Le bûcheron et son petit
Un conte que j'ai écrit il y a bien longtemps (1978, me semble-t-il...).
Il était une fois un petit garçon très sage qui habitait une petite maison tout au fond de la forêt, avec son papa qui était bûcheron.
Ils menaient tous les deux une existence bien paisible : le matin, ils partaient se promener dans les bois et le soir, au coin du feu, le bûcheron apprenait la lecture et l'arithmétique à son petit garçon.
Par un beau soir de Noël, ils décidèrent de préparer tous les deux un vrai repas de réveillon, avec une dinde aux marrons, et une tarte aux myrtilles. Ils rirent beaucoup pendant le souper. Il y avait des guirlandes partout, et dans la crèche, la Sainte Vierge semblait les regarder manger en souriant.
Après le repas, le petit garçon embrassa son père et partit se coucher. Dans sa chambre il se déshabilla, rangea soigneusement ses vêtements, mit son pyjama, et se glissa entre ses draps après avoir éteint la lumière (c'était un petit bonhomme très courageux qui n'avait pas peur du noir). Mais ce soir-là, il ne parvenait pas à s'endormir : Mille pensées tourbillonnaient dans sa tête… il avait été très sage, et il connaissait maintenant la table de multiplication par sept vraiment par cœur, jusqu'à sept fois huit ! Oh oui, le Père Noël allait sûrement venir lui apporter de beaux jouets !
À minuit, il n'y tint plus. Il ne pouvait plus attendre. Il se leva sans un bruit, ouvrit la porte de sa chambre avec mille précautions, se dirigea vers la cheminée ou quelques rondins rougeoyaient encore, se tapit dans un coin d'ombre derrière le grand fauteuil, et attendit.
Tout à coup la porte d'entrée s'ouvrit toute grande, et quelle ne fut pas la surprise de notre petit bonhomme de voir arriver… son papa !
Oui, c'était bien son papa qui refermait doucement la lourde porte, et traversait la pièce sur la pointe des pieds comme un cambrioleur. Lorsqu'il arriva devant le sapin, le bûcheron sortit prestement quelque chose des pans de son grand manteau : c'était un magnifique voilier […] et un jeu de construction en bois, que le brave homme avait confectionnés lui-même.
Lorsqu'il vit son père déposer les jouets près de la cheminée, le petit garçon sortit brusquement de sa cachette.
"Je t'ai vu, je t'ai vu, s'écria-t-il, c'est toi qui as mis les jouets devant la cheminée, c'est pas le Père Noël !"
Il se tenait et au milieu de la pièce, bien campé sur ses deux jambes, ses deux petits poings fermement plantés sur ses hanches. Visiblement, il avait l'impression d'avoir été trompé, et son regard était lourd de reproches.
Le pauvre homme était consterné. Il y eut deux ou trois secondes de silence, le bûcheron ne savait que dire. Dans l'âtre, une bûche achevait de rendre l'âme dans un craquement sourd.
Et puis soudain le visage de l'homme s'éclaira, et un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il s'accroupit près de son petit, caressa la petite tête blonde de sa large main calleuse, et répondit avec douceur :
" Peut-être… mais c'est lui qui m'a dit de les mettre !"
Si cet article vous a plu, venez donc consulter d'autres articles de la catégorie 'Contes philosophiques'
















