinir notre rapport même à Internet. Avec la "Vue dynamique" de Gemini, le géant de Mountain View ne se contente plus de répondre à vos questions : il crée des sites web complets, à la volée, spécialement pour vous. Une prouesse technologique fascinante. Une révolution annoncée. Et peut-être le début de la fin pour des millions de sites web existants.
Le curé de la paroisse de Santo Pietro (et de 9 autres paroisses environnantes), en Corse, était en mal de véhicule automobile pour assurer l’ensemble de ses offices dans la montagne Corse. Il eut alors une idée de génie : Dans un premier temps il se rendit chez le concessionnaire Fiat le plus proche, où il fit installer une sorte de tirelire. Ensuite il en informa bien scrupuleusement tous ses paroissiens lors de ses messes, au moment des homélies. Le système fonctionna à merveille puisque la somme escomptée fut bientôt atteinte et que depuis lors notre brave ecclésiastique arpente fièrement les routes de montagnes au volant de son automobile flambant neuve. Financement participatif à la mode paroissienne corse… Ce petit miracle est-il en passe d’être homologué par les autorités sacerdotales ? Et pourquoi Fiat, précisément ? L’histoire ne le dit pas…
En 2020, je vous proposais une vidéo pédagogique sur la communication interpersonnelle. J'y décortiquais le processus fascinant qui se joue lors d'un simple dialogue entre deux personnes : Alain et Basile, deux personnages que j'avais inventés pour l'occasion, échangeaient face à face, et nous découvrions ensemble tous les mécanismes à l'œuvre. Les intentions, les filtres, les bruits, les malentendus… Bref, tout ce qui fait qu'entre ce qu'on pense et ce que l'autre comprend, il peut se passer énormément de choses.
Aujourd'hui, cinq ans plus tard, je vous propose de revisiter ce modèle. Mais cette fois-ci, nous n'allons pas analyser un dialogue entre deux humains. Non, nous allons explorer ce qui se passe quand vous dialoguez avec une intelligence artificielle.
Ce conte, je l'ai écrit en 1978. J'étais étudiant à Paris, et je vivais à la résidence universitaire Jean-Zay d'Antony. Elle est connue de tous les Parisiens sous le nom de "cité U de la Croix de Berny".
Pour ceux qui ne la connaissent pas : c'était un monde à part entière. L'une des plus grandes résidences universitaires d'Europe, avec ses 1 580 chambres individuelles, ses espaces communs, sa bibliothèque...
Sans compter sa salle de spectacle, son complexe sportif — et ses fameux groupes d'études. Il s'agissait d'e salles 'espaces de travail animés bénévolement par des étudiants. Qui initiaient leurs voisins de palier à leur propre discipline. Une sorte d'université parallèle et informelle, fondée sur l'échange plutôt que sur la hiérarchie. Passionnant, pour un étudiant en linguistique de vingt ans.
La résidence accueillait des étudiants du monde entier, avec au plus fort de son activité près de 50 nationalités différentes. C'est dans ce contexte un peu utopique — et aujourd'hui disparu, les bâtiments ayant été démolis au fil des années — que j'ai écrit ce petit conte de Noël. Pourquoi un conte ? Je n'en sais trop rien. Sans doute parce que Noël approchait, que ma chambre était petite et que j'avais l'imagination vagabonde.
Je vous le livre tel quel, sans retouches.
Il était une fois un petit garçon très sage qui habitait une petite maison tout au fond de la forêt, avec son papa qui était bûcheron.
Ils menaient tous les deux une existence bien paisible : le matin, ils partaient se promener dans les bois et le soir, au coin du feu, le bûcheron apprenait la lecture et l'arithmétique à son petit garçon.
Par un beau soir de Noël, ils décidèrent de préparer tous les deux un vrai repas de réveillon, avec une dinde aux marrons, et une tarte aux myrtilles. Ils rirent beaucoup pendant le souper. Il y avait des guirlandes partout, et dans la crèche, la Sainte Vierge semblait les regarder manger en souriant.
Après le repas, le petit garçon embrassa son père et partit se coucher. Dans sa chambre il se déshabilla, rangea soigneusement ses vêtements, mit son pyjama, et se glissa entre ses draps après avoir éteint la lumière (c'était un petit bonhomme très courageux qui n'avait pas peur du noir). Mais ce soir-là, il ne parvenait pas à s'endormir : Mille pensées tourbillonnaient dans sa tête… il avait été très sage, et il connaissait maintenant la table de multiplication par sept vraiment par cœur, jusqu'à sept fois huit ! Oh oui, le Père Noël allait sûrement venir lui apporter de beaux jouets !
