L'algorithme de recommandation de YouTube ne sait pas toujours ce qu'il fait, mais il lui arrive, parfois, de très bien faire son travail. J'étais venu sur la plateforme pour tout autre chose lorsqu'une vignette a accroché mon regard : "IA et Neurosciences : vraie utilité ?", une intervention d'Albert Moukheiber lors de la conférence EmilIA #6. Oui, les algorithmes traquent notre navigation pour nous proposer des contenus ciblés — et sur ce coup-là, je m'en réjouis plutôt qu'autre chose. Ce que je ne savais pas encore, c'est que ce visionnage allait se transformer en petit exercice pratique de vigilance épistémique 1 appliquée aux IA.
Ce qui a attiré mon attention
Pourquoi mon œil a-t-il "frisé" sur ce titre précis, au milieu de tant d'autres vignettes qui se disputent l'attention ? Parce que j'ai, à l'égard d'Albert Moukheiber, un a priori déjà solidement installé : celui d'un homme à la fois compétent et doué d'un art de la vulgarisation qui ne sacrifie jamais la rigueur à l'effet. J'ai donc cliqué avec confiance — et, comme vous allez le voir, cette confiance méritait d'être questionnée sans pour autant être démentie.
Il y a quelques années — disons quelques décennies, pour être honnête — je passais du temps à personnaliser mon invite de commande DOS. PROMPT $P$G, et le tour était joué : mon écran affichait fièrement C:\DOS> au lieu du banal C:\>. Un détail futile, peut-être. Mais pour certains d'entre nous, c'était une forme d'art à part entière.
À l'époque, on appelait ça le prompt. Et aujourd'hui, on appelle aussi ça le prompt — cette instruction qu'on donne à une IA pour lui demander d'écrire, de résumer, de traduire, ou de composer une chanson sur Tartarin de Tarascon. Même mot. Même orthographe. Mais quelque chose a changé, fondamentalement.
Il y a longtemps que je m'interroge sur ce qu'est vraiment la "relation d'aide", et sur toutes les réalités, parfois surprenantes, que cette expression recouvre. À première vue, elle évoque le psychothérapeute en cabinet, ou peut-être l'assistant social en entretien. Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit vite que la relation d'aide se faufile dans des recoins beaucoup plus inattendus de nos vies.
Quelques exemples…
Donnons-en quelques exemples : le médecin de famille qui prend le temps d'écouter avant de prescrire, le coach sportif qui adapte sa séance à l'humeur de son élève, le coiffeur dont les clientes savent qu'il les écoute autant qu'il leur coupe les cheveux, le libraire qui devine que vous cherchez bien autre chose qu'un roman, le professeur qui voit qu'un élève va mal et lui consacre cinq minutes à la sortie du cours, le voisin de bistrot qui sent que vous n'allez pas y arriver tout seul ce soir, le bénévole d'une ligne d'écoute téléphonique, le pharmacien qui repère un signal et oriente vers le bon spécialiste, le chauffeur de taxi qui devient confident le temps d'un trajet de nuit, le médiateur familial dans une séparation difficile, le formateur qui "sent" que son auditoire est en train de décrocher et qui ajuste à la volée…
Tous ces gens font de la relation d'aide. Et pourtant, aucun d'eux ne se ressemble vraiment. Leurs outils, leur posture, leur formation, leurs limites diffèrent considérablement.
C'est une histoire d'escargots, de papier mâché, de laine feutrée… et d'intelligence artificielle. Aussi, après cinq semaines de production intensive, le film d'animation "Une maison-artichaut sur la plage" est enfin disponible sur YouTube.
Il m'est arrivé récemment une expérience troublante avec Claude, l'IA conversationnelle d'Anthropic. Suffisamment troublante pour que j'aie envie de la partager ici, dans le cadre de cette série consacrée aux capacités souvent méconnues (ou mésestimées) des intelligences artificielles.
