Quand une phrase commençant par “Nous nous sommes fixés une règle” sort miraculeusement d’un chapeau…

Se fixer une règle...

Il m'est arrivé à plusieurs reprises d'entendre quelqu'un me dire "non" tout en motivant son refus d'un "Nous nous sommes fixés une règle [...]". À chaque fois ce fut pour la personne qui parlait un moyen (commode à mes yeux) de ne pas dire "Je vous dis non, tout simplement parce que j'en ai le pouvoir et que j'en ai décidé ainsi"… Depuis lors, je les vois arriver de loin ces "pseudos fixations de règles". Comme autant de fausses barbes aux allures de lois d'exception.

La toute première fois… en toute mauvaise foi 🙂

La première fois qu'on m'a fait le coup, c'était à la fin d'une année universitaire que j'avais suivie "sur le tard", alors que j'avais 50 ans bien tassés. Apparemment, mon mémoire de fin d'études était plutôt réussi (à l'heure où j'écris ces lignes il totalise près de 24000 vues sur la pateforme SlideShare…). Pourtant, lors de la soutenance, le Directeur des Études m'a expliqué sans rire qu'il avait trouvé mon mémoire très intéressant, mais qu'hélas lui-même ne pouvait pas s'approprier le résultat de mon travail dans le cadre de ses recherches. Aussi, poursuivit-il, il avait décidé d'attribuer à ce travail une note très correcte, tout en ajoutant…

"…Malheureusement nous nous sommes fixés une règle : tout mémoire dont la note est inférieure à (…tant) ne pourra pas être conservé dans notre..." (je ne sais plus comment il appelait ça, il s'agit de ce que de mon côté j'ai appelé leur cimetière des mémoires). Le cimetière en question consistant en une méchante étagère au fond d'ne pièce poussiéreuse, visitée de temps à autre par une poignée de zombies égarés, désireux de voir à quoi ressemble un mémoire ayant reçu les faveurs de leur administration).

La belle affaire ! Entre leur cimetière et la plateforme SlideShare , devinez où mon mémoire se sent le plus  à l'aise aujourd'hui ?...

La deuxième fois… un sketch digne de Coluche

À une autre époque de ma vie, je faisais partie d'un groupe de chômeurs ayant décidé d'unir leurs forces pour retrouver un emploi. A cet effet, nous nous réunissions régulièrement (en semaine, le soir) sous la houlette d'une association spécialisée dans ce genre de prestations.

Or il se trouve que cette formule avait si bien fonctionné que j'ai eu la joie de trouver un nouveau job à mi-parcours de notre dispositif (d'une durée de 4 mois, me semble-t-il…). Mon nouveau poste de travail étant assez éloigné de notre lieu de réunion (plus de 100 km), je me retrouvai donc dans l'impossibilité de continuer à assister à ces rencontres (ce que j'aurais sans cela fait bien volontiers, leur méthode  – très astucieuse par ailleurs – étant fondée sur l'entr'aide et les regards croisés sur les parcours, profils et objectifs de chacun). A la place je me contentai de prendre des nouvelles du groupe par téléphone, à chaque fois que j'en trouvais le temps.

A la fin du dispositif, un membre du groupe me téléphona pour m'inviter à une fête de clôture se déroulant pendant le weekend à venir. Bien entendu je m'empressai d'accepter avec joie…

Rebondissement inattendu : quelques instants plus tard la même personne, visiblement très embarrassée, m'appelait à nouveau pour me signifier ceci, en substance :

"…Je suis vraiment désolé, mais il y a eu erreur… En effet, nous nous sommes fixés une règle : Notre soirée est réservée aux seuls membres ayant suivi le dispositif jusqu'au bout".

Imaginez quelle ne fut pas ma surprise, surtout lorsque j'appris (en posant tout simplement la question) que j'étais la seule personne exclue de fait par cette bien étrange "règle", donc. Règle miraculeusement surgie d'un chapeau pour la circonstance ![1] J'en conçus une certaine tristesse, ne sachant trop comment interpréter cela (une histoire de sensibilités froissées, sans doute…). Toujours est-il que le procédé, encore une fois, m'est apparu pour le moins saumâtre…

Troisième et dernière fois : le pompon !

Une web radio expérimentale a tout récemment vu le jour dans le petit village du Finistère Nord où je vis depuis près de deux ans maintenant. Elle est l'œuvre d'un tout petit groupe de personnes (peut-être même d'une seule, me semble-t-il), et émet (pour l'heure) sur internet à raison de 30 minutes par semaine.

Le principe est classique et bon enfant : un animateur au ton enjoué parle de tout et de rien, lance quelques chansons à l'antenne et diffuse quelques témoignages d'auditeurs désireux de faire un petit coucou dans le poste.

Cela m'a donné envie d'y participer. J'y suis donc allé de mon petit message enregistré, puis, ainsi qu'il était demandé, je l'ai envoyé par mail à l'adresse adéquate. Vous pouvez d'ailleurs l'écouter ici, si ça vous chante…

Dans le mail que j'envoyais, je proposai aussi à l'animateur l'idée de diffuser à l'antenne, si bon lui semblait, une de mes dernières compositions (tout en indiquant l'url où on pouvait écouter cette chanson).

Lors de l'émission suivante, l'animateur a bien diffusé mon message à l'antenne… mais pas ma chanson. Sur le coup je me suis juste dit "Bon… pour une raison ou pour ne autre il n'a pas pu, ou pas voulu. Après tout on n'est pas obligé d'aimer !". Puis j'ai vaqué à mes occupations, comme on dit, sans y penser plus que ça.

Rebondissement inattendu, une fois de plus 🙂 : Quelques jours plus tard, alors que ce non-événement m'était totalement sorti de la tête, voilà-t-y pas que ce monsieur m'envoie un mail plutôt lapidaire consistant en ceci :

"Désolé de ne pas passer ton morceau. Je me suis fixé une règle".

Cette fois-ci je n'ai rien répondu. Je me suis contenté de sourire…





[1] Cela m'a fait penser au sketch où Coluche s'exclamait "Sans vouloir nommer personne, je pense que parmi nous trois il y en a un qui a joué faux du tuba !"


– Commentaires Facebook –

2 réponses sur “Quand une phrase commençant par “Nous nous sommes fixés une règle” sort miraculeusement d’un chapeau…”

  1. Dans le genre, il y a aussi le non moins hypocrite “Moi j’aurais bien voulu, mais la direction …” Que celle-ci existe ou pas, d’ailleurs. 2 ans déjà dans le Finistère. P… 2 ans !

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