À minuit, il n'y tint plus. Il ne pouvait plus attendre. Il se leva sans un bruit, ouvrit la porte de sa chambre avec mille précautions, se dirigea vers la cheminée ou quelques rondins rougeoyaient encore, se tapit dans un coin d'ombre derrière le grand fauteuil, et attendit. Tout à coup la porte d'entrée s'ouvrit toute grande, et quelle ne fut pas la surprise de notre petit bonhomme de voir arriver… son papa !
Oui, c'était bien son papa qui refermait doucement la lourde porte, et traversait la pièce sur la pointe des pieds comme un cambrioleur. Lorsqu'il arriva devant le sapin, le bûcheron sortit prestement quelque chose des pans de son grand manteau : c'était un magnifique voilier […] et un jeu de construction en bois, que le brave homme avait confectionnés lui-même.
Lorsqu'il vit son père déposer les jouets près de la cheminée, le petit garçon sortit brusquement de sa cachette. "Je t'ai vu, je t'ai vu, s'écria-t-il, c'est toi qui as mis les jouets devant la cheminée, c'est pas le Père Noël !"
Il se tenait et au milieu de la pièce, bien campé sur ses deux jambes, ses deux petits poings fermement plantés sur ses hanches. Visiblement, il avait l'impression d'avoir été trompé, et son regard était lourd de reproches.
Le pauvre homme était consterné. Il y eut deux ou trois secondes de silence, le bûcheron ne savait que dire. Dans l'âtre, une bûche achevait de rendre l'âme dans un craquement sourd.
Et puis soudain le visage de l'homme s'éclaira, et un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il s'accroupit près de son petit, caressa la petite tête blonde de sa large main calleuse, et répondit avec douceur : " Peut-être… mais c'est lui qui m'a dit de les mettre !"
Quarante-cinq ans ont passé depuis que j'ai écrit cette scène. Et chaque fois que je la relis, je retrouve intacte la question qu'elle pose — discrètement, sans en avoir l'air.
Le bûcheron ment-il à son fils ? Oui, techniquement. Mais son mensonge est d'une nature si particulière qu'on hésite à lui donner ce nom. Il ne trompe pas pour se protéger, ni pour manipuler. Il ment pour préserver quelque chose — la magie, l'émerveillement, cette capacité de l'enfance à habiter un monde où les impossibles sont encore possibles.
"Peut-être… mais c'est lui qui m'a dit de les mettre !"
Cette réplique finale m'a toujours semblé contenir une sagesse tranquille. Et elle soulève une question que l'on n'examine pas assez : un mensonge bienveillant est-il encore vraiment un mensonge ? De la même façon, une manipulation exercée au service du bien de l'autre mérite-t-elle encore ce nom ? Dans les deux cas, ce qui change tout — ce qui transforme radicalement la nature de l'acte — ce ne sont pas les mots ni les gestes, ce sont les valeurs qui les sous-tendent. (Je suis revenu sur ce point dans un autre article, car il me semble central et trop souvent négligé.)
Le Père Noël n'est peut-être pas réel au sens où une table ou une hache sont réelles — mais l'amour d'un père qui fabrique des jouets de ses mains calleuses, lui, l'est doublement. C'est peut-être ça, au fond, ce que font les adultes qui n'ont pas tout à fait oublié d'être des enfants : ils maintiennent vivant, le plus longtemps possible, le feu qui éclaire.
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La question des IA est devenue une tarte à la crème. Chaque jour, chacun y va de son petit couplet, de son point de vue (parfois impérieux) sur la question. Faut-il en avoir peur ? Faut-il l'adopter les yeux fermés ? Entre les prophètes de l'apocalypse et les techno-enthousiastes béats, difficile d'y voir clair.
Pour ma part, j'ai eu une idée un peu différente : plutôt que d'analyser l'IA de l'extérieur, pourquoi ne pas lui demander comment elle nous voit, de son côté ? Comment perçoit-elle nos réactions, nos craintes, nos stratégies face à son arrivée dans nos vies professionnelles ?
Il y a quelques semaines, en discutant avec Claude (mon assistant IA favori), nous avons reconstitué un mini-dialogue. Ma question s'était perdue dans les méandres numériques, mais sa réponse restait pertinente. Nous avons donc inventé ma question pour redonner du sens à l'échange.
À proprement parler, il s'agissait d'une légère entorse à la réalité. Pourtant, cette petite manipulation était non seulement utile, mais nécessaire pour préserver la cohérence pédagogique du propos.
