L’accommodation familiale : un piège pour les proches aidants

Les familles confrontées à un trouble psychique adaptent souvent leurs comportements pour aider leur proche. Ce phénomène, appelé "accommodation familiale", peut sembler être une évidence. Pourtant, cette attitude empreinte de bienveillance peut avoir des conséquences inattendues et nuire à long terme au rétablissement de la personne concernée.

Les mécanismes de l'accommodation familiale

L'accommodation familiale se manifeste de différentes manières : en anticipant les besoins de la personne, en effectuant des tâches à sa place, ou encore en évitant les sujets qui peuvent déclencher de l'anxiété. Ces comportements, bien que motivés par l'amour et le désir d'aider, peuvent renforcer les symptômes et entraver le développement de stratégies d'adaptation.

  • À court terme, l'accommodation familiale atténue la détresse de la personne concernée mais favorise les postures d'évitement et augmente la dépendance de cette personne vis-à-vis de ses proches.
  • À long terme, l'accommodation familiale contribue au maintien et à l'exacerbation des symptômes, augmentant la détresse de la personne concernée et renforçant progressivement l'accommodation familiale
Accommodation familiale : le cycle infernal
Accommodation familiale : le cycle infernal

Pourquoi l'accommodation pose-t-elle un problème ?

L'accommodation familiale peut avoir des conséquences néfastes pour les deux parties :

  • Pour la personne aidée : Elle peut renforcer la dépendance, limiter l'autonomie et retarder le rétablissement.
  • Pour le proche aidant : Elle peut entraîner de la fatigue, du stress, de l'isolement et, à terme, un épuisement.
Ce qui se passe si on laisse les choses en l'état…

Comment sortir de l'accommodation familiale ?

Il est possible de sortir de ce cercle vicieux. Voici quelques pistes :

  • Identifier les comportements d'accommodation : Prenez conscience des actions que vous réalisez pour votre proche et demandez-vous si elles favorisent son autonomie.
  • Favoriser l'autonomie : Encouragez votre proche à prendre des initiatives, même si cela peut être difficile au début.
  • Fixer des limites : Il est important de savoir dire non et de préserver votre propre bien-être.
  • Se faire accompagner :  L'accommodation familiale peut susciter de nombreuses émotions chez les proches aidants (culpabilité, impuissance, colère…). N'hésitez pas à consulter un professionnel de santé pour vous aider à tenir le choc et mettre en place des stratégies adaptées.
  • Utiliser les groupes de soutien et les réseaux d'entraide, qui peuvent être d'une grande aide pour les proches aidants, afin qu'ils se sentent moins isolés.



Est-il toujours indiqué d'éviter les émotions désagréables à notre proche concernée par la maladie ?

En tant que malade, plus nous évitons des émotions désagréables, plus nous cherchons à éviter celles qui subsistent et celles qui surgissent. Et si nos proches poussent dans le sens de cette évitement, cela ne fait qu'amplifier le problème.

Exemple d'un jeune homme pendant la crise COVID :
"J'aimerais que tu fasses les courses pour moi, car j'ai peur d'attraper cette maladie".

...puis, plus tard : " J'aimerais que tu mettes des gants avant de faire les courses"...

...et enfin : "Est-ce que tu pourrais laver tous les légumes, car je crains qu'ils contiennent des germes".

Si on entre dans son jeu, c'est un cauchemar sans fin…

Le rôle des professionnels de santé

Il faut bien avoir en tête qu'il peut exister également un phénomène d'accommodation des personnels soignants :

Certains d'entre eux, hélas, n'accompagnent pas forcément le patient vers l'autonomie, et considèrent que leur rôle consiste simplement à surveiller s'il y a des symptômes ou non. Si tel est le cas, sentez-vous à l'aise de trouver de nouveaux thérapeutes, même si c'est un peu le parcours du combattant…

Fort heureusement, une très grande partie des professionnels de santé peuvent apporter un soutien précieux aux proches aidants. Ils peuvent (entre autres) vous aider à :

  • Mieux comprendre le trouble psychique de votre proche.
  • Développer des compétences de communication pour favoriser un dialogue constructif.
  • Mettre en place un plan d'accompagnement personnalisé.


Préférer le " faire ensemble" au " faire à la place de"

"Quand on fait à ma place, cela m'empêche d'apprendre ce dont je suis capable".

Une idée pour remédier (autant que possible) à un des dilemmes auxquels nous sommes parfois soumis, c'est de préférer le "faire ensemble" au "faire à la place de". C'est indispensable pour permettre à la personne concernée de trouver le chemin de l'autonomie et du rétablissement.

