Les 11 grands principes de l’Accelerative Learning

balayeur de blablas

Le mental vit dans un cercle vicieux. Il créé lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre

Swami Prajnanpad

Bonjour, dans un article précédent, je vous ai présenté le phénomène de l'accelerative learning

Je vais tenter aujourd'hui de vous donner une description plus détaillée de ce dont il s'agit.

Rappelons simplement que le but visé part de l'idée toute simple qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’on ne s’aperçoit pas qu’on apprend.

Qu'il me soit permis de citer d'emblée le rôle essentiel joué par Bruno Hourst, sans qui je n'aurais jamais pu prendre connaissance de toutes ces choses-là (...et encore moins les appliquer !).

Bruno Hourst : une histoire étonnante

J’ai découvert (un peu par hasard, en 1998) que cet auteur avait une biographie étonnante : il s’engage tout d’abord dans la marine, et enseigne la navigation astronomique à l'École Navale, où il se passionne pour la pédagogie. Il est ensuite détaché auprès de l’Éducation Nationale en tant que professeur de mathématiques dans un lycée. Reprenant du service, il voyage sur de nombreux navires, puis devient pilote d’avion et d’hélicoptère tout en enseignant l'astronomie (une de ses nombreuses passions).

Après bien des péripéties, il se met en tête de faire un tour du monde des pratiques pédagogiques innovantes. Il se lance donc dans des recherches sur des modes d'apprentissages originaux, à l'efficacité parfois étonnante, qui l'emmènent successivement en Australie, aux États-Unis, au Québec, au Tchad et dans plusieurs autres pays.

En collectant toutes ces informations, il a ainsi fait œuvre de « passeur » en permettant par exemple à un concept connu outre-Atlantique sous le nom d’Accelerative learning de traverser l’océan, puis d'être largement diffusé en Europe. Après y avoir apporté des aménagements et enrichissements de son cru, il lui donnera le nom de « mieux-apprendre ». Ainsi l’idée de qualité prend le pas sur celle de rapidité, manière peut-être plus « européenne » de mettre en avant ce qui est efficace ? Toujours est-il que le point commun est qu'on fait plus, mieux, et en moins de temps.

Il publie pour la première fois les résultats de ses recherches dans un ouvrage désormais célèbre, intitulé Au bon plaisir d'apprendre en 1998. Cet ouvrage donne un aperçu de nombreuses techniques et de leurs incontestables bénéfices. Les "Grands Principes" y sont présentés au grand public. Aujourd'hui cet ouvrage reste un incontournable de la question. Après plus de 10 000 exemplaires vendus au total, "Au bon plaisir d'apprendre" (4ème édition) a en effet vu le jour en 2015.

Les grands principes

Alors, ces fameux principes, en quoi consistent-ils donc ? Voyons cela :

  1. Nous avons tous des capacités spectaculaires
    Les capacités d'un être humain sont bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales. Ceci est particulièrement vérifiable pour ce qui concerne nos « capacités à apprendre ». Tout apprentissage doit tenir compte des opinions restrictives des apprenants sur leurs propres capacités, et aussi de celles des enseignants/formateurs sur les capacités de leurs apprenants.

  2. Tout ce qui ne fait pas sens « ressort par l’autre oreille »
    On apprend mieux lorsque ce que l'on apprend a un sens pour nous, et encore mieux lorsque l'on prend plaisir à apprendre.

  3. Attention, la question des « efforts » doit être manipulée avec de longues pincettes !
    Il est très important de distinguer l’effort volontaire (parce que justement porteur de sens, voir ci-dessus) de l’effort imposé par des contingences extérieures. La célèbre sentence « Doit faire des efforts » n’en tient en général aucun compte, et ne fait qu’accroître les inégalités (nous y reviendrons).