Cet incident m'a rappelé une question qui traverse toute ma carrière de formateur : un pédagogue a-t-il parfois le droit de mentir ?
Imaginez une table ronde réunissant un exorciste, un hypnothérapeute, un médecin spécialiste de l'effet placebo, un moine bouddhiste, un psychanalyste et... une intelligence artificielle. Chacun défend sa pratique. Chacun peut témoigner de résultats concrets. Et chacun serait bien en peine d'expliquer exactement comment ça fonctionne.
Bienvenue dans le club très fermé des «pratiques qui marchent sans qu'on sache vraiment pourquoi».
Et si la valeur d'une idée se mesurait non pas à sa beauté intellectuelle, mais à ses effets concrets dans votre vie ?
Vous n'avez peut-être jamais entendu parler de William James. Et pourtant, ce philosophe américain du XIXe siècle a posé une question qui pourrait bien changer votre façon de voir les choses : « Est-ce que ça marche ? »
Il y a une trentaine d'années, j'ai franchi le pas : plutôt qu'un piano acoustique, j'ai acheté un Clavinova, l'un de ces pianos numériques d'appartement qui commençaient à envahir le marché. Pour moi, les avantages étaient évidents. Le son reproduisait plutôt bien celui d'un piano à queue (et même de quelques autres instruments). Le toucher me semblait réaliste et agréable. Et surtout – argument imparable pour quelqu'un qui déteste les corvées récurrentes – pas besoin de faire venir l'accordeur deux fois par an.
Quand on a inventé l’écriture, on ne s’est pas arrêté de parler ; quand on a inventé l’imprimerie, on ne s’est pas arrêté d’écrire ; quand on a inventé l’ordinateur, on ne s’est pas arrêté d’imprimer, on a même tous une imprimante à la maison. La machine à vapeur n’a pas arrêté la voile […]. Les progrès ne sont pas forcément des coupures, ce sont des accumulations. [Michel Serres, en 2015, à propos de sa vision du progrès.]
Une nouvelle technologie débarque, et avec elle son cortège de craintes, de prophéties apocalyptiques et de mises en garde solennelles. Ce scénario vous semble familier ? C'est normal : il se répète depuis la nuit des temps.
L'imprimerie allait détruire la mémoire et corrompre les esprits. L'électricité allait nous rendre fous. La télévision transformerait nos enfants en légumes. Internet signerait la fin de toute vie sociale authentique. Et aujourd'hui, ce sont les IA génératives — ce que le grand public appelle simplement "ChatGPT" — qui cristallisent les inquiétudes.
Il arrive que certaines chansons prennent, des années après leur création, une résonance inattendue. C’est le cas de L’assassin est toujours le jardinier, écrite et composée par Frédérik Mey — une ballade pleine d’humour noir et de second degré, que j’ai eu grand plaisir à arranger et interpréter récemment.
Cette chanson, derrière sa légèreté apparente, joue avec les codes du polar : manoirs anglais, majordomes suspects, châteaux brumeux, crimes raffinés et un coupable récurrent — le jardinier. Tout y est, jusqu’à la chute malicieuse qui vient tout remettre en question. 🌿🎹
Les humains adoptent systématiquement des comportements qui produisent l'exact opposé de leurs objectifs, non pas par désir de s'autodétruire, mais à travers trois mécanismes principaux : les compromis temporels (sacrifier le long terme pour le court terme), les stratégies contre-productives (erreurs de jugement sur cause-effet), et les processus ironiques (l'effort même de contrôle crée le problème).
Les stratégies tragiques sont ces comportements paradoxaux où nos tentatives de résoudre un problème l'aggravent systématiquement. L'insomniaque qui "essaie de dormir" et aggrave son insomnie. La personne anxieuse qui évite les situations sociales et renforce son anxiété. Le perfectionniste qui procrastine par peur de l'échec… et échoue.
Mais voici la question la plus troublante : pourquoi continuons-nous à les utiliser même quand nous savons qu'elles ne fonctionnent pas ?
Cet article fait partie d'un dossier consacré aux stratégies tragiques – ces comportements où nos tentatives de résoudre un problème aggravent paradoxalement la situation.
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Les stratégies tragiques sont des schémas comportementaux où l'action rationnelle produit l'inverse du résultat recherché
Des mécanismes psychologiques (renforcement négatif, biais cognitifs, prophéties autoréalisatrices) et des profils comportementaux (drivers) les alimentent et les rendent particulièrement résistantes au changement
Cette étude de cas applique ces concepts à un domaine particulièrement complexe : les relations marquées par la violence conjugale
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