Adapter une nouvelle de Philippe Claudel en animation stop motion, avec des figurines cousues main et une poignée d'intelligences artificielles… Voici le récit d'une aventure créative où l'artisanat rencontre la technologie. Et où les plus beaux moments naissent souvent des hasards accidentels.
Pour celles et ceux qui me connaissent un peu, l'humour est évident. Un musicien-formateur retraité qui tient un blog hétéroclite et qui se présente sous les atours d'une multinationale pompeusissime… Il fallait oser. J'ai osé.
Un dialogue avec Claude pour comprendre l'ultracrépidarianisme artificiel
INTRODUCTION
Depuis que je documente l'usage des intelligences artificielles génératives, une question revient sans cesse : "Pourquoi les IA peuvent-elles affirmer des choses complètement fausses avec autant d'assurance ?"
Plutôt que de vous servir une explication de seconde main, j'ai décidé de faire quelque chose d'un peu différent : interroger directement Claude, l'IA avec laquelle je travaille quotidiennement depuis des mois.
Visage découvert, donc. Quand Claude parle dans cet article, c'est bien lui qui parle. Quand j'interviens, c'est moi. Pas de "je vous explique ce que j'ai découvert" alors que c'est l'IA qui m'a tout expliqué. Juste un dialogue authentique.
L'intelligence artificielle n'en finit pas de nous surprendre. Mais cette fois-ci, Google vient de franchir un cap qui pourrait bien redéfinir notre rapport même à Internet. Avec la "Vue dynamique" de Gemini, le géant de Mountain View ne se contente plus de répondre à vos questions : il crée des sites web complets, à la volée, spécialement pour vous. Une prouesse technologique fascinante. Une révolution annoncée. Et peut-être le début de la fin pour des millions de sites web existants.
En 2020, je vous proposais une vidéo pédagogique sur la communication interpersonnelle. J'y décortiquais le processus fascinant qui se joue lors d'un simple dialogue entre deux personnes : Alain et Basile, deux personnages que j'avais inventés pour l'occasion, échangeaient face à face, et nous découvrions ensemble tous les mécanismes à l'œuvre. Les intentions, les filtres, les bruits, les malentendus… Bref, tout ce qui fait qu'entre ce qu'on pense et ce que l'autre comprend, il peut se passer énormément de choses.
Aujourd'hui, cinq ans plus tard, je vous propose de revisiter ce modèle. Mais cette fois-ci, nous n'allons pas analyser un dialogue entre deux humains. Non, nous allons explorer ce qui se passe quand vous dialoguez avec une intelligence artificielle.
La question des IA est devenue une tarte à la crème. Chaque jour, chacun y va de son petit couplet, de son point de vue (parfois impérieux) sur la question. Faut-il en avoir peur ? Faut-il l'adopter les yeux fermés ? Entre les prophètes de l'apocalypse et les techno-enthousiastes béats, difficile d'y voir clair.
Pour ma part, j'ai eu une idée un peu différente : plutôt que d'analyser l'IA de l'extérieur, pourquoi ne pas lui demander comment elle nous voit, de son côté ? Comment perçoit-elle nos réactions, nos craintes, nos stratégies face à son arrivée dans nos vies professionnelles ?
Imaginez une table ronde réunissant un exorciste, un hypnothérapeute, un médecin spécialiste de l'effet placebo, un moine bouddhiste, un psychanalyste et... une intelligence artificielle. Chacun défend sa pratique. Chacun peut témoigner de résultats concrets. Et chacun serait bien en peine d'expliquer exactement comment ça fonctionne.
Bienvenue dans le club très fermé des «pratiques qui marchent sans qu'on sache vraiment pourquoi».
Il y a une trentaine d'années, j'ai franchi le pas : plutôt qu'un piano acoustique, j'ai acheté un Clavinova, l'un de ces pianos numériques d'appartement qui commençaient à envahir le marché. Pour moi, les avantages étaient évidents. Le son reproduisait plutôt bien celui d'un piano à queue (et même de quelques autres instruments). Le toucher me semblait réaliste et agréable. Et surtout – argument imparable pour quelqu'un qui déteste les corvées récurrentes – pas besoin de faire venir l'accordeur deux fois par an.
