Contes philosophiques  (13 articles)

contes philosophiquesContes, légendes et autres histoires de tradition orale ayant une portée philosophique, ou plus simplement permettant de réfléchir à certaines questions existentielles… ou très concrètes !

 

 



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Le bûcheron et son petit (conte de Noël)

Le bûcheron et son petit (illustration pour un conte de Noël).

Le bûcheron et son petit

Ce conte, je l'ai écrit en 1978. J'étais étudiant à Paris, et je vivais à la résidence universitaire Jean-Zay d'Antony. Elle est connue de tous les Parisiens sous le nom de "cité U de la Croix de Berny".

Pour ceux qui ne la connaissent pas : c'était un monde à part entière. L'une des plus grandes résidences universitaires d'Europe, avec ses 1 580 chambres individuelles, ses espaces communs, sa bibliothèque...

Sans compter sa salle de spectacle, son complexe sportif — et ses fameux groupes d'études. Il s'agissait d'e salles 'espaces de travail animés bénévolement par des étudiants. Qui initiaient leurs voisins de palier à leur propre discipline. Une sorte d'université parallèle et informelle, fondée sur l'échange plutôt que sur la hiérarchie. Passionnant, pour un étudiant en linguistique de vingt ans.

La résidence accueillait des étudiants du monde entier, avec au plus fort de son activité près de 50 nationalités différentes. C'est dans ce contexte un peu utopique — et aujourd'hui disparu, les bâtiments ayant été démolis au fil des années — que j'ai écrit ce petit conte de Noël. Pourquoi un conte ? Je n'en sais trop rien. Sans doute parce que Noël approchait, que ma chambre était petite et que j'avais l'imagination vagabonde.

Je vous le livre tel quel, sans retouches.


Il était une fois un petit garçon très sage qui habitait une petite maison tout au fond de la forêt, avec son papa qui était bûcheron.

Ils menaient tous les deux une existence bien paisible : le matin, ils partaient se promener dans les bois et le soir, au coin du feu, le bûcheron apprenait la lecture et l'arithmétique à son petit garçon.

Par un beau soir de Noël, ils décidèrent de préparer tous les deux un vrai repas de réveillon, avec une dinde aux marrons, et une tarte aux myrtilles. Ils rirent beaucoup pendant le souper. Il y avait des guirlandes partout, et dans la crèche, la Sainte Vierge semblait les regarder manger en souriant.

Après le repas, le petit garçon embrassa son père et partit se coucher. Dans sa chambre il se déshabilla, rangea soigneusement ses vêtements, mit son pyjama, et se glissa entre ses draps après avoir éteint la lumière (c'était un petit bonhomme très courageux qui n'avait pas peur du noir). Mais ce soir-là, il ne parvenait pas à s'endormir : Mille pensées tourbillonnaient dans sa tête… il avait été très sage, et il connaissait maintenant la table de multiplication par sept vraiment par cœur, jusqu'à sept fois huit ! Oh oui, le Père Noël allait sûrement venir lui apporter de beaux jouets !

À minuit, il n'y tint plus. Il ne pouvait plus attendre. Il se leva sans un bruit, ouvrit la porte de sa chambre avec mille précautions, se dirigea vers la cheminée ou quelques rondins rougeoyaient encore, se tapit dans un coin d'ombre derrière le grand fauteuil, et attendit.
Tout à coup la porte d'entrée s'ouvrit toute grande, et quelle ne fut pas la surprise de notre petit bonhomme de voir arriver… son papa !

Oui, c'était bien son papa qui refermait doucement la lourde porte, et traversait la pièce sur la pointe des pieds comme un cambrioleur. Lorsqu'il arriva devant le sapin, le bûcheron sortit prestement quelque chose des pans de son grand manteau : c'était un magnifique voilier […] et un jeu de construction en bois, que le brave homme avait confectionnés lui-même.

Lorsqu'il vit son père déposer les jouets près de la cheminée, le petit garçon sortit brusquement de sa cachette.
"Je t'ai vu, je t'ai vu, s'écria-t-il, c'est toi qui as mis les jouets devant la cheminée, c'est pas le Père Noël !"