  4. Il faut remettre le bon sens au centre de la pédagogie 🙂
    Ce n'est pas en se "réfugiant dans l'analyse" que pédagogues et formateurs trouveront des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent tous les jours dans l'exercice de leur profession. Et ce n'est pas en non plus appliquant à la lettre les méthodes assénées par des professeurs Diafoirus (qui ne sont plus allés "au charbon" depuis des lustres… voire qui ont fui ledit charbon… ou ne l'ont même jamais connu) que nous avancerons d'un pouce. Certes, la théorie a droit de cité, mais il est grand temps de la remettre à sa juste place. Les principes du Mieux Apprendre, quant à eux, relèvent pour la plupart d'un simple bon sens trop souvent oublié. Vous voulez un exemple de ce que j'appelle le bon sens en pédagogie ? Allez donc lire ce passionnant article de Thiagi (le génial concepteur des "Jeux-Cadres"...

  5. Les « croyances limitantes » empêchent tout le reste de fonctionner correctement
    Si je ne suis pas persuadé d’avoir « tout ce qu’il faut en stock », dans ma p’tite tête, pour apprendre, je n’apprendrai rien. Vous pouvez investir dans le meilleur équipement de plomberie, installé par les meilleurs spécialistes, il n’en reste pas moins vrai que si un caillou bouche le tuyau, l’eau ne coulera pas ! Remarque : dans une énorme proportion, ce « tout ce qu’il faut » tourne autour des croyances limitantes que l’apprenant a sur ce qu’il appelle « son intelligence » et « sa mémoire » (enfants et adultes, tous dans le même bateau, ces croyances-là ont la vie dure, croyez-moi !).

  6. Quand on va apprendre quelque-chose, on ne laisse pas notre personnalité à l’extérieur, sur un porte-manteau
    Apprendre est un processus qui met en œuvre l'ensemble de la personne, en particulier le conscient et l'inconscient, le corps, les émotions. Ainsi, l'environnement joue un rôle important dans la qualité de l'apprentissage.

  7. Le Q.I. c’est de l’arnaque !
    Il n'y a pas d'intelligence absolue qui serve d’étalon ou de référence (à travers des tests) pour mesurer l'intelligence d'un être humain ; on peut considérer l'intelligence de chaque personne comme formée d'un faisceau d'intelligences qui lui est propre (Cf. les travaux d’Howard Garner sur les intelligences multiples).

  8. Le « rendement » d’un apprentissage est souvent comparable à celui d’un bon jeu vidéo.
    On apprend mieux lorsque l'on est dans un état de détente concentrée ; ce "juste milieu" entre les deux extrêmes que sont stress d'un côté, et ennui de l'autre. Les concepteurs de jeux vidéo appellent ça le « flow ».

  9. Merci les neurosciences !
    Une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau permet d'améliorer la qualité d'un apprentissage. Ainsi, les neurologues défrichent de jour en jour des pans entiers de la manière dont fonctionne le cerveau humain en situation d’apprentissage. Ils nous (ré)apprennent notamment que les émotions (notamment l'humour), le travail en coopération, le mouvement (en particulier les mouvements croisés), les arts (et tout particulièrement la musique) jouent un rôle essentiel dans tout apprentissage, comme source d'énergie et de motivation , et – qui plus est – favorisent la mémoire à long terme.

  10. Apprendre, c’est pour tout le monde...
    Tout le monde peut avoir accès au savoir, quel que soit son âge, son origine, son milieu social... Les choses qui comptent avant tout sont la motivation, la curiosité, un climat favorable et un minimum de confiance en soi de la part de l’apprenant… mais aussi de l’enseignant/formateur !

  11. …Mais « tout le monde est différent 🙂 »
    Chaque personne a un mode préférentiel d'apprentissage, qu'il est important de prendre en compte (…mais si, c’est possible !). Ainsi, dans les situations d'apprentissage, tout ce qui permet de "faire mouche" à tous les coups en "balayant large" au niveau des perceptions sensorielles et neurologiques est bon à prendre. Un excellent exemple : le mind mapping.

Bien entendu, je développerai plusieurs des paragraphes exposés ci-dessus dans d'autres articles à paraître sur ce blog.

Quelques précisions :

Précisons tout d'abord que ces principes-là ne doivent en aucun cas être considérés comme je ne sais quel dogme, catéchisme, bible, ou que sais-je encore... Il ne s'agit que d'idées générales, mais toujours en prise avec le concret, agrégées au fil du temps (...et toujours avec le sourire) par toute une galaxie de personnes séduites par l'idée que le concept d'open source ne devait pas être réservé au seul monde du logiciel (...des connectivistes avant l'heure, si on voudra 🙂 ).

Autre précision importante : tous ces principes traversent chaque jour l'épreuve des faits ! Si jamais en lisant ceci vous éprouvez un ressenti de l'ordre de "Cela ne pourrait jamais s'appliquer à mon domaine d'enseignement" ou encore "C'est toujours pareil, ils sont marrants, eux, ils ne connaissent pas l'enfer de ma situation de travail", dites-vous bien que je vous comprends, que vous n'êtes pas le premier ou la première à réagir ainsi. En pareil cas, n'hésitez pas à me faire connaître vos éventuels agacements dans vos commentaires, je serai heureux d'y répondre dans la mesure de mes compétences.

Il n'en reste pas moins que ces principes-là (injustement méconnus, pour beaucoup d'entre eux, même si la "bonne parole" 🙂 a tendance à se répandre, lentement mais sûrement) sont en effet appliqués quotidiennement, avec succès, que ce soit dans des stages en entreprise, ou dans l'enseignement dit "initial", de l'école maternelle à l'université, un peu partout dans le monde. Ils ne font certes pas de miracle, mais sont en général plus que bénéfiques pour quiconque ose franchir le pas, et tout en étant diablement efficaces, rendent de surcroît la vie beaucoup plus agréable à tous, enseignants/formateurs, mais aussi apprenants !

Voilà. Comme vous avez pu le constater, il n'y a là rien de bien méchant, et tout ceci n'est après tout qu'une question de bon sens (...je vous avais prévenus ! :-)). Si d'aventure vous vous exclamez "C'est tout ? ...Ils n'ont rien inventé, moi je fais ça couramment !", eh bien tant mieux pour vous, j'en suis très sincèrement heureux ! En même temps, il faut bien voir que tout cela suppose un grand coup de balai sur pas mal d'idées reçues qui ont aujourd'hui encore la vie dure. Avec, pour commencer, celle selon laquelle les êtres humains seraient faits non seulement pour enfanter dans la douleur (?!), mais aussi pour apprendre dans la douleur, voire d'atroces souffrances (...re-!?). Autre idée reçue à laquelle je me fais un plaisir de tordre le coup à chaque fois que l'occasion s'en fait ressentir : Ce qui fonctionne (ce qui fait ses preuves, si on veut) doit nécessairement être complexe... Ben voyons ! 🙂

Un exemple concret

J'avais promis de donner ici des exemples concrets de séquences utilisant les principes de l'accelerative learning, directement exploitables en situation d'apprentissage. Commençons dès aujourd'hui, si vous voulez bien. Il s'agit d'un jeu pédagogique  que j'appelle "Avez-vous des questions". Je vous assure que je l'ai utilisé (et vu utiliser) dans des tas de circonstances d'apprentissage très différentes les unes des autres. Pour que cela fonctionne, il suffit d'un chose... cette petite chose, c'est beaucoup et c'est bien peu, comme disait le chanteur. Et cette chose c'est...

...O-ser ! 🙂

Voilà. Le lien se trouve ici, dans un article que j'avais publié il y a quelque temps. Soyez rassurés, je ne compte pas m'en tenir là, il y aura d'autres ressources à l'avenir. Lesquelles ? Eh bien cela dépendra pour une large part de la teneur de vos commentaires ! A vos claviers, donc... Ma souris et moi vous attendons de pied ferme, avec plaisir.

 

Cet article a été repris par son auteur dans un livre de conseils aux formateurs intitulé  « Construire et animer une session de formation » paru aux éditions DUNOD.


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Le Petit Abécédaire...

"Un ouvrage bien documenté, écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui le fait avec clarté humour et éthique. Les exemples et les conseils sont judicieux et très utiles. Je le recommanderai avec plaisir.."

Josiane de Saint Paul

Quel livre ! Un travail de moine. D'une grande originalité. J'ai à peine commencé à le parcourir et, déjà, je le savoure. Je vais d'ailleurs continuer à le déguster lentement. Bravo !

Serge Marquis


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