Quand on a inventé l’écriture, on ne s’est pas arrêté de parler ; quand on a inventé l’imprimerie, on ne s’est pas arrêté d’écrire ; quand on a inventé l’ordinateur, on ne s’est pas arrêté d’imprimer, on a même tous une imprimante à la maison. La machine à vapeur n’a pas arrêté la voile […]. Les progrès ne sont pas forcément des coupures, ce sont des accumulations. [Michel Serres, en 2015, à propos de sa vision du progrès.]
Une nouvelle technologie débarque, et avec elle son cortège de craintes, de prophéties apocalyptiques et de mises en garde solennelles. Ce scénario vous semble familier ? C'est normal : il se répète depuis la nuit des temps.
L'imprimerie allait détruire la mémoire et corrompre les esprits. L'électricité allait nous rendre fous. La télévision transformerait nos enfants en légumes. Internet signerait la fin de toute vie sociale authentique. Et aujourd'hui, ce sont les IA génératives — ce que le grand public appelle simplement "ChatGPT" — qui cristallisent les inquiétudes.
30 balais… 68 balais… Chacun de nous connait cette expression familière qui sert à désigner un âge. Aujourd’hui, l’idée m’est venue de faire des recherches sur l’origine de cette bien curieuse expression.
En tant que musicien passionné par les nouvelles technologies, j'ai toujours été fasciné par les possibilités offertes par l'intelligence artificielle pour la création visuelle. Mes compositions appellent souvent des univers visuels variés, et l'idée de pouvoir illustrer mes chansons avec des images générées par IA me semblait être le Saint Graal créatif.
Vous pensiez que transformer un site web en podcast était déjà impressionnant ? Attendez de voir ce que NotebookLM a accompli ! En quelques clics, j'ai transformé mon site personnel en un podcast dynamique et interactif, où deux voix se répondent avec naturel, comme dans une véritable conversation.
Dans un contexte où l'intelligence artificielle bouleverse nos habitudes, certains y trouvent des usages inattendus et profondément personnels. Voici le témoignage d'un jeune adulte qui a choisi d'utiliser l'IA Claude comme support thérapeutique. Une démarche aussi innovante que riche en interpellations qui soulève de nombreuses questions sur l'avenir de l'accompagnement en santé mentale.
Il y a, dans certains mots du numérique, une vie secrète — une histoire qu'on ne soupçonne pas en les tapant machinalement. Le premier épisode de cette série l'a montré avec le mot prompt, passé du souffleur de théâtre à l'invite DOS, puis à l'instruction qu'on glisse aujourd'hui à une intelligence artificielle.
Le mot algorithme appartient à la même famille de mots à double fond. On l'imagine volontiers né dans les laboratoires d'informatique : froid, abstrait, récent. Or il porte, dissimulé dans ses lettres, le nom d'un homme — un mathématicien perse du IXe siècle. Un humain caché dans la machine, en quelque sorte. Nous y reviendrons.
Mais avant de fouiller le mot, encore faut-il s'entendre sur la chose. Car derrière ce terme un brin intimidant se cache une idée d'une simplicité désarmante — qu'une simple tasse de thé suffit à illustrer. C'est tout l'objet de la vidéo qui accompagne cet article : partir du plus quotidien pour remonter, de proche en proche, jusqu'aux moteurs qui façonnent nos fils d'actualité.
Aujourd'hui j'ai eu l'idée de fabriquer un arrangement et un clip vidéo à partir d'une de ses chansons ("Papillon"). Le résultat se trouve juste ci-dessous.
Jean-Michel Philibert — portrait d'un ami musicien
Comme je l'ai déjà dit dans un article précédent, Jean-Michel Philibert — JMI, comme il aime s'appeler lui-même — est l'un des meilleurs auteurs-compositeurs-interprètes que je connaisse. Je le connais depuis l'enfance. Depuis lors, les kilomètres et le temps ont mis quelques barrières entre nous, mais nous faisons de notre mieux pour les abolir, à de trop rares occasions.
Son univers musical est celui de la chanson française dans ce qu'elle a de plus artisanal et de plus sincère : voix et guitare, harmonies travaillées, textes qui ont du grain. JMI possède une oreille musicale redoutable — ce qui, comme on le verra, n'est pas sans importance dans ce qui suit.
"Papillon" — une promesse harmonique
Je connais bien toutes les chansons de ce garçon. "Papillon" m'intriguait depuis longtemps. Elle est construite sur des harmonies très étranges, avec de longs passages instrumentaux — ce qui est caractéristique du style de JMI, qui réalise le plus souvent ses enregistrements en formule voix-guitare.
Dans ces longs passages d'accords joués seuls, j'avais une impression double et contradictoire. D'un côté, je trouvais qu'on s'ennuyait un peu. Le temps semblait suspendu, l'attention cherchait quelque chose à quoi s'accrocher. De l'autre, il me semblait qu'y avait là une matière harmonique fascinante, une sorte de promesse que seule une orchestration sophistiquée pouvait tenir. Ces passages appelaient en effet des timbres, des textures, une vie instrumentale qui n'existait pas encore.
C'est cette promesse que j'ai voulu honorer.
L'arrangement, le clip — et la magie de Moises
Laisser parler l'intuition
Comme souvent dans mon travail d'arrangement, j'ai procédé en laissant parler mon imagination et mon intuition. J'ai utilisé plusieurs instruments de l'orchestre symphonique, auxquels j'ai ajouté une espèce d'orgue de barbarie volontairement lancinant — un timbre qui colle à l'étrangeté harmonique de la chanson. Et je me suis efforcé de semer des subtilités assez différentes d'un passage instrumental à l'autre, alors même qu'ils partageaient exactement la même structure — comme un "refrain muet" dont chaque occurrence révélerait quelque chose de nouveau.
JMI, dont l'oreille n'est pas à prendre en défaut, ne s'y est pas trompé — et il me l'a fait savoir.
Le rôle de l'IA : l'application Moises
La technique utilisée mérite d'être expliquée, car elle est au cœur de tout le projet. Je disposais d'un enregistrement voix-guitare de Jean-Michel — une version brute, intime, sans artifice. J'ai soumis cet enregistrement à l'application Moises, qui s'appuie sur l'intelligence artificielle pour reconstituer des pistes instrumentales distinctes à partir d'une source sonore unique. Résultat : une piste guitare et une piste voix propres, séparées, exploitables indépendamment.
À partir de là, tout est devenu possible. J'ai pu ajouter des effets sur chaque piste, créer de nouvelles couches instrumentales, et travailler le mixage avec une liberté totale. J'ai pris le parti de conserver la voix de Jean-Michel telle quelle — elle était très bien en l'état, et toute retouche aurait été un contresens.
La réaction de JMI
Sa réaction, à l'écoute du résultat, m'est restée en mémoire. Il a dit quelque chose comme : "Quand je m'écoute ainsi entouré, j'ai l'impression d'être passé du statut de troubadour à celui de Léo Ferré accompagné par un orchestre symphonique !"
Difficile de rêver meilleur retour.
Une technique réutilisée depuis
Par la suite, j'ai eu recours au même procédé pour réarranger complètement une chanson de Michel Melchionne — un enregistrement datant de 1985, riche en instruments, mais que j'ai voulu habiller d'une orchestration radicalement différente. Moises a cette fois réussi la prouesse d'extraire la voix de Michel quasiment a cappella, me laissant tout l'espace pour reconstruire l'arrangement from scratch. Le résultat est à écouter ici :
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