Exemple : la personne ne veut plus faire ses courses elle-même :
Dans un premier temps, on peut être d'accord pour le faire avec elle, puis (quelques jours plus tard) l'attendre devant le magasin, puis dans la voiture, puis laisser la personne se débrouiller "quasiment seule" (on peut par exemple être au téléphone, pour diminuer l'angoisse), puis "seule pour de bon"…

En pareil cas, il ne faut pas hésiter à s'exprimer dans des termes tels que :

"Cette chose là commence à faire trop pour moi. J'ai besoin que tu apprennes à le faire seul, et je suis persuadé que tu en es capable, même si c'est difficile."

Il y a en effet une question importante à se poser en tant que proche aidant : Qu'est-ce que j'accepte, et qu'est-ce que je n'accepte pas ?

Quelques pistes concrètes

Faisons appel à notre bon sens

Tout ceci n'est qu'une question de bon sens : si une personne a envie de "vivre au-milieu de son désordre", ça la regarde. Et souvent ça n'a rien à voir avec le trouble psy. En conséquence, aller faire le ménage chez l'autre sous prétexte que nous n'avons pas les mêmes critères de propreté que lui n'a rien d'aidant. Mais bien entendu, c'est une question de degré… Dans les cas où l'hygiène ou la salubrité sont en jeu, c'est bien évidemment une autre affaire. À vous d'en juger…

Sachons repérer nos propres limites

Il est important de bien connaître les limites de ce qu'on peut faire (…ou pas !) en tant que proche aidant. Si notre enfant nous dit carrément des choses de l'ordre du "Je t'emmerde et je fais ce que je veux", c'est très compliqué de faire avancer les choses sans l'aide de professionnels.

De toute façon, dès qu'on entre dans l'argumentation avec notre proche, une chose est claire :On ne peut que perdre.

Pour en savoir plus…

D'où vient le concept d'accommodation familiale ?

Il est indéniable que certains chercheurs ont joué un rôle particulièrement important dans l'étude de l'accommodation familiale, notamment dans le contexte des troubles anxieux et obsessionnels-compulsifs (TOC).

Les théories systémiques, qui mettent l'accent sur les interactions au sein de la famille, ont fourni un cadre conceptuel essentiel pour comprendre l'accommodation familiale. Des auteurs comme Minuchin ou Haley ont mis en évidence l'importance des dynamiques familiales dans le maintien des symptômes.

Le cas d'Alexandre de Connor

En France, actuellement, s'il y a une personne qui porte et diffuse le concept d'accommodation familiale, c'est assurément Alexandre de Connor.

Alexandre de Connor est psychologue clinicien spécialisé en psychiatrie et en TCCE des troubles psychotiques. Il anime le Centre de rétablissement et de réhabilitation Jean Minvielle, au CHU de Montpellier.

Il contribue à diffuser le modèle du rétablissement en psychiatrie. Ce modèle place les usagers au centre de leurs soins dans l'optique de retrouver de l'espoir, de reprendre le contrôle de leurs vies et de trouver une place au sein de la communauté.

Si vous suivez son actualité via le net et les réseaux sociaux, vous pourrez peut-être suivre un des webinaires qu'il anime régulièrement, notamment au profit d'associations de familles ou de proches de personnes atteintes par un trouble psychique.

Pour ce qui me concerne, c'est un de ses récents webinaires qui m'a donné l'essentiel de la matière nécessaire pour écrire le présent article. Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.

Ressources supplémentaires

Ma Boussole Aidants
Un site de ressources très complet avec une possibilité de recherche en fonction de votre localisation

Le WikiPerché de La Maison Perchée
Une bibliothèque de ressources publiques liées aux troubles psychiques.

Sur https://www.maisonperchee.org/publications vous trouverez un certain nombre de brochures sur les sujets suivants :

  • La bipolarité
  • Les troubles anxieux
  • La neuropsychologie
  • La schizophrénie
  • Sexualité et troubles psy
  • Sommeil et trouble psy
  • La dépression
  • La stigmatisation

En conclusion

L'accommodation familiale est un phénomène complexe qui nécessite une attention particulière. En comprenant les mécanismes en jeu et en mettant en place des stratégies adaptées, il est possible de favoriser l'autonomie de votre proche tout en préservant votre propre bien-être.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Vous avez vécu une expérience similaire ? Vous avez des conseils à partager avec d'autres proches aidants ? N'hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Vos témoignages sont précieux et peuvent aider de nombreuses personnes. Ensemble, construisons une communauté de soutien pour les proches aidants.

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Portrait Bernard Lamailloux (façon BD)

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UTILISATION DE L'IA

IA, Interface homme - machine, deux mains (l'une humaine, l'autre robotique) se rejoignent...

L'élaboration de cet article a bénéficié d'un processus créatif hybride alliant l'expertise humaine et les capacités d'une intelligence artificielle, qui m'a épaulé dans les tâches de recherche, de rédaction et de peaufinage.



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