Il se tenait et au milieu de la pièce, bien campé sur ses deux jambes, ses deux petits poings fermement plantés sur ses hanches. Visiblement, il avait l'impression d'avoir été trompé, et son regard était lourd de reproches.

Le pauvre homme était consterné. Il y eut deux ou trois secondes de silence, le bûcheron ne savait que dire. Dans l'âtre, une bûche achevait de rendre l'âme dans un craquement sourd.

Et puis soudain le visage de l'homme s'éclaira, et un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il s'accroupit près de son petit, caressa la petite tête blonde de sa large main calleuse, et répondit avec douceur :
" Peut-être… mais c'est lui qui m'a dit de les mettre !"

Quarante-cinq ans ont passé depuis que j'ai écrit cette scène. Et chaque fois que je la relis, je retrouve intacte la question qu'elle pose — discrètement, sans en avoir l'air.

Le bûcheron ment-il à son fils ? Oui, techniquement. Mais son mensonge est d'une nature si particulière qu'on hésite à lui donner ce nom. Il ne trompe pas pour se protéger, ni pour manipuler. Il ment pour préserver quelque chose — la magie, l'émerveillement, cette capacité de l'enfance à habiter un monde où les impossibles sont encore possibles.

"Peut-être… mais c'est lui qui m'a dit de les mettre !"

Cette réplique finale m'a toujours semblé contenir une sagesse tranquille. Et elle soulève une question que l'on n'examine pas assez : un mensonge bienveillant est-il encore vraiment un mensonge ? De la même façon, une manipulation exercée au service du bien de l'autre mérite-t-elle encore ce nom ? Dans les deux cas, ce qui change tout — ce qui transforme radicalement la nature de l'acte — ce ne sont pas les mots ni les gestes, ce sont les valeurs qui les sous-tendent. (Je suis revenu sur ce point dans un autre article, car il me semble central et trop souvent négligé.)

Le Père Noël n'est peut-être pas réel au sens où une table ou une hache sont réelles — mais l'amour d'un père qui fabrique des jouets de ses mains calleuses, lui, l'est doublement. C'est peut-être ça, au fond, ce que font les adultes qui n'ont pas tout à fait oublié d'être des enfants : ils maintiennent vivant, le plus longtemps possible, le feu qui éclaire.

Portrait Bernard Lamailloux (façon BD)

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Tu es comme cette bague

Tu es comme cette bague...
Tu es comme cette bague - Cliquez pour visionner l'histoire

Le texte :

Un jour, un jeune disciple zen alla trouver son maître. "Je viens vous voir maître, parce que j'ai l'impression d'avoir si peu d'importance que cela m'ôte toute envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde me dit que je suis un bon à rien, que je suis maladroit et stupide. Comment puis-je m'améliorer? Comment m'y prendre pour être mieux considéré ?"

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Les grenouilles tombées dans la jatte de crème

grenouille philosophe zen

Le texte

Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s’aperçurent qu’elles s’enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu’à barboter au même endroit en s’enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle.

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Main droite et main gauche font-elles partie du même corps ?

main et rayures (image purement décorative)
Main droite et main gauche... quand elles ne s'entendent pas c'est bien triste... et bien absurde.
Main droite main gauche - La statue "The Angel of Grief" (l'Ange de la douleur) a été taillée dans le marbre, à Carrare, par le sculpteur William Wetmore Story. Elle fut ensuite expédiée à la Nouvelle-Orléans en Louisiane (cimetière de la Métaierie).

Une bien surprenante histoire... lisez plutôt :

Ma main droite a écrit beaucoup de poèmes. En revanche, ma main gauche n' en a écrit aucun.

Mais ma main droite ne s'écrie pas pour autant "Toi la main gauche, tu n'es bonne à rien". Ma main droite n'a aucun complexe de supériorité, c'est pourquoi elle est très heureuse comme ça. Et ma main gauche, quant à elle, n'a aucun complexe d'infériorité. Ainsi, entre mes deux mains, il y a une sorte de sagesse, qu'on pourrait appeler sagesse de non-discrimination.

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Le futur est entre nos mains (conte philosophique)

Le futur est entre nos mains
Le futur est entre nos mains
Futur entre nos mains ...

Dans le Tennessee, un vieil homme avait jadis la réputation de trouver toutes les réponses aux questions que les gens lui posaient.

Un jour, un jeune garçon entreprit de piéger le vieil homme. Pour cela, il captura tout d'abord un petit oiseau, qu'il enferma entre ses mains. Ensuite il mit au défi le vieil homme de répondre à la question suivante: "L'oiseau que je tiens entre mes mains est-il mort ou vivant ?"

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L’ascension des grenouilles

Le pire ennemi de la vérité n'est pas le mensonge mais la certitude
grenouille surprenante...
ascension des grenouilles

Voici un petit conte philosophique qui parle des vertus (…dont certaines sont bien connues, mais d'autres insoupçonnées) de la persévérance.

Cliquez simplement sur la vidéo pour découvrir le conte.

Le texte...

Dix grenouilles voulaient escalader une montagne. Elles se réunirent donc un beau matin devant une foule venue assister à leur départ. Mais les critiques fusaient de toutes parts. Tous doutaient de leur réussite

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Conte philosophique : le jardinier chinois (et sa binette)

Jardinier hinois
Conte philosophique du jardinier chinois.
Illustration : Florence Bondi

Un joli conte sur le thème "ce qui m'a servi... m'asservit"

Un jardinier vivait en Chine il y a très très longtemps. Il avait un des plus beaux jardins qui se puissent imaginer, avec une foultitude de fleurs odorantes, multicolores, et un ensemble d’arbres de toutes tailles, de toutes essences, au milieu desquels coulait une ravissante rivière. Les gens venaient parfois de très loin pour admirer l’œuvre de ce jardinier, lequel en tirait une légitime fierté.

Un jour, l’empereur de Chine en visite dans la région entendit parler de ce jardinier exceptionnel et de son si beau jardin. Il décida de lui rendre visite. Après avoir visité le fameux jardin, tout encore ébloui par tant de formes, couleurs, odeurs… il décida de faire un cadeau à un aussi méritant sujet. Une invention qu’on lui avait offerte peu de temps avant, mais dont il n’avait aucun usage dans sa fonction d’empereur. C’est ainsi que notre jardinier fut extrêmement honoré de recevoir… une binette !

Au début, ce fut réellement miraculeux. Il plantait encore plus vite, encore mieux, creusait des rigoles qui devinrent bientôt des systèmes d’irrigation astucieux, ce qui lui évitait de nombreux trajets éprouvants pour transporter de l’eau. Il arrachait toutes les mauvaises herbes en un rien de temps, et sans se pencher ! Son mal au dos se fit de plus en plus ténu, puis disparut complètement. C'est bien simple : au bout d’un certain temps, notre jardinier ne pouvait simplement plus se séparer de sa binette.

jardinier chinois et ombre chinoise

Mais au bout d'un certain temps, il la trouvait si incroyablement pratique qu’il finit par l’utiliser en toutes sortes de circonstances… y compris les moins appropriées comme dormir, manger, ou écrire son courrier…

Cette histoire nous vient de la nuit des temps….Elle est transmise de bouche à oreille par des générations de conteurs, qui en achèvent toujours le récit par une question :

« Est-ce que chacun d’entre nous n’aurait pas - au moins - une binette, cachée quelque part ? »


Sans avoir l'air d'y toucher (contes philosophiques)

Vous pouvez visionner une vingtaine de contes philosophiques en cliquant tout simplement sur l'image ci-dessous…



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Devinette : Quelle est la différence entre « concerné » et « impliqué » ?

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« Concerné » et « impliqué ». La différence est de taille malgré les apparences. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les lignes qui suivent…

Il m'est arrivé tout récemment d'entendre une de mes amies me dire "Oh là là, que ça m'embête ce qui vient de se produire dans ce projet dans lequel je suis si impliquée, pour y avoir participé activement ! Cela me chagrine, que dis-je, me mine littéralement que les choses aillent ce train-là !"

D'une manière générale, il est courant d'entendre parler d'implication quand on évoque les rapports au travail.

Devinette

Cela m'a rappelé une devinette : Quelle est la différence entre "concerné" et "impliqué